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Francis Picabia
Description
- Francis Picabia
- Transparence (Portrait de Madame Picabia)
- signé Francis Picabia (en bas à droite)
- gouache et crayon sur carton
- 106.4 by 76.3 cm ; 41 7/8 by 30 in.
Provenance
Gaetano Benatti, Turin
Galerie Neuendorf, Francfort
Kent Fine Art, New York
Acquis auprès du précédent par le propriétaire actuel en 1990
Exhibited
Turin, Galleria Civica d'Arte Moderna, Francis Picabia, 1974-75, no. 62
Düsseldorf, Städtischen Kunsthalle & Zürich, Kunsthaus, Francis Picabia, 1983-84, no. 87 (titré Portrait de Madame Picabia et daté 1928-30)
Stockholm, Moderna Museet, Francis Picabia, 1984, no. 79 (titré Portrait de Mme Picabia)
Toyko, The Seibu Museum of Art, Francis Picabia, 1984, no. 44 (daté 1928-30)
Edimbourg, Scottish National Gallery of Modern Art & Francfort, Galerie Neuendorf, Picabia 1879-1953, 1988, no. 28 (titré Portrait de Madame Picabia et daté circa 1927)
New York, Kent Fine Art, Francis Picabia : Transparences 1924-1932, 1989, no. 6
Paris, Didier Imbert Fine Art, Picabia, 1990, no. 41 (titré Femme)
Literature
Condition
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Catalogue Note
Francis Picabia à Germaine Everling, 1918
"L’évasion doit rester au bout des doigts, comme un jouet qui se balance."
Francis Picabia
Ce grand portrait de femme en transparence, selon la technique développée par Picabia à partir de 1924, a souvent été considéré, lors des nombreuses expositions où il fut présenté et dans les monographies où il est reproduit, comme le portrait de Germaine Everling Picabia, l’égérie des années Dada.
Leur rencontre remonte à la fin de 1917. Picabia est toujours en ménage avec son épouse Gabrielle, installé en Suisse, tandis que Germaine Everling vit séparée de son mari, à Paris. Ce n’est qu’à partir de 1919, date de sa rencontre décisive avec Tzara, que Picabia s’installe définitivement avec Germaine. Le couple vit la grande vie sans grands moyens, Germaine vendant son collier de perles pour offrir à Picabia, insatiable amoureux des voitures de courses, une magnifique Singer qu’il échange rapidement contre une Mercer appartenant à un collectionneur américain. "Elle arriva dans la soirée. Arrétée le long du trottoir, devant l’immeuble, la Mercer attirait la curiosité des badauds. Picabia passa plusieurs heures à palper la machine, s’extasiant sur ses moindres détails et répétant avec conviction : C’est la plus belle voiture qu’on puisse voir ! Il devait répéter cette même phrase à chaque nouvel achat, or il acquit 63 voitures en l’espace de vingt ans.” (Germaine Everling, L’Anneau de Saturne, 1970, p. 93).
Germaine Everling sera le témoin direct des premiers rapprochements entre les futurs membres de Dada : elle accouche du petit Lorenzo pendant que Picabia et Breton discutent de Nietzsche en face d’elle, elle offre l’hospitalité à un certain Tzara, arrivant de Zürich totalement désargenté et qui se souvenait de Picabia rencontré en Suisse un an plus tôt, "Tristan Tzara se levait tard dans la journée, prenait son premier repas vers quatre heures, travaillait toute la soirée et une partie de la nuit. Il aimait à bercer le jeune Lorenzo dans ses bras et s’en acquittait avec gentillesse, lui disant tout bas et inlassablement : Dada mon petit, dis Dada…" (G. Everling, Op. cit., p. 99).
En 1920, Dada déferle sur Paris. Autour de Tzara, le groupe de Littérature (Breton, Aragon, Soupault) s’attaque à toutes les vieilles idoles. Picabia, nouveau dieu, tient salon et reçoit les jeunes agitateurs le dimanche, dans l’appartment de la rue Emile-Augier. Pierre de Massot conclut sa description du salon de Picabia par un hommage à "la grâce délicate, la bonté infinie, la culture prodigieuse de Germaine Everling, qui reçoit tout le monde avec la même aménité et qui fera des dimanches de Picabia les nouveaux mardis de Mallarmé" (cité dans G. Everling, Op. cit., p. 116).
Germaine Everling et Francis Picabia quittent Paris après la rupture de ce dernier avec Dada, survenue en 1921 après l’adhésion du groupe au parti communiste. Commence alors une vie d’errance et d’allers-retours entre Paris et la banlieue, faite de séjours irréguliers dans des hôtels sordides de Batignolles ou dans le raffinement des intérieurs de Jacques Doucet.
Après le succès et le scandale de Relâche en 1924, écrit et peint par Picabia sur une musique de Satie, Picabia et Germaine Everling quittent Paris pour le sud de la France et s’installent au Château de Mai, somptueuse demeure sur les hauteurs de Mougins. Le couple reçoit Olga et Pablo Picasso, Jeanne et Fernand Léger, Jean Cocteau, Marcel Duchamp, Jacques Doucet et tant d’autres. La dolce vita méditerranéenne stimule l’inépuisable imagination de Picabia qui élabore l’esthétique des deux grandes séries qui domineront son œuvre des années 20 : les Monstres d’abord puis les Transparences.
La présente Transparence, au-delà de l’identité supposée du personnage représenté, se distingue par l’usage inhabituel de motifs purement abstraits, comme les disques blancs qui constellent la composition et les très belles lignes noires en surimpression du visage central et des mains qui l’entourent. Francis Picabia et Germaine Everling se sépareront après dix années de complicité amoureuse et artistique, restant dans les mémoires comme le couple phare des années Dada en France.