PF1203

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Lot 123
  • 123

Apollinaire, Guillaume

Estimate
10,000 - 15,000 EUR
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Description

  • Apollinaire, Guillaume
  • Lettre autographe signée à Lou. 28 mai 1915.
4 pages sur un double feuillet in-8 (208 x 134 mm) à l'encre brune.
Trace de pliure.



Il évoque sa vie de soldat, Lou lui manque, il aimerait la voir au cours d'une permission, donne des nouvelles de Berthier :
« Mon petit Loupiote, ci-inclus un petit mandat excuse moi de ne pouvoir faire mieux. Hier pas de lettre de toi, comme tu m'en avais averti d'ailleurs. J'espère que tu t'es bien amusée à Versailles. Moi, j'aurais bien envie de faire un pan pan, mais je dois garder mon vœu. Cependant, je me dis parfois qu'après tout il n'est pas incorrect, après tout, de baiser une femme sur le front. Mais j'ai trop de respect de moi-même pr manquer à ma parole donnée à moi-même et tout cela se borne donc à un mot que je te livre et qu'en arrangeant tu pourras attribuer à un grand général. Histoire d'animer les conversations. On dit que les Italiens marchent bien. C'est peut-être eux qui arrivent à Berlin avant les Russes. Il paraît qu'on a pavoisé à Paris. [...] Je crois qu'incessamment nous allons avancer. Je te raconterai beaucoup d'histoires amusantes mais aujourd'hui suis fatigué (pas malade, fatigué) [...] J'ai une nouvelle culotte bleu ardoise avec passepoil rouge qui est épatante et me va très bien. Je vais aller la montrer à la ville et tacher d'arriver vers l'heure du bombardement afin d'aller dans les caves ce qui est beaucoup plus rigolo. Berthier va mieux et je l'ai emmené avec moi pour lui montrer un peu la contrée que je connais maintenant épatamment et où tout le monde me connaît aussi. [...] Si tu pouvais venir me dire bonjour en amie?... Dis si c'est possible de ton côté. Réponds bien clairement en mettant seulement initiales des villes où ce serait plus facile. Gui. Le vaguemestre a mis de Chât. Coligny au lieu du contraire, alors je mets ça aussi sur ma lettre pr que tu aies une enveloppe. Je ferai de même avec ma lettre de demain ».

Literature

Lettre reproduite dans  Lettres à Lou, Collection L'Imaginaire Gallimard, 1990, n° 170, p. 412-413.

Catalogue Note

Cette lettre datée du 28 mai a probablement été écrite le 27 mai car dans une autre lettre datée du 28, Apollinaire mentionne son mandat de la veille.
La relation entre Lou et Apollinaire est moins passionnée depuis leur rencontre à Marseille du 28 mars. Elle va progressivement se transformer en relation "amicale".
« Dès lors amoureux toujours mais d'un amour meurtri et acide, il précipita son départ pour le front [...]. De là avec une chimérique croyance encore que son amie aurait gardé pour lui quelque tendresse, il lui écrivit des lettres incessantes, pleines d'accommodements et de sollicitude, mais où la déception et une foncière amertume étaient encore exprimées. C'est alors, tandis qu'il poursuivait cette correspondance vivante et âpre, qu'il devait entreprendre, mener, et par lettres encore, la séduction de la juvénile, prudente et rusée Madeleine, allant ainsi de l'une à l'autre ». (André Rouveyre, Apollinaire, NRF 1945, pp. 201 – 202).
Progressivement, Madeleine va remplacer Lou. Ils se rencontreront une dernière fois et fortuitement en 1917 ou 18 à Paris, place de l'Opéra. « A ce moment Apollinaire avait été trépané. Ils allèrent se réfugier quelques instants, pour parler, sous cette grande porte jaune. [...] Entrevue navrante pour tous deux. Une sorte de fuite intime de part et d'autre. Lui était d'ailleurs déjà atteint, très émotif. Puis, se trouver ainsi soudain auprès d'une femme qu'il avait si profondément aimée et qui l'avait déçu... Reproches, entretien assez pénible. Entretien écourté où ils se sont regardés avec tristesse, et avec l'impression qu'ils ne se reverraient plus. Ce qui devait être, en effet » (p. 202).
Apollinaire meurt de la grippe espagnole le 9 novembre 1918 à l'âge de trente-huit ans.