- 24
Émile Bernard
Description
- Émile Bernard
- La Rue rose à Pont-Aven
- signé Emile Bernard et daté 1892 (en bas à droite)
- huile sur carton marouflé sur panneau
- 115 by 83.2 cm ; 45 ¼ by 32 ¾ in.
Provenance
Mme Clément Altarriba, Paris (acquis avant 1966)
Galerie René Drouet, Paris
Collection particulière, France
Collection particulière, États-Unis
Collection particulière, France (acquis auprès du précédent en 1987)
Vente : Christie's, Londres, 27 juin 2000, lot 184
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel
Exhibited
1840-1940, 1961-62, no. 151
New York, Hirschl & Adler Galleries, Emile Bernard, 1963, no. 4
Londres, Tate Gallery, Gauguin and the Pont-Aven Group, 1966, no. 91
Brême, Kunsthalle, Emile Bernard, 1967, no. 34
Lille, Palais des Beaux-Arts, Emile Bernard, 1967, no. 36
Mannheim, Städtische Kunsthalle & Amsterdam, Van Gogh Museum, Emile Bernard 1868-1941, 1990, no. 17
Paris, Fondation Mona Bismark, Emile Bernard 1868-1941 Retrospective, 1991, no. 30
Aosta, Saint-Benin Centre, Archeological Museum of Valle d’Aosta, Gauguin et ses amis
peintres de Bretagne, Pont-Aven et le Pouldu, 1993, n.n.
Pont-Aven, Musée de Pont-Aven, Kenavo Monsieur Gauguin, 2003, no. 11
Naples, Museo de Castel Sant’Elmo, Gauguin e la Bretagna, 2003-04, n.n.
Literature
Béatrice Altarriba Recchi, Emile Bernard : 1868-1941 (catalogue d'exposition), Nîmes, 1993, reproduit pl. 31, p. 67
Antoine Terrasse, Pont-Aven. L'École buissonnière, Paris, 1993, reproduit en frontispice et p. 113
Condition
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
Catalogue Note
C’est à Pont-Aven que Bernard et ses compatriotes partent à la recherche d’une nouvelle voie esthétique. L’année 1888 marque un point culminant : Bernard peint Madeleine au Bois d’Amour, Les Bretonnes dans la prairie verte, acquis plus tard par Maurice Denis, et brosse un autoportrait qu’il dédicace à Van Gogh. Gauguin, de vingt ans son ainé, peint un de ses chefs d’œuvres, La Vison après le sermon, et brosse aussi son autoportrait qu’il dédicace à Vincent, alors installé à Arles. D’autres peintres viennent à Pont-Aven et contribuent au mouvement. On y trouve Charles Laval, Henri Moret, Émile Schuffenecker et Paul Sérusier qui, en octobre, peint le fameux Talisman, icône fondatrice des Nabis.
La Rue rose à Pont-Aven est le fruit du dernier séjour d’Emile Bernard en Bretagne durant l’été 1892. C’est une œuvre qui résume des années d’échanges et de bouillonnement artistiques. Durant le même séjour, il peint Bretonnes aux Ombrelles, maintenant dans les collections du musée d’Orsay, qui démontre sa maîtrise absolue du Cloisonnisme, dont il est le fondateur avec Louis Anquetin et Paul Gauguin, et du Synthétisme, développé avec Paul Sérusier. On voit nettement que le peintre s’est éloigné de l’impressionnisme et du pointillisme, pour fusionner son 'sentiment' avec une recherche de pureté esthétique de la ligne, de la couleur et de la forme. Dans La Rue rose à Pont-Aven, Bernard va plus loin : il intègre la touche constructiviste et les plans simplifiés de Cézanne. D’ailleurs, l’année précédente il a écrit un article sur le peintre qu’il admirait depuis 1886.
La Rue rose à Pont-Aven intègre aussi les leçons de Vincent Van Gogh que Bernard a rencontré en 1887, en pleine période pointilliste, et avec qui il a entretenu une longue correspondance. C’est en avril 1892, avant son dernier voyage en Bretagne, que Bernard organise la première exposition rétrospective de 16 toiles du maître d’Arles à la Galerie Le Barc de Boutteville. Le travail de Van Gogh, comme celui de Cézanne, est toujours présent au sein de l’œuvre d’Emile Bernard, comme une tension sous-jacente. Depuis 1888, Van Gogh et lui entretiennent une correspondance au sujet de problèmes esthétiques. Van Gogh lui envoie ses fameuses lettres souvent illustrées avec des croquis de tableaux, tels que Les Mas à Saintes-Maries en 1888. Stylistiquement, La Rue rose à Pont-Aven fait référence aux recherches coloristes de Van Gogh dont la mort, deux ans plus tôt, a beaucoup affecté Emile Bernard.
La Rue Rose à Pont-Aven représente un adieu chaleureux à Pont-Aven, à ce laboratoire artistique où Emile Bernard atteint les limites de ses explorations techniques. C’est le dernier testament pictural de sa période bretonne avant son départ pour l’orient où il part à la recherche de nouvelles inspirations. C’est également une œuvre qui ouvre la voie à une certaine modernité, notamment à celle d’Edvard Munch, au cubisme, et aux autres avant-gardes qui prendront le relais.