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Paire de têtes-à-têtes en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI, livrée par Georges Jacob en 1777 pour le Comte d'Artois au palais du Temple
A PAIR OF CARVED GILTWOOD TÊTES-À-TÊTES, LOUIS XVI, MADE IN 1777 BY GEORGES JACOB FOR THE COMTE D'ARTOIS AT THE TEMPLE PALACE
Estimate
200,000300,000
LOT SOLD. 552,750 EUR
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Paire de têtes-à-têtes en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI, livrée par Georges Jacob en 1777 pour le Comte d'Artois au palais du Temple
A PAIR OF CARVED GILTWOOD TÊTES-À-TÊTES, LOUIS XVI, MADE IN 1777 BY GEORGES JACOB FOR THE COMTE D'ARTOIS AT THE TEMPLE PALACE
Estimate
200,000300,000
LOT SOLD. 552,750 EUR
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Details & Cataloguing

Important Mobilier, Sculptures et Objets d’Art

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Paris

Paire de têtes-à-têtes en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI, livrée par Georges Jacob en 1777 pour le Comte d'Artois au palais du Temple
A PAIR OF CARVED GILTWOOD TÊTES-À-TÊTES, LOUIS XVI, MADE IN 1777 BY GEORGES JACOB FOR THE COMTE D'ARTOIS AT THE TEMPLE PALACE
richement sculptés de frises de rais-de-coeur, perles et culots, et de feuilles d'acanthe, reposant sur des pieds à cannelures torses ; garnis à carreau, recouverts de soie verte ; marqués au fer PLS DES TUILES et PALAIS DES TUILERIES, à l'encre 10292/2, N°152 et au pochoir 29533 ; (reprises à la dorure)
Quantity: 2
Haut. 92 cm, larg. 111 cm, prof. 55 cm
Height 36 1/4 in; width 43 3/4 in; depth 21 2/3 in
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Provenance

- Comte d'Artois au Palais du Temple, salon des Quatre Glaces, 1777
- Dépôt des Menus-Plaisirs après 1792
- Palais du Luxembourg, 1796
- Château des Tuileries, appelé Palais des Tuileries à partir de 1804, jusqu'en 1808
- Château de Fontainebleau, appartement de Louis Bonaparte, roi de Hollande, puis du roi et de la reine d'Espagne, Charles IV et Marie-Louise, de 1808 à 1823
- Vente du Garde-Meuble royal sous la Restauration, 1825

Catalogue Note

L'histoire de cette paire de têtes-à-têtes a pu être retracée de leur création en 1777 jusqu'à leur vente par l'administration du Garde-Meuble sous la Restauration.

Le 6 août 1775 naissait à Versailles le premier enfant du comte d'Artois et de son épouse, née princesse de Savoie. L'enfant fut titré duc d'Angoulême par son oncle, le jeune roi Louis XVI. Un an plus tard, le prince de Conti, cousin du roi, décédait, laissant sans occupant le palais du Temple. Les biens de l'Ordre du Temple, après sa suppression en 1314, avaient été donnés à l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, dit aussi de Malte. L'enclos du Temple jouissait d'une quasi-extraterritorialité avec sa propre juridiction civile et criminelle. De nombreux artisans fuyant ainsi les poursuites de l'administration royale s'y étaient réfugiés. Au centre s'élevait la fameuse Tour du Temple. A l'angle de la rue de la Corderie s'élevait le palais du Grand Prieur, construit à partir de 1667 sur les dessins de Pierre Delisle Mansart. Remanié par Gilles Marie Oppenordt(1672-1742), le palais  fut à nouveau modernisé par le comte d'Artois qui agissait comme tuteur de son fils titré Grand Prieur de l'Ordre de Malte en France en août 1776. Il y entreprit de lourds travaux de modernisation dans les petits appartements de l'aile droite, tandis que les grands appartements furent semble-t-il rafraîchis.

Le salon des Quatre Glaces, situé à droite du vestibule central, donnait sur le jardin. C'est dans ce salon que le jeune Mozart joua du clavecin en 1766, concert immortalisé par le peintre Ollivier. Il semble que les boiseries furent simplement repeintes. Georges Jacob fournit les bois d'un grand canapé, de huit fauteuils, de douze chaises, d'un écran, d'un paravent et des deux têtes-à-têtes de 40 pouces de large (110 cm) qu'il factura 80 livres. Rode sculpta tout l'ensemble, et notamment les deux causeuses, pour 184 livres : "détail d'une causeuse de trois pieds cinq pouces de largeur par devant, ayant quatre bas de pieds à huit cannelures torses chaque ayant six trèfles refendu sur l'assemblage dans des cases fermée de bande sur la pièce de côté et pièce ronde, cinq pieds huit pouces de culot, et cinq pieds huit pouces de feuille d'eau à cote creuse, une feuille refendue sur chaque console, une feuille également refendue sur chaque tête d'accotoir avec des enroulement  de bandes de chaque coré de la tête d'accotoir, deux trèfles refendu au raccord de l'accotoir avec les pieds de derrière fait en tire point [sic], deux culots de feuilles refendues renversé sur les bouts des montants et trois pieds de culots sur cintre et sept pieds de feuilles d'eau à côte creuse, avoir fait tourner les bas de pieds et avoir poussé toutes les moulures à la main, pour prix d'une causeuse la somme de quatre-vingt-douze livres".
Les sièges furent alors dorés par Roumier pour 392 livres, puis couverts d'un damas blanc, vert et cerise, dessin à corbeilles, bouquets de fleurs et guirlandes.

C'est dans ce palais que la famille royale séjourna à compter du 12 août 1792, attendant que la Tour du Temple fusse aménagée en prison. Le mobilier du salon des Quatre Glaces fut réservé et envoyé au dépôt des Menus-Plaisirs, puis choisi par l'administration pour meubler l'appartement de l'un des Directeurs au palais du Luxembourg en 1796 sous le numéro 46. Les douze parties de rideaux de près de cinq mètres de haut y sont encore mentionnés. Du Luxembourg, ils furent certainement envoyés au château des Tuileries quand deux des trois consuls vinrent s'y installer après la disparition du Directoire.
La marque PALAIS DES TUILERIES les situent dans ce palais sous l'Empire, seule période où les Tuileries ne furent pas appelées château. En 1807, nous retrouvons les têtes-à-têtes dans le deuxième salon de l'appartement de Napoléon sous le numéro 116 : "Deux têtes-à-têtes, bois idem, doré à l'huile, pieds tournés et godronnés, le fond à plate forme et carreau de crin, couverts comme le canapé [étoffe de Lyon broché fond vert d'eau]". Ce tissu avait été livré par Pernon pour la chambre de Louis XVI au château de Compiègne.

Remisés au Garde-Meuble en mars 1808, les têtes-à-têtes furent envoyés au château de Fontainebleau le 11 mai de la même année et y demeurèrent jusqu'en 1823, date à laquelle ils apparaissent encore dans l'inventaire du Magasin des Meubles (AJ19 522). C'est seulement en 1825 qu'ils furent vendus sous le numéro 29533 : "Deux causeuses idem 13311". En effet, l'administration impériale ayant achevé de remeubler à la dernière mode tous les châteaux et palais de la Cour, le Garde-Meuble n'hésita pas, sous la Restauration, à céder au plus offrant le mobilier hérité de l'Ancien Régime et procéda à plusieurs ventes en 1821,1825, 1826,1827, etc. Dans ce bric-à-brac figuraient des chefs-d'œuvre de l'ancien mobilier royal : c'est ainsi que le célèbre secrétaire de David Roentgen fut aliéné, mais également le baromètre du Dauphin ou bien le grand canapé à confidents fait pour Mesdames au château de Bellevue (Fondation Calouxte Gulbenkian, Lisbonne).

Que devinrent les autres sièges du salon du Temple ? Le canapé à joues est conservé au château de Chantilly (Anne Forray Carlier, Le mobilier du château de Chantilly, éd. Faton, 2010, pp. 88 et 89). Ce canapé, avant d'être conservé à Chantilly, se trouvait dans le premier salon de l'hôtel du troisième consul et futur archichancelier de l'Empire, Cambacérès.
Un fauteuil était conservé en 1882 au Mobilier National. Recouvert de tapisserie de Beauvais d'après Casanova, il fut versé au Musée du Louvre par cette administration. Il est probable que des sièges de cette suite avec des compléments postérieurs fassent actuellement partie du mobilier du Palais de l'Elysée.

 

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