PF1331

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Lot 176
  • 176

Huysmans, Joris-Karl

Estimate
4,000 - 6,000 EUR
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Description

  • Huysmans, Joris-Karl
  • Croquis parisiens. Paris, Vaton, 1880. In-8. Maroquin janséniste Lavallière, dos à nerfs, doublure de maroquin rouge serties d’un filet doré, gardes de soie brochée, doubles gardes de papier marbré, coiffes guillochées, double filet doré sur les coupes, tranches dorées sur témoins, couverture (Noulhac).
édition originale. Un des [500] non justifiés sur vergé Dambricourt Freres (de) Hallines (et non Hollande comme on l‘écrit depuis Vicaire IV, 472, n° 264). Elle est imprimée à Bruxelles par Félix Callewaert père (future officine de la célèbre Vve Monnom, belle-mère de Théo Van Rysselberghe).
illustration : 8 eaux-fortes de Forain et Raffaëlli, plus les 2 refusées de Forain relatives aux Folies-Bergère décrites en long par Vicaire (reliées vis-à-vis les pp. 7 et 59).

exemplaire enrichi d'un petit cahier de notes autographes de huysmans. 6 pages in-16 (143 x 11 mm) à l’encre sur 3 feuillets du Ministère de l’Intérieur. Elles ont été prises lors d’une visite de la “VIIIe exposition [impressionniste] de peinture [et dessins, aquarelles et pastels]” 1, rue Laffitte (au-dessus du restaurant de la Maison-dorée), du 15/5-15/6 1886 (repéré aisément par les œuvres citées de Signac). Aucune critique publiée d’un salon ou d’une galerie en 1886 n’a été recensée par Patrice Locmant (voir Ecrits sur l’art. Paris, Bartillat, 2006).

Provenance

Chiffre frappé or E. Solacroup au contreplat (Drouot 27/2/1925, n° 295 ; indique faussement que le second plat muet manquerait. Il est parfaitement d’origine, avec tranche dorée et la marque du témoin bien visible sur le vélin glacé après la mise sous presse). -- Pierre Guerquin, gendre de Beraldi, et son extraordinaire collection Huysmans (Drouot, 25/11/1959 n° 332 ; manuscrit ajouté).

Catalogue Note

Dans ces notes certainement fragmentaires, Huysmans s’enthousiasme longuement pour Signac, malmène son ami Forain, et égratigne Guillaumin, Morisot et Gauguin. Sans imprimé ou une autre partie manuscrite à découvrir, il serait aberrant d’avancer qu’il passât sous silence Cassatt, Degas, Pissarro, Redon, Seurat dont deux dessins lui appartenant sont exposés (voir fac-similé du catalogue in “The New painting Impressionism 1874-1886” , catatalogue établi par Charles S. Moffett e.a. (Geneva), Burton, and The Fine Arts Museums of San Francisco, 1986, p. 443 sv.). Nous mettons les noms en gras.

Guillaumin – Des balafrures – des associations sourdes de violet dur et de vert cru. Toujours brutal – mais néanmoins, ds les paysages, une certaine vie, une impression de vie juste, sans pensée -  Un fond de vulgarité – brutal et couleurs sales. Ses rouges et ses verts crus se sont changés en des violets atroces et des vertjus complets, des acides d’yeux – du guano ammoniacal, faisant battre les cils. Talent de muffle (sic), quoi !”.

Suivent deux pages laudatives sur Signac, le “coloriste enragé (…) Il y a une vue d’Asnières superbe, avec un ciel extraordinaire, jaune – des gazomètres – Une gde toile de modiste [Apprêteuse et Garnisseuse (Modes)], bizarre, crue, image d’Epinal étrange. Puis une carrure de femmes ramassant ses ciseaux, en robe bleue, avec galon rouge – a certainement de l’avenir – Une gare de Colombe[s], au soleil rutilant, très bien”. Il analyse trois peintures dont il dissèque minutieusement les couleurs : le 185 La Berge, Asnières (titre du cat.) dont il vient de parler du ciel qui l’émerveilla encore dans un article de 1887 ; le 195 L’Embranchement de Bois-Colombescurieux comme théorie des complémentaires (…) c’est excessif et juste” et le 189, Du haut de la Garde Guérin, Saint-Lunaire [à Saint-Briac] “(…) de l’eau d’un bleu terrible, puis un horizon exquis turquoise (…) Bien qu’en dise Raffaëlli, ce n’est pas un impersonnel – ce n’est pas un décalque de Monet et de Guillaumin (...) Il a quelque chose à lui”.

De son cher Forain, seuls le pastel et l’aquarelle sont épargnés “(…) En somme, la vision originale de cet homme s’amoindrit. (…) Il a gagné de la science – mais j’ai peur que ça ne soit au détriment de la personnalité !/ A force de fréquenter les gens du monde, on en devient un - mettons con, comme disait Flaubert. Tout s’émousse – le désir de plaire vient - // Une qui ne bronche pas c’est la Morizot (sic) – les mêmes esquisses, pastiches de Manet – Ce que ça finit, ces Manet pralinés, par me laisser froid. Oui, ça sent bon mais c’est bien superficiel – c’est une halte – qui reste interrompue – Des nerfs, mais une cervelle sans idée – puis de la singesse imitant toujours. // Gauguin – bien en baisse. Peinture enchevêtrée, touffue, sourde – puis sans accent bien particulier - Oh ! que je préfère le brave d’autrefois ! ce n’est plus vert – c’est assoupi – sans curiosité, pour tout dire –”. 

Bel exemplaire d’une sobre élégance qui s’ouvre sur une merveilleuse soie à motif noir ondulatoire jouant sur le brun et l’ocre.