PF1308

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Lot 74
  • 74

Masque-heaume, Vai, Liberia

Estimate
40,000 - 60,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Masque-heaume, Vai
  • haut. 54 cm
  • 21 1/4 in

Provenance

Collecté par Vittorio Mangio, Monza, ca. 1965
Collection Vittorio Mangio, Monrovia/Milan
Collection privée, acquis ca. 1995

Exhibited

Château de Tours, Image de la Femme dans l'Art Africain, 21 octobre - 3 décembre 2000;  Château Saint-Jean de Nogent-le-Rotrou, 9 décembre 2000 - 29 janvier 2001
Paris, Galeries Lafayette, L'Idéal féminin dans l'Art Africain, 22 février - 24 mars 2001

Literature

Joubert, Felix & Rivière, Image de la Femme dans l'Art Africain, 2000, n°4
Blazy, L'Idéal féminin dans l'Art Africain, 2001, p. 20
Gottschalk, L'Art du Continent Noir, Afrique, vol. 1, 2005, p.109

Catalogue Note

En 1890, le géographe suisse Johann Büttikofer publiait la première illustration d’un masque de la société Sandé (dessin repris par Frobenius en 1898 dans Die Masken und Geheimbünde Afrikas, p. 101, n° 18), éminemment apparenté au masque-heaume présenté ici. Selon William Hart (communication personnelle, mai 2013), il ne fait aucun doute que ce masque et celui collecté dans les années 1880 par Büttikofer à Tala, en pays Vai, à l’ouest du Liberia – conservé au Bernisches Historisches Museum de Berne – sont l’œuvre d’un même sculpteur.    

 Ce masque-heaume porte à sa quintessence un style voué à la beauté féminine, dont les critères et les valeurs se réfèrent à la notion du "sublime". Seul masque en Afrique uniquement porté par des femmes - les initiées de la société secrète Sandé -, il est utilisé lors des danses qui ponctuent, chez les Mendé et les Temné de Sierra Leone, et chez les Vai et les Gola du Liberia, l’initiation des jeunes filles au cours de laquelle leur sont inculqués les fondements d’un comportement social responsable. Avec un talent remarquable, le sculpteur a exalté les critères de beauté considérés comme les gages de l’intégrité physique et morale. D’emblée s’impose l’élaboration de la coiffure, « symbole de vertu féminine, de la vie ordonnée du village par opposition avec la vie désordonnée de la brousse (Gottschalk, 2005, p. 90). A la fin du XIXe siècle, Thomas Alldridge avait observé chez les femmes de cette région une parure dont la description répond exactement à celle représentée sur ce masque : "les cheveux étaient rasés haut sur le front que limitait une tresse, alors que, sur la tête, les extrémités, modelées en forme de balles de trois pouces de diamètre, faisaient saillie sur le restant de la chevelure plissée comme un accordéon " (Alldridge, 1901, p. 197-198). Au nez court et au front haut, signes de beauté et symboles de droiture et de succès, s’ajoute l’étroitesse de la bouche – ici tout juste perceptible – liée au silence auquel sont astreintes les membres de la société secrète.

La tension des lignes, l’intelligence des formes (en particulier dans le dessin de la face "en cœur"), la nuance des modelés et l'exceptionnelle patine sombre - noircie à l'aide d'une décoction végétale et frottée à l'huile de palme afin de la rendre brillante -, de même que sa très étroite parenté avec le masque de Büttikofer, imposent ce très ancien masque-heaume comme l’un des chefs-d’œuvre du corpus.