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Alberto Giacometti
Description
- Alberto Giacometti
- PORTRAIT DE PIERRE LOEB
- mine de plomb sur papier
- 49,7 x 31,8 cm
- 19 1/2 x 12 1/2 in.
Provenance
Florence Loeb, Paris (hérité du précédent)
Exhibited
Tanlay, Château de Tanlay, Centre d'art, Alberto Giacometti. Dessins, gravures, lithographies, 1984, no. 6
Aix-en-Provence, Musée de l'Atelier de Paul Cézanne, Pages cézanniennes de maîtres d'aujourd'hui, 1991, n.n.
Tanlay, Château de Tanlay, Centre d'art, Hommage à Denise Colomb avec ses frères Pierre et Edouard Loeb. Portraits d'artistes de Montparnasse à Saint-Germain-des-Prés, photographies, peintures, dessins, sculptures, 1996, n.n.
Venise, Museo Correr ; Londres, European Academy for the Arts & Rome, Villa Medicis, Académie de France, Balthus, Alberto et Diego Giacometti, Henri Cartier-Bresson, Jean Leymarie, Martine Franck : l'amitié, la seule patrie, 2000, n.n.
Paris, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Alberto Giacometti : le dessin à l'œuvre, 2001, no. 83
Literature
Condition
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Catalogue Note
«Ce qu'il faut dire, ce que je crois, c'est que, qu'il s'agisse de sculpture ou de peinture, il n'y a que le dessin qui compte. Il faut s'accrocher uniquement, exclusivement au dessin. »
Alberto Giacometti, Entretien avec Georges Charbonnier, Ecrits, Paris, 1951
La rencontre de Pierre Loeb et d'Alberto Giacometti remonte à 1929, début d'une longue amitié de plusieurs décennies. C'est le sculpteur Jacques Lipchitz qui, cette année-là, présente les deux hommes, initiant une collaboration professionnelle fructueuse entre le marchand et l'artiste. Très peu de temps après cette première rencontre, Giacometti signe un contrat d'exclusivité d'un an avec Pierre Loeb.
Cette rencontre est cruciale dans la carrière du sculpteur. C'est en effet lors de l'exposition organisée à la galerie Pierre au printemps 1930 qu'Alberto Giacometti expose, aux côtés d'œuvres de Miró et d'Arp, l'une de ses sculptures les plus marquantes, Boule suspendue. Provoquant l'admiration de Salvador Dalí et d'André Breton (la sculpture sera acquise par Breton qui la conservera dans son appartement de la rue Fontaine), cette œuvre vaut au jeune sculpteur d'être introduit dans le groupe surréaliste, auquel il adhère officiellement en 1931.
La collaboration entre les deux hommes demeure régulière dans les années qui suivent (exposition à la Galerie Pierre en 1931 puis en 1936), Pierre Loeb restant un soutien constant pour Alberto Giacometti. Il est notamment l'un de ceux qui suivent avec attention son travail pendant la période dite du « retour à la réalité ». C'est donc tout naturellement que les deux hommes renouent leur relation dès la fin de la guerre en 1945. Il s'ensuit plusieurs années d'intenses échanges artistiques et amicaux entre le galeriste et l'artiste, ainsi qu'en témoignent les multiples portraits de Pierre Loeb exécutés par Giacometti à cette période, tels que le présent dessin ou encore celui où Giacometti représente Pierre Loeb entouré de ses œuvres favorites (l'Autoportrait d'Artaud, la Main de Giacometti et plusieurs objets d'art africain et océanien). Giacometti participe également au travail académique mené par le galeriste à cette époque, illustrant de plusieurs eaux fortes l'ouvrage Regard sur la peinture publié par Loeb en 1950.
Giacometti saisit ici Pierre Loeb dans une de ses attitudes familières, installé dans son bureau de la galerie Pierre où les deux amis se retrouvaient régulièrement pour converser. Au-delà du témoignage de la profonde amitié qui unissait les deux hommes, cette œuvre est une illustration magistrale de l'art du dessin chez Giacometti. Le dessin, pour ce dernier, est le moyen le plus immédiat de capter la vérité de l'être qui lui fait face. Ainsi que le décrit si justement Florian Rodari (« Giacometti l'ajusteur », catalogue de l'exposition Alberto Giacometti. Le dessin à l'œuvre, Paris, Centre Pompidou, 2001), l'artiste se concentre principalement sur le rendu du regard de son modèle qui émerge d'un lacis de traits vibrants et hachurés. La silhouette du galeriste, d'une présence remarquable, semble ici modelée par de multiples lignes acérées et nerveuses dont il est presque impossible de dégager une ligne de contour unique, concentrant toute l'intensité de l'œuvre sur le visage de Pierre Loeb, hommage émouvant de l'artiste à l'ami et soutien fidèle.