PF1203

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Lot 67
  • 67

Flaubert, Gustave

Estimate
12,000 - 18,000 EUR
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Description

  • Flaubert, Gustave
  • Lettre autographe signée à Louise Colet.Mercredi, minuit 1/2, [Croisset, le 13 avril 1853].
6 pages in-4 sur un double-feuillet et un feuillet (246 x 199 mm). A l'encre brune, enveloppe à l'adresse de "Madame Colet. rue de Sevres. 21. Paris".

Literature

Lettre publiée dans Gustave Flaubert, Correspondance, tome II. p. 301 et suiv, collection La Pléiade.

Catalogue Note

Belle et longue lettre de Flaubert à Louise Colet, à propos de la parution de La Paysanne. L'auteur de Madame Bovary manie avec délicatesse le chaud et le froid pour livrer une critique assez perverse du roman de sa muse, voir de son auteur.

Il la félicite d'abord chaleureusement pour son roman, premier des trois longs récits composant le Poème de la femme, publié de 1853 à 1856. Il en fait un long commentaire critique et stylistique et est parfois peu tendre avec son amie, qu'il note une "métaphore usée et qui n'en est pas une" ou qu'il fustige ses "berlues".
Il rejette, dans un premier temps, tout apport personnel à l'oeuvre de sa protégée : "Tu ne me dois pas tous les remerciements que tu me fais. Si tu savais user de tes moyens, tu pourrais faire des choses merveilleuses. Tu es une nature vierge et tes arbres de haute futaie sont encombrés de broussailles. Dans cette Pay[sanne] [...], il n'y a pas une intention qui soit de moi". Pourtant, quelques lignes plus bas, il ne peut s'empêcher d'en tirer une certaine gloire : "La certitude d'avoir contribué à rendre très bon ce qui l'était à peu près, m'a donné de la joie".

Flaubert défend alors sa propre conception de l'écriture et de la littérature : "Ce qui fait la force d'une oeuvre, c'est la vesée [...] c'est-à-dire une longue énergie qui court d'un bout à l'autre et ne faiblit pas. [...] Comment [...] ne pas penser que l'on doit arriver enfin à force d'étude, de temps, de rage, de sacrifices de toute espèces, à faire bon ? [...] Ce qui me soutient, c'est la conviction que je suis dans le vrai, et si je suis dans le vrai, je suis dans le bien. J'accomplis un devoir, j'exécute la justice. [...] Il faut donc écrire comme on sent, être sûr qu'on sent bien, et se foutre de tout le reste sur la terre."

Il lui raconte enfin les avancées dans la rédaction de Madame Bovary et les tourments que l'écriture provoque chez lui : "Je commence à y voir un peu dans mon sacré dialogue du curé. Mais franchement, il y a des moments où j'en ai presque envie de vomir, physiquement, tant le fond est bas. [...] il me restera ensuite une dizaine de pages (deux grands mouvements) et j'aurai fini le premier ensemble de ma seconde partie. L'adultère est mûr, on va s'y livrer (et moi aussi, j'espère, alors)."