PF1315

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Lot 4
  • 4

Pierre Soulages

Estimate
1,300,000 - 1,800,000 EUR
Sold
bidding is closed

Description

  • Pierre Soulages
  • Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957
  • signé, titré et daté au dos
  • huile sur toile
  • 195 x 130 cm; 76 3/4 x 51 3/16 in.

Provenance

Galerie Stangl, Munich (1957)
Collection Gustav Stein, Cologne
Vente : Sotheby’s, Londres, Post War and Contemporary Art, 6 décembre 1990, lot 37
Collection particulière, Washington
Vente : Sotheby's, Londres, Contemporary Art Evening, 7 février 2002, lot 34
Galerie Pascal Lansberg, Paris
Collection particulière, Paris

Exhibited

Cologne, Kunstverein, Malerei des 20 Jahrhunderts in Kölner Privatbesitz, 1957, no.119
Kassel, Museum Fridericianum, Dokumenta II, 1959 ; catalogue, no.5
Hanovre, Kestner-Gesellschaft ; Essen, Museum Folkwang ; La Haye, De Gemeentmuseum ; Zurich, Kunsthaus ; Pierre Soulages, 1960-1961 ; catalogue, p.19, no.46, illustré

Literature

Pierre Encrevé, Pierre Soulages, L’œuvre complet Peintures, Volume I, 1946-1959, Paris, 1994, p.238, no.276, illustré en couleurs

Catalogue Note

Pierre Soulages dans son atelier. © Denise Colomb.

Klein, Peinture de Feu Sans Titre (F27I), 1961. © D.R.

Caravage, Le Martyr de Saint Matthieu, 1599-1600, Rome, Eglise Saint Louis des Français © D.R.

Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957 est une œuvre de première importance dont le schème plastique est caractéristique d’une nouvelle manière que la beauté et les dimensions magistrales de l’œuvre permettent, à elles-seules, de qualifier de « grande manière ».  

Ce changement de manière identifié par Pierre Encrevé et situé entre 1954 et 1959, est contemporain des débuts de la reconnaissance internationale de Soulages qui signe en 1954 un contrat avec la Kootz Gallery à New York. Quelques mois après avoir achevé Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957, il se retrouve à New York, lauréat du prix du Duc et de la Duchesse de Windsor destiné à promouvoir les relations entre les artistes européens et américains : Motherwell, Kline, Pollock et Rothko sont ceux de son entourage.

Dans ces années cruciales, Pierre Encrevé distingue cinq types.  Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957 est expressément mentionnée comme appartenant au quatrième type qui « réunit des toiles où persiste un signe sombre se détachant sur fond clair à la façon des brous de noix apparus en 1947, toiles statiques caractérisées par la force d’une affirmation immobile, éternisée : la dynamique ici naît de la seule tension créée par la violence de l’opposition forme-fond. Le thème repris quatre fois, avec des variations, dans des toiles verticales : Peinture 195 x 130 cm, 3 avril 1954, Peinture 81 x 60 cm, 3 décembre 1956, Peinture 81 x 60 cm, 6 janvier 1957 et Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957 [l’œuvre] l’illustrent exemplairement, où la couleur sombre traitée en orthogonales domine la partie haute du tableau pour n’apparaître qu’en verticales centrées dans la partie basse. Là encore, il s’agit de toiles debout, qui semblent regarder le regardeur : affronter de leur force d’imposition son regard comme pour en susciter le retour. » (Pierre Encrevé, Soulages, L’œuvre complet, Peintures, I. 1946-1959, Paris, Seuil, 1994, p.171).

Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957 est parcourue dans toute sa hauteur par un « signe » qui affirme le format vertical de l’œuvre. Puissant et majestueux, ce signe noir tracé à la peinture à l’huile est l’expression dans la monumentalité, dans la matière et sur la toile, des premières expériences de l’artiste avec les brous de noix sur papier des années 1947. Mais à la différence des œuvres sur papier où le brou (medium atypique qui permet à Soulages d’obtenir des bruns plus ou moins foncés et chauds) est appliqué immédiatement sur la feuille blanche, le signe de Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957 est tracé sur une toile peinte dont le fond clair oscille entre sable et or. Cette œuvre est par conséquent symptomatique de l’importance que Soulages donne alors à un autre medium (la peinture à l’huile) et à un autre support (la toile). Dans Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957, Soulages ne se contente pas de transposer le signe calligraphique des brous de noix sur la toile, mais peint l’intégralité de la surface pour faire surgir de nouveaux accords. Une tension nouvelle surtout : tension qui est en puissance dans la forme peinte (le signe noir) mais ne se révèle que dans son rapport de choc avec le fond peint. Et cette tension est sans précédent.

La tension à l’œuvre dans Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957 procède du contraste des textures. A la matière lissée et étirée du fond – précieux -  s’oppose la vigueur de la pâte noire. Striée, brossée, fendue, la couche picturale intègre des variations d’épaisseur qui animent la surface du grand signe noir. Entre creux et reliefs, opacités et transparences qui laissent sourdre le fond clair, le noir est vibrant de modulations. L’autonomie que Soulages donne à cette couleur à partir de 1979 est ici en pleine expansion. Mais dans Peinture 195 x 130 cm, 3 février 1957, le vitalisme matiériste contenu dans le signe noir tire sa puissance de sa confrontation avec le fond silencieux qui l’entoure et le soustend en transparences.

Dans Peinture 195 x 10 cm, 3 février 1957, la tension est d’autant plus majestueuse qu’elle est servie par un clair-obscur radical et de grande envergure. Le fond qui n’est pas sans évoquer la luminosité élémentaire et surnaturelle d’un feu, est une source évidente de clarté. Le superbe signe noir qui traverse ce fond de part en part incarne à lui tout seul le sombre sans être monochrome, les variations de texture perpétrées dans la peinture noire étant elle-même génératrices de ruptures nuancées de tons.  C’est de la confrontation de ces vapeurs claires et de la véhémence des noirs du signe structurant que résulte la puissance implacable et sublime de Peinture 195 x 10 cm, 3 février 1957.

Dans Peinture 195 x 10 cm, 3 février 1957, Soulages crée donc une tension structurante née de l’impact d’un temps immobile résultant de la lecture tout d’un coup d’un signe « éclair » - celui qui parcourt la toile de haut en bas - avec un fond indéfinissable. En marge du lyrisme et de l’expressionisme des grands Abstraits Américains, Soulages cherche à inventer une structure sur la base de concepts: ligne, forme, texture, lumière. Ces qualités concrètes ne sont pas  moins génératrices de relations mentales et sensuelles. Sur cette base et au-delà, Peinture 195 x 10 cm, 3 février 1957 coïncide avec ce « moment où le tableau atteint son intensité maximum, un caractère dans le sens duquel on ne peut aller plus loin » (Pierre Soulages).

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