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Jarry, Alfred
Description
- Jarry, Alfred
- L'Amour en visites.Paris, P. Fort, 1898.
illustration : 12 dessins hors texte à pleine page par D. Mullet.
reliure postérieure non signée. Demi-chagrin noir à coins, guirlande dorée, dos à nerfs, chiffre "O.W." en pied, tête dorée, sans la couverture.
envoi autographe signé d'Alfred Jarry : "à Oscar Wilde, hommage de Alfred Jarry".
Provenance
Catalogue Note
Recueil de pièces libres, certains textes sont repris d’autres publications. Le chapitre « chez Madame Ubu », par exemple, est un fragment des Minutes de sable mémorial. Le caractère pornographique du texte condamne Jarry à rechercher un autre éditeur. Malgré ses relations toujours bonnes avec Rachilde et Vallette, l'Amour en visites ne pouvait pas être publié au catalogue du respectable Mercure de France. Vallette se devait de penser aux intérêts commerciaux de l'honorable maison d'édition et à sa réputation.
Rachilde joue donc l’intermédiaire et présente l’original à Pierre Fort, directeur d’une maison d’édition spécialisée dans les ouvrages licencieux et « semi-pornographiques ». Cependant, il ne peut assumer l’impression du manuscrit complet et demande à Jarry de réduire son texte. Jarry accepte et ôte le chapitre X « Chez la Mort ou l’Autre Alceste » et le chapitre « Dame Jocaste ou l’Amour Absolue » est remplacé par « Chez Madame Ubu », plus court, plus simple.
Jarry n’a jamais renié cet ouvrage, pourtant complètement à part dans sa bibliographie (il adresse des exemplaire à Vallette, Quilard, Danville, Mallarmé, Valéry, Dujardin et bien sûr Rachilde). Il n’en tira jamais une véritable satisfaction, Rachilde elle-même dira qu’ « Alfred Jarry a mieux à faire que cela ». Peut-être Jarry, au moment de publier les très cérébraux Gestes et Opinions du Docteur Faustroll pataphysicien, voulait, tel un exercice de style, en publier son exact opposé.
Alfred Jarry et Oscar Wilde ne se sont rencontrés qu’une seule fois, par l’intermédiaire de Henry Davrais, ami de Jarry, traducteur au Mercure et très introduit auprès des artistes symbolistes anglais comme Beardsley. Ils se retrouvent le 19 mai 1898 au café Rohan. Sans avoir d’à priori sur le dandy banni, Jarry ne fait jamais référence à Wilde dans ses articles, correspondance ou ouvrages. Il a sans aucun doute lu ses œuvres (que lui envoie Davrais) mais sans en faire jamais écho. Wilde en revanche écrira, après la rencontre, à son ami Reggie Turner : « Alfred Jarry vient de m’envoyer la collection de ses œuvres complète. C’est un jeune homme tout à fait extraordinaire, très corrompu, et ses écrits ont parfois l’obscénité de Rabelais, parfois l’esprit de Molière, et toujours quelque chose de curieux et qui lui est propre. Il a fait ses débuts avec une pièce intitulée Ubu Roi au Théâtre de l’œuvre. L’essentiel de la pièce consistait en ce que tous les personnages se disaient « Merde », pendant les cinq actes, apparemment sans raison. La pièce a été tellement sifflée que Jarry est devenu célèbre, et le Mercure de France vient de publier Ubu Roi en édition de luxe. Jarry est actuellement la nouvelle étoile du Quartier Latin. Très attirant de sa personne, il a l’air exactement d’un gentil truqueur ».
Si Jarry ne fait jamais mention de Wilde, la rencontre, au cours de laquelle il lui offre cet exemplaire, dut le marquer au point de lui envoyer ses œuvres complètes. D’un point de vue littéraire, on peut voir dans cette association presque surréaliste, un passage d’un siècle à l’autre.