PF1233

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Lot 316
  • 316

Jean-Baptiste Leprince

Estimate
200,000 - 300,000 EUR
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Description

  • Jean-Baptiste Leprince
  • Une Femme endormie, qu'un jeune Homme veut éveiller au son de sa guitare dit L'Amour à l'espagnole
  • Signé et daté en bas gauche Le Prince 1773
    Porte au dos du châssis le cachet de cire de la collection du Marquis de Livois
  • Huile sur toile d'origine

Provenance

Collection du Marquis Jean-Joseph de Laborde; 
Collection du Marquis Louis-Eveillard de Livois avant 1791;
En sequestre dans l'hôtel de Livois à Angers 1791-1799;
Restitué à la branche des héritiers masculins du Marquis de Livois;
Acquis par le père de l'actuel propriétaire dans la deuxième moitié du XXeme siècle

Exhibited

Salon de 1773, Musée du Louvre, Paris, n°53 (Une Femme endormie, qu'un jeune Homme veut éveiller au son de sa guitare)

Literature

Eloge des tableaux exposés au Louvre le 26 Aout 1773, suivi de l’Entretien d’un Lord, avec M. l’Abbé A***, Paris, 1773, p.40-41;
P. Sentout, Catalogue raisonné d’une très belle collection de tableaux qui composaient le cabinet de feu M. de Livois à Angers, Angers, 1791, p.81, n° 237;
E. Bellier de la Chavignerie & L. Auvray, Dictionnaire général des artistes de l'école française ..., Tome I, Paris, 1882, p.1017;
Fragonard, Catalogue de l'exposition des Galeries Nationales du Grand Palais, Paris, 1987, cité p.522 n°266 (note par P. Rosenberg);
Au temps de Watteau, Chardin et Fragonard : chefs d’œuvre de la peinture de genre en France: Exposition, Musée des Beaux-arts du Canada, Ottawa, 2003, cité dans la liste p.397 - 402;
G. Faroult, De l’Hôtel de Livois au logis Barrault : histoire de l’entrée partielle de la collection Livois au musée des Beaux-Arts d’Angers, in Archives d’Anjou, n°82004, cité p.134


Condition

The painting is overall in very good condition. It is still in its original canvas and stretcher. We have the Livois wax stamp on the reverse of the stretcher. The canvas is slightly distended and some nails no longer maintain the canvas on the stretcher. The canvas is only maintained with 3 nails on the top edge, 15 on the left side, 3 on the right side and 12 on the bottom edge. There is an accident of half a centimetre diameter in the centre of the white dress, visible on the catalogue reproduction. We can see four small lacks, the size of a pinhead, in the upper left corner. Small horizontal tear, of about three centimetres long, at the bottom of the white dress on the right, visible on the catalogue. The painting has a large homogeneous network of cracks, slightly in “eggshell”. The work appears under a very dirty varnish and still has all his glazes Very beautiful overall condition.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
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Catalogue Note

Dans un cadre en bois sculpté et doré d'époque Louis XV

Le tableau que nous présentons n’était jusqu’alors connu que par la gravure réalisée par Gabriel de Saint Aubin aux armes de La Borde (fig 1.) et par une mention dans l’inventaire après décès des collections du Marquis de Livois.

Cette très belle composition de Jean-Baptiste Leprince a bénéficié de commentaires dès son année de création en 1773. Exposée au Salon de cette même année, accompagnée notamment de Femme allongée sur un canapé (fig 2. vente Sotheby’s Monaco, 21 juin 1991, n°17, record pour un tableau de Jean Baptiste Leprince en vente publique), notre tableau est décrit comme suit dans Eloge des Tableaux exposés au Louvre. Suivi de l’Entretien d’un Lord, avec M. L’Abbé A… (Paris, 1773, pp.40-41)

« Mylord : Bien traité, bien fini.
L’Abbé : Mylord, vous reprochiez tantôt à l’homme qui étoit près de cette dormeuse, d’être un nigaud : Voici un Russe plus galant & mieux appris, qui réveille la maitresse au son de sa guitare. Mylord : Ce Russe est pis qu’un Espagnol. Si la maitresse s’éveille, & qu’elle veuille l’accompagner de sa voix, elle aura une grande facilité pour se faire entendre, car elle a une grande bouche…
Je ne serai pas le rival du Joueur de guittare : je ne trouve pas cette femme jolie. »

Les critiques de cette époque se veulent souvent piquantes et parfois même satyriques envers les oeuvres. On peut cependant considérer que recevoir un commentaire d'un critique était une preuve de reconnaissance pour l'oeuvre citée, l'indifférence et l'absence de commentaire étant alors la plus sévère des punitions. L'ouvrage cité ci-dessus qui décrit les œuvres exposées au Salon de 1773 critique chaque œuvre présentée aussi la jeune femme allongée sur un canapé (fig 2), bien que très jolie, ne plaisait pas complétement; Mylord trouvait que Leprince lui avait « barbouillé les joues avec un vilain rouge foncé ».
 
Il n’y a malheureusement pas de mention de provenance dans le livret du Salon il n’est cependant pas exclu que le tableau appartienne déjà au Marquis de Laborde à cette époque car les provenances n’étaient pas toujours mentionnées dans le livret. 
Le Marquis Jean-Joseph de Laborde acquit sa fortune en travaillant dans une société de commerce maritime sur la côte basque. Cette fortune lui valut de recevoir plusieurs fois des demandes de prêt de l’Etat. Il finit par accepter de prendre en charge le Service de la guerre puis celui des finances de la politique. Il deviendra en 1759 Banquier de la Cour. Pour le remercier de son application et de son aide, le Duc de Choiseul fit ériger sa terre de Laborde en marquisat [1]. 
Cet homme s’intéressa beaucoup aux arts et laissa à la postérité le fameux jardin anglais du domaine de Méréville sur lequel il travailla notamment avec Augustin  Pajou, François-Joseph Bélanger ou encore les peintres Joseph Vernet et Hubert Robert.

On retrouve mention de notre tableau en 1791 dans Le Catalogue raisonné d’une très belle collection de tableaux qui composaient le cabinet de feu M. de Livois à Angers rédigé par Pierre Sentout (voir opus cité supra). Ce catalogue avait été préparé en vue de la vente aux enchères des œuvres qui n’eut finalement pas lieu, faute d’accord entre les nombreux héritiers. Dans cet ouvrage, Sentout décrit le tableau comme suit « la composition est aussi séduisante que la couleur en est belle […] Ce tableau dont le mérite est connu pour être un des plus beaux de ce maître, sort du cabinet de M. de La Borde ». On sait que le Marquis de Livois, qui était très bien conseillé dans ses achats, portait un grand intérêt aux provenances des tableaux qu’il acquérait. C’est donc logiquement que l’on retrouve la prestigieuse provenance Laborde dans sa collection. 
Ce grand amateur d’art réunira l’une des plus importantes collections de tableaux de son époque, aujourd’hui à la base des collections du musée des Beaux-Arts d’Angers. Cette collection se composait d’environ quatre cents tableaux. Décédé sans héritiers directs, sa collection fut divisée en deux, un lot revenant aux héritiers de la branche masculine, l’autre qui n’avait pas été réclamé par les héritiers de la branche féminine fut mis en dépôt au musée d’Angers qui en racheta par la suite une grande partie aux héritiers s’étant manifestés afin de constituer la base des collections de peintures du musée des Beaux-Arts. En consultant l’Etudes de collections de l’hôtel de Livois au Logis Barrault publié par Guillaume Faroult [2], on découvre que notre œuvre a fait partie du lot qui a été rendu directement aux héritiers en 1799, date à laquelle on retire le séquestre sur les tableaux.

Le tableau nous apparaît aujourd’hui sur sa toile et son châssis d’origine dans un cadre d’époque Louis XV. Ce parfait état de conservation nous permet d'admirer la matière si précieuse de Leprince qui peignait les natures mortes, les étoffes et les expressions de ses personnages avec une réalité empreinte de douceur à l’origine de son succès.
Après s’être formé dans les ateliers de Joseph-Marie Vien puis de François Boucher, Jean-Baptiste Leprince partit parfaire sa formation en Italie, voyage d’initiation par excellence pour les peintres français de cette époque. Il séjourna ensuite à Moscou puis à Saint Petersbourg où il travailla pour le palais d’Hiver. Il rapporta de son voyage en Russie de nombreux dessins qu’il exploita dans ses compositions mettant ainsi à la mode le goût pour les « Russeries » en France. 
Jean-Baptiste Leprince était fort apprécié par ses contemporains qui vantaient sa touche légère et l’atmosphère unique de ses compositions.

C’est d’ailleurs à juste titre que Pierre Rosenberg rapproche le dessin, La Lettre (Art Institute. Chicago) de Jean Honoré Fragonard de notre tableau. En effet dans cette merveilleuse feuille, un jeune homme surprend une jeune femme assise en lui remettant une lettre par la fenêtre. Le dessin est daté par les spécialistes après 1770. Il est donc tout à fait possible que Fragonard se soit inspiré de la composition de notre tableau pour réaliser son œuvre. [3]  

Diderot, lui aussi contemporain de l’artiste lui réservait un commentaire plutôt gratifiant: « Ces compositions se distinguent presque toutes par un caractère original et spirituel ; sa touche brillante et légère a son charme qui ne permet pas d’en apercevoir les défauts ou qui les fait pardonner. » [4]

 

[1] E. Olivier, Manuel de l’amateur de reliures armoriés françaises, Paris, 1924, Pl.300
[2] O. Faroult, De l’hôtel de Livois au Logis Barrault histoire de l’entrée partielle de la collection Livois au musée des Beaux-arts d’Angers, Archives d’Anjou, n°82004
[3] Fragonard, Catalogue de l'exposition des Galeries Nationales du Grand Palais, Paris, 1987, cité p.522 n°266 (note par P. Rosenberg)
[4] Diderot, « Salons IV, Héros et martyrs. Salons de 1769, 1771, 1775, 1781. Pensées détachées sur la peinture, la sculpture, l’architecture et la poésie. » Paris, 1995, p.318