PF1218

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Lot 55
  • 55

Statue, Dogon, Mali

Estimate
200,000 - 300,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Dogon
  • Statue
  • haut. 88 cm
  • 34 2/3 in

Provenance

Collection Bela Hein, Paris
Collection André Lefèvre, Paris
Ader & Ribault-Menetière, Collection André Lefèvre, Art Nègre, Afrique, Océanie, Divers, Paris, Hotel Drouot, 13 décembre 1965 n° 120
Collection privée

Literature

Clouzot & Level, Sculptures Africaines et Océaniennes, 1923, pl. XVI
Peignot, "André Lefèvre" in Connaissance des Arts, n° 168, février 1966, p. 44-45

Socle Inagaki

Condition

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Catalogue Note

« Art nègre et peinture cubiste étaient les seuls ornements de l’appartement parisien de M. André Lefèvre ».
Jérôme Peignot (Connaissance des Arts, n° 168, février 1966, p. 45)

Grand lettré, fidèle aux peintres qu’il admirait le plus – le Picasso de l’époque cubiste, Georges Braque, Juan Gris et Fernand Leger, Henri Laurens, André Masson, Klee, Miro et Modigliani (sa collection compte à sa mort près de deux-cents œuvres de ces artistes) -, André Lefèvre (1893-1963) s’inscrit également parmi les figures les plus engagées dans la reconnaissance des arts africains.

C’est son ami André Level, fondateur en 1904 de l’association La Peau de l’Ours (qui contribua à lancer Picasso et l’art moderne) qui, dès 1907, lui aurait fait découvrir l’art nègre (Peignot, idem, p. 41).
Une célèbre photographie de l’appartement parisien d’André Lefèvre (reproduite en intérieur de couverture de ce catalogue) montre, encadrant la Fille du Peuple de Modigliani, Les usines du Rio-Tinto à l'Estaque de Georges Braque (1910) et Le Tapis bleu de Juan Gris – donnés au musée d’art moderne de Paris en 1952 -, une figure de reliquaire Fang et la statue Dogon présentée ici. Offrant aux tableaux un écho saisissant, la dynamique remarquable des formes – jouant sur la triangulation, la juxtaposition des plans et l’accentuation des points de rupture – renvoie au vocabulaire qui fonda le Cubisme.

Lorsqu’en 1923, cette œuvre est exposée au pavillon de Marsan et reproduite dans l’ouvrage de Clouzot et Level, Sculptures africaines et océaniennes (pl. XVI), elle appartient encore au grand collectionneur et marchand d’origine slovaque Bela Hein (1883 – 1931), qui s'était installé à Paris vers 1910. La notice indique « idole féminine du Soudan aux bras levés ». 
Dans les collections, les sculptures du Soudan français sont encore très peu nombreuses comparées à celles des autres colonies. Plus rares encore sont les objets Habé (selon la désignation par les Occidentaux des Dogon jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, cf. Leloup, 1994, p. 65). Seuls quelques chefs-d’œuvre, comme la coupe cérémonielle appartenant elle aussi et à la même période, à la prodigieuse collection Bela Hein, et le « couple primordial » que Paul Guillaume vendit au Dr. A.C. Barnes, le représentent dans les expositions et les publications.

Cette œuvre - remarquable - est à notre connaissance unique dans le corpus de la statuaire Dogon. La pose, de même que l’iconographie (caméléon), permettent de l’identifier comme la représentation d’une ya sigine, femme dont le rôle - majeur - est d’être le « contrepoids de la toute-puissance masculine dans l’ordre social et politique (…). Stérile, elle est la seule femme à être enterrée en présence des masques » (Leloup, 1994, p. 525). Selon Helène Leloup (idem, n° 125) à propos d’une maternité Dogon N’duléri dont la tête est surmontée, comme ici, d’un caméléon, « censé apporter la stérilité, il est redouté des femmes. Il s’agit de l’animal symbole de l’ambivalence puisqu’il change de couleur et ses yeux tournants voient partout ». Sa présence redouble ainsi dans les yeux du personnage, regardant vers la droite. La ya sigine est représentée de manière identique sur les masques Satimbe dont elle surmonte le front en dôme. Cette œuvre, dont la très grande ancienneté est attestée par la patine profonde, l'érosion de la base et les réparations indigènes, pourrait être l'archétype des masques Satimbe, dont nous ne connaissons que des exemplaires sculptés dans un bois léger.  

En 1954, alors que Nelson Rockefeller et René d’Harnoncourt (directeur du MoMA) décident de la création, à New York, du Museum of Primitive Art, André Lefèvre donnait sa statue de « singe mendiant » Baulé à l’Etat français, sous la condition – postulat alors révolutionnaire - qu’il s’engage à l’exposer « au palais du Louvre dès que les responsables du musée du Louvre auront reconnu que l’art d’Afrique noire est digne de figurer dans les galeries dudit palais » (lettre du 8 avril 1954, archives de la Direction des musées de France).

Deux œuvres d’art africain de la collection André Lefèvre sont aujourd’hui exposées au musée du Louvre (pavillon des Sessions) : la statue Baulé (cf. supra) et l’exceptionnel masque Fang du ngil, acquis en 1965 par l’Etat français lors de la vente de la Collection André Lefèvre, Art nègre, Afrique, Océanie (ponctuant les vacations de la collection d’art moderne). Choisie par Le Figaro pour illustrer l’article que le quotidien consacre en décembre 1965 à cette vente magistrale, cette statue Dogon en est l’une des vedettes. Elle symbolise, par la saisissante modernité de ses formes, l’œil précurseur qui avait su, dès 1907, s’intéresser avec une égale passion à l’art nègre et au Cubisme.