PF1331

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Lot 2
  • 2

[Bibliothèque Charles Nodier] -- Pierre Corneille Blessebois

Estimate
2,000 - 4,000 EUR
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Description

  • [Bibliothèque Charles Nodier] -- Pierre Corneille Blessebois
  • L’Eugénie. Tragedie. Manuscrit (avant 1700). Petit in-4. Plein parchemin à coutures apparentes hollandaises (Reliure strictement d’époque).
7 ff.n.ch. dont 3 ff.bl., 1 f. de faux-t., 2 ff.bl., 1 f. de table ; 62 pp., 2 ff.bl.

Rarissime copie de la fin du XVIIe siècle, du vivant de Blessebois. Elle est fort bien établie et d’une écriture appliquée. La preuve imparable d’une copie est donnée par le copiste lui-même qui  a commis un bourdon en recopiant (p. 52) le même vers 4 lignes plus bas et dut le biffer : “L’on perdroit trop de tems à nous sacrifier,/ Et je vois bien, Seigneur, qu’il se faut dévoiler [biffé] (éd. Cléder , 1864, p. 64). A l’analyse du filigrane (aigle bicéphale couronné et un écu complexe qui reste à identifier), il se pourrait que le papier soit du vergé allemand, alsacien ou suisse allemand (Bâle, Berne) importé en Hollande où nous situerions la copie, peut-être à Leyde où résida un temps Blessebois.

Provenance

J. Van Bergen, 1700 (signature datée au contreplat sup.) -- Charles Nodier (ex-libris). Ne figure bien sûr pas dans ses 3 catalogues de ventes de livres qui ne contenaient pas de manuscrits. -- Une longue note sur 1 f.bl., un peu postérieure à 1839 (vente Pixerécourt), où un collectionneur signale qu’il a un exemplaire d’Eugénie imprimé à Leide chez Felix de Haro : “ (...) Du reste pièces réunies ou séparées sont devenues rares”. Sur une garde inférieure, mention d’achat ( ?) 24 Mars 1858 suivie des initiales “Dur”.
Le seul autre manuscrit connu est celui d’une oeuvre de jeunesse Les Aventures du Parc d’Alençon (1668) dont Fr. Lachèvre publia le texte en 1927 d’après une mauvaise copie de la coll. Mancel de Caen. Odolant Desnos en avait déjà cité un fragment en 1787 (voir Poulet-Malassis supra p. VI et XXVIII). Malassis croyait le manuscrit chez La Sicotière qui n’en avait qu’une copie. L’original appartenait au Dr Libert.
Pour d'autres exemplaires de la Bibliothèque Nodier, voir n° 257 et 258.

Catalogue Note

d’après notre collation, la copie est établie sur la rare édition originale L’Eugénie. Tragédie (en trois actes et en vers). A Leyde, chez Félix Lopez, 1676 (petit in-12 de 52 pp., ou la même édition avec p. de titre différ., s.l., n.d., attribuée aux héritiers de Jean Elzevier à Leyde). Elle s’en tient à la seule tragédie sans reprendre la dédicace au prince d’Orange, ni le sonnet au lecteur avec sa précieuse donnée biographique sur sa 30e année, ni les 7 portraits versifiés édités sur 3 ff. in fine. Les autres écrits de Blessebois  publiés à Leyde où il vivait en 1676, furent, comme L’Eugénie, édités séparément à peu de distance, et 5 pièces (le nombre varie suivant les bibliographies) furent intégrées dans les Oeuvres satyrique(s) à la même date de 1676. Curieusement, L’Eugénie en fit partie sans être ni satirique ni licencieuse comme Le Rut ou La Pudeur éteinte ou Filon réduit à mettre cinq contre un. Nodier décrivait le bel exemplaire de son ami Pixerécourt incomplet seulement d’une pièce (26/1/1839 n° 903), et le sien incomplet de 2 pièces sans l’avouer (1844 n° 1036).
Voici maintenant ce qui n’est pas l’invention du comte de Fortsas avec son infâme “Sardanapale de ce temps” de 1699 (n° 30 de son prestigieux catalogue). C’est l’extraordinaire découverte faite par Paul Bruyère d’une oeuvre pieuse inconnue de Blessebois, un Saint Lambert dans son édition liégeoise de 1678. On est ainsi en mesure de dénombrer exactement les oeuvres hagiographiques du licencieux auteur du Zombi . Dans la préface, Blessebois dit en clair : “Voici la quatrième Piece Sainte que je donne au public” (Paul Bruyère.  “Une oeuvre inconnue de Pierre-Corneille Blessebois (1678)” in Le Livre & L’Estampe, 2008, n° 170 p. 77).

La liste s’établit dès lors comme suit :
- 1674. Les Palmes du Fils de l’homme ou La Vie de Jésus-Christ. Châtillon-sur-Seine, Pierre Laymeré (découvert par Fr. Lachèvre en réédition, aucun exemplaire connu de l’originale in P.-C. Blessebois. Genève, reprint Slatkine, 1968 p. 81).
- 1675. Les Soupirs de Sifroi, ou l’Inocence reconnue. Tragédie. (légende de Geneviève de Brabant). Ibid.
- 1676. L’Eugénie. Tragédie. A Leyde (voir supra), légende de sainte Eugénie.
- 1678. Saint Lambert. Tragédie. Liége, Anthoine Le Noir (unique édition connue dans la cité ardente).
- 1686.  La Victoire spirituelle de la glorieuse sainte Reine remportée sur le tyran Olibre. Tragédie. Autun, Pierre Laymeré.

L’Eugénie s’inscrit dans ce petit corpus d’oeuvres sacrées qui n’a certes pas assuré la postérité de Blessebois. Le canevas repose, dans un style racinien, sur La Légende dorée  de Voragine, épisode consacré aux saints Prote et Hyacinthe, disciples de sainte Eugénie. Fille du gouverneur d’Egypte (la scène est à Héliopolis), elle rejoint les premiers chrétiens (nous sommes sous Commode dans la pièce) en se déguisant en homme. Une riche dame romaine du nom de Mélance (la Mélancie médiévale), qu’Eugénie avait déjà miraculeusement guérie, en tombe éperdument amoureuse, mais Eugénie/homme se refusant, Mélance l’accuse d’attentat à son honneur auprès de Filipe le gouverneur qui fait arrêter sa “fille” et les chrétiens. Ils ne doivent leur salut qu’à l’aveu d’Eugénie qui décèle son sexe. Elle retrouve sa famille qui se convertit.

Nodier "qui savait donner un attrait infini et une grâce charmante à tout ce qui sortait de sa plume ingénieuse et facile”, dit Cléder, lança l’engouement bibliophilique pour l’auteur maudit par sa notice sur le Zombi du Grand Pérou. Dans ses Mélanges de 1829, un ami non cité l’avait attribué à Blessebois (il s’agit, d’après nos recoupements, de Pixerécourt). Les rares exemplaires des oeuvres furent disputés et commentés dans les fiches des catalogues, et un recensement fut donné par [Edouard Cléder] dans la première notice bibliographique (in Le Zombi du Grand Pérou. P., [A. Aubry], 1862, le tiré à part chez Aubry à 200 ex. donne son nom). En même temps paraissait aussi anonymement celle de [Gustave Brunet] (in Le Lion d’Angélie, P., Jules Gay, 1862). Poulet-Malassis, en Belgique, la développa en 1866 dans son 1er volume des Oeuvres satyriques  et intégra L’Eugénie dans le 2e volume paru en 1867 à Leyde [Bruxelles] tiré à 204 exemplaires. 

Poulet-Malassis ne cite en 1866 de l’éditeur Cléder que le Zombi (Avant-propos p. III). Etant éloigné de Paris, il pouvait ignorer sa première réédition anonyme de L’Eugénie dans son Théâtre de Corneille Blessebois réunissant 3 pièces (P., [A. Aubry],1864, imp. par Jouaust à 150 ex. d’après l’éd. de Leyde, Felix Lopez, 1676).