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[Histoire coloniale] -- Baril, Dr Claude
Estimate
4,000 - 6,000 EUR
bidding is closed
Description
- [Histoire coloniale] -- Baril, Dr Claude
- Colonie du Sénégal. Rapport médical sur l'expédition militaire du Lego et sur l'épidémie de fièvre jaune qui la termina.Sénégal, Sabouciré, Saint-Louis, le 5 mars 1879.
le document original d'après lequel furent étudiés les progrès à mener pour la protection sanitaire des troupes coloniales françaises.
les tout débuts des traitements préventifs à la quinine
87 pages in-4 (212 x 165 mm), dérelié.
illustration : 3 dessins à la plume et crayons de couleur. 1/ Les postes de Saldé et de Bakel (voir reproduction ci-contre) 2/ le champ de bataille de Sabouciré le 22 septembre 1878 (voir reproduction ci-dessus). Ce dessin seul est signé de J. Laroche. 3/ le poste de Médine.
reliure de l'époque. Demi-percaline noire, plats cartonnés. Manque le dos. Marges des feuillets friables, petits manques de papier.
les tout débuts des traitements préventifs à la quinine
87 pages in-4 (212 x 165 mm), dérelié.
illustration : 3 dessins à la plume et crayons de couleur. 1/ Les postes de Saldé et de Bakel (voir reproduction ci-contre) 2/ le champ de bataille de Sabouciré le 22 septembre 1878 (voir reproduction ci-dessus). Ce dessin seul est signé de J. Laroche. 3/ le poste de Médine.
reliure de l'époque. Demi-percaline noire, plats cartonnés. Manque le dos. Marges des feuillets friables, petits manques de papier.
Provenance
Descendants de Jules Laroche (provenance directe).
Literature
Jules Rochard, « L’Acclimatation dans les colonies françaises », Revue des Deux-Mondes, 1886. -- Lagneau G., Mortalité des militaires français dans les colonies, 1889. – Philip Curtin, Disease and Empire : The Health of European troops in the conquest of Africa, 1998, p. 80-90.
Condition
Manque le dos. Marges des feuillets friables, petits manques de papier.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."
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Catalogue Note
En 1878, la fièvre jaune a décimé la colonie française résidant au Sénégal (environ un millier de personnes, civils et militaires) de plus de la moitié de ses effectifs. 22 médecins militaires ont succombé. L’acclimatation des Européens est particulièrement difficile au Sénégal, à cette époque la plus redoutable des colonies pour les soldats qui y sont envoyés. Les troupes d’infanterie de Marine soumises à de très longs séjours à terre, sont les plus touchées, malgré les moyens mis en place par l’Armée pour les protéger : séjours ramenés à deux ans, rapatriement en France après la quarantaine, remplacement des Européens par des hommes de la région.
L’expédition vers Sabouciré, capitale rebelle du Logo à 180 lieues de Saint-Louis, est décidée en septembre 1878 par Brière de L’Isle, gouverneur du Sénégal, et le départ a lieu le 10 septembre. Le Dr Claude Baril, médecin de la colonne, soumet tout son personnel à l’usage quotidien et obligatoire du vin quininé. Il craint les fièvres pernicieuses, tantôt fièvres rémittentes paludéennes, tantôt fièvres climatiques, tantôt typhoïdiennes ou typho-malarienne, comme c’est souvent le cas au Soudan. Les résultats furent si probants que l’usage se généralisa dans l’armée française en Afrique (A. Laveran, Traité de paludisme, 1907, p. 588). Pour comble de malchance, l’épidémie se déclara précisément à cette date, à Gorée. Malgré la résistance des officiers, l’ordre de marche est confirmé, fixé au 10 septembre.
« Le cœur nous saigne encore en revoyant tous ces soldats pleins de jeunesse et de santé, en songeant au petit nombre qui devait revenir et en comparant cette solennité du départ à la tristesse accablante du retour ». 28 officiers, 317 soldats européens et 225 soldats indigènes, quittent Saint-Louis et s’engagent sur le fleuve Sénégal sur 3 avisos menés par 150 marins environ. Survivant de l’expédition, à son retour « aujourd’hui que le calme est revenu », Baril décide de raconter cette terrible expédition dans le détail afin de « mettre un peu d’ordre dans ce chaos ». Il décrit dans ce carnet « le pays où nous nous trouvions, les moyens précaires de transport mis à la disposition des troupes [3 avisos nécessitant le couchage sur les ponts sous la pluie dans les nuées de moustiques et de singes], l’époque atroce où tout cela se passait [l’épidémie se répand], les nombreuses privations que nous eûmes à supporter [on relève au Sénégal les plus fortes températures au monde selon l’auteur : 48°], le manque d’eau potable surtout, qui fut un de nos grands supplices, car nous n’avions que de l’eau boueuse pour panser nos blessés et calmer leur soif, on se fera facilement une idée de la tâche longue et difficile qui incomba au médecin au milieu de ces dures épreuves. »
Le docteur Baril raconte en détail la remontée du fleuve Sénégal vers le village à contrôler, Sabouciré : les villages Richard Toll et Podor ; il décrit précisément la faune, aquatique et forestière, la végétation, et en particulier le poste militaire français à Bakel, bâti sur un rocher, le poste le plus important du fleuve entier, les vents brûlants qui dessèchent les hommes, les Peules, les Toucouleurs, leurs habitudes, leurs ornements, leurs usages ; puis les rapides de Kayes (Mali, que l’auteur orthographie Kaye) où doivent débarquer les troupes pour s’engager dans la forêt. Ils mettent plus de cinq heures à franchir les 7 kilomètres jusqu’au Fort de Médine.
Page 34, le docteur Baril constate avec satisfaction, « n’en déplaise aux détracteurs de cette doctrine », que très peu d’hommes sont touchés par la fièvre, ce qu’il attribue à la prise préventive de quinine quotidienne. S’ensuit une argumentation sur les différentes théories à ce sujet.
Le 22 septembre, Sabouciré est prise d’assaut, une victoire pour les Français à qui désormais est ouverte la route vers le Niger. Jules Laroche, officier engagé au Sénégal de février 1878 à mars 1879, signe le dessin colorié décrivant les positions sur les lieux de bataille. Les quatre heures que dura la prise de Sabouciré sont racontées dans le détail ; l’auteur décrit la tactique de l’assaut, la réaction des assiégés, leur fuite, les détails de leur traversée du fleuve, et une vision de la bataille du point de vue médical. Le retour, qui dura plus d’un mois, fut désastreux dû aux conditions de la lente marche avec les blessés et malades pour regagner les avisos, la chaleur insupportable, les manœuvres épuisantes pour désensabler les navires, la fièvre et la quarantaine à respecter dans divers villages, où on laissa les plus faibles. Le 4 novembre, à Saint-Louis le bilan est bouleversant : 211 hommes de la colonne sont morts, dont seulement 7 sur le champ de bataille. La fièvre jaune avait décimé cette colonne expéditionnaire, la frustration du docteur Baril est sensible.
ce récit influencera de façon décisive la politique sanitaire des troupes expeditionnaires, auxquelles seront petit à petit administrées des doses de quinine de manière préventive. Le rôle de Claude Baril eut son importance dans cette révolution médicale : de retour en France, publiera sa thèse de médecine en 1883 d’après ce manuscrit, sous le titre : Souvenirs d’une expédition au Sénégal, pendant l’épidémie de fièvre jaune, en 1878. En 1935, son article est publié dans les Archives de Médecine coloniale : « Une page d’histoire médicale. Rapport sur l’expédition militaire au Logo (Soudan, 1878) et l’épidémie de fièvre jaune qui la termina. »
L’expédition vers Sabouciré, capitale rebelle du Logo à 180 lieues de Saint-Louis, est décidée en septembre 1878 par Brière de L’Isle, gouverneur du Sénégal, et le départ a lieu le 10 septembre. Le Dr Claude Baril, médecin de la colonne, soumet tout son personnel à l’usage quotidien et obligatoire du vin quininé. Il craint les fièvres pernicieuses, tantôt fièvres rémittentes paludéennes, tantôt fièvres climatiques, tantôt typhoïdiennes ou typho-malarienne, comme c’est souvent le cas au Soudan. Les résultats furent si probants que l’usage se généralisa dans l’armée française en Afrique (A. Laveran, Traité de paludisme, 1907, p. 588). Pour comble de malchance, l’épidémie se déclara précisément à cette date, à Gorée. Malgré la résistance des officiers, l’ordre de marche est confirmé, fixé au 10 septembre.
« Le cœur nous saigne encore en revoyant tous ces soldats pleins de jeunesse et de santé, en songeant au petit nombre qui devait revenir et en comparant cette solennité du départ à la tristesse accablante du retour ». 28 officiers, 317 soldats européens et 225 soldats indigènes, quittent Saint-Louis et s’engagent sur le fleuve Sénégal sur 3 avisos menés par 150 marins environ. Survivant de l’expédition, à son retour « aujourd’hui que le calme est revenu », Baril décide de raconter cette terrible expédition dans le détail afin de « mettre un peu d’ordre dans ce chaos ». Il décrit dans ce carnet « le pays où nous nous trouvions, les moyens précaires de transport mis à la disposition des troupes [3 avisos nécessitant le couchage sur les ponts sous la pluie dans les nuées de moustiques et de singes], l’époque atroce où tout cela se passait [l’épidémie se répand], les nombreuses privations que nous eûmes à supporter [on relève au Sénégal les plus fortes températures au monde selon l’auteur : 48°], le manque d’eau potable surtout, qui fut un de nos grands supplices, car nous n’avions que de l’eau boueuse pour panser nos blessés et calmer leur soif, on se fera facilement une idée de la tâche longue et difficile qui incomba au médecin au milieu de ces dures épreuves. »
Le docteur Baril raconte en détail la remontée du fleuve Sénégal vers le village à contrôler, Sabouciré : les villages Richard Toll et Podor ; il décrit précisément la faune, aquatique et forestière, la végétation, et en particulier le poste militaire français à Bakel, bâti sur un rocher, le poste le plus important du fleuve entier, les vents brûlants qui dessèchent les hommes, les Peules, les Toucouleurs, leurs habitudes, leurs ornements, leurs usages ; puis les rapides de Kayes (Mali, que l’auteur orthographie Kaye) où doivent débarquer les troupes pour s’engager dans la forêt. Ils mettent plus de cinq heures à franchir les 7 kilomètres jusqu’au Fort de Médine.
Page 34, le docteur Baril constate avec satisfaction, « n’en déplaise aux détracteurs de cette doctrine », que très peu d’hommes sont touchés par la fièvre, ce qu’il attribue à la prise préventive de quinine quotidienne. S’ensuit une argumentation sur les différentes théories à ce sujet.
Le 22 septembre, Sabouciré est prise d’assaut, une victoire pour les Français à qui désormais est ouverte la route vers le Niger. Jules Laroche, officier engagé au Sénégal de février 1878 à mars 1879, signe le dessin colorié décrivant les positions sur les lieux de bataille. Les quatre heures que dura la prise de Sabouciré sont racontées dans le détail ; l’auteur décrit la tactique de l’assaut, la réaction des assiégés, leur fuite, les détails de leur traversée du fleuve, et une vision de la bataille du point de vue médical. Le retour, qui dura plus d’un mois, fut désastreux dû aux conditions de la lente marche avec les blessés et malades pour regagner les avisos, la chaleur insupportable, les manœuvres épuisantes pour désensabler les navires, la fièvre et la quarantaine à respecter dans divers villages, où on laissa les plus faibles. Le 4 novembre, à Saint-Louis le bilan est bouleversant : 211 hommes de la colonne sont morts, dont seulement 7 sur le champ de bataille. La fièvre jaune avait décimé cette colonne expéditionnaire, la frustration du docteur Baril est sensible.
ce récit influencera de façon décisive la politique sanitaire des troupes expeditionnaires, auxquelles seront petit à petit administrées des doses de quinine de manière préventive. Le rôle de Claude Baril eut son importance dans cette révolution médicale : de retour en France, publiera sa thèse de médecine en 1883 d’après ce manuscrit, sous le titre : Souvenirs d’une expédition au Sénégal, pendant l’épidémie de fièvre jaune, en 1878. En 1935, son article est publié dans les Archives de Médecine coloniale : « Une page d’histoire médicale. Rapport sur l’expédition militaire au Logo (Soudan, 1878) et l’épidémie de fièvre jaune qui la termina. »