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Importante paire de fauteuils en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI, vers 1780, estampillée G. IACOB et livrée pour le comte d'Artois au palais du Temple
Description
- Haut. 97,5 cm, larg. 66 cm, prof. 70 cm
- Height 38 1/3 in; width 26 in; depth 27 1/2 in
Condition
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Catalogue Note
Georges Jacob, menuisier reçu maître en 1765
Le 6 aout 1775 naissait à Versailles le premier enfant du comte d'Artois et de son épouse, née princesse de Savoie. L'enfant fut tout de suite titré duc d'Angoulême par son oncle Louis XVI ; un an plus tard, le prince de Conti, cousin du roi, décédait, laissant sans occupant le palais du Temple.
Les biens de l'Ordre du Temple, après sa suppression en 1314, avaient été donnés à l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, dit aussi de Malte. L'enclos du Temple jouissait d'une quasi-extraterritorialité avec ses propres juridictions civile et criminelle. De nombreux artisans s'y étaient installés fuyant ainsi les poursuites du Parlement de Paris. Au centre s'élevait la fameuse tour ou donjon du Temple qui servit de prison à Louis XVI et à sa famille à partir de la fin août 1792.
A l'angle de la rue de la Corderie s'élevait le palais du Prieur, construit à partir de 1667 sur les dessins de Pierre Delisle Mansart. Remanié par Gilles Marie Oppenord (1672-1742), le palais fut à nouveau modernisé par le comte d'Artois. Louis XVI octroya ce palais à son neveu et l'honora du titre de « Grand Prieur de l'ordre de Malte en France ». Ce fut donc son père, le comte d'Artois qui, à titre de tuteur de son fils, s'appropria le palais en août 1776.
Il y entreprit immédiatement des travaux de rénovation, notamment dans le grand appartement qu'il s'octroya dans l'aile droite ; les petits cabinets situés au rez-de-chaussée furent également réhabilités, puis refaits en grande partie de 1782 à 1785 car les planchers, trop vermoulus, menaçaient de céder. Dans le même temps, au premier étage un petit appartement était aménagé somptueusement.
Ce fut le premier Architecte du prince, François Joseph Belanger (1744-1818), qui entreprit la rénovation de ces trois appartements. Le petit appartement du premier étage se composait d'une antichambre, d'une salle à manger, d'un salon de compagnie, d'une chambre, d'un boudoir et d'un cabinet turc, ainsi que de quelques pièces de commodité. Au même moment, la reine Marie-Antoinette se faisait aménager un grand et un petit appartement au château des Tuileries, lui permettant de dormir à Paris quand elle allait aux bals de l'Opéra.
Le salon de compagnie vit son décor sculpté limité à la corniche et aux dessus-de-porte ornés de médaillons traités en camée. Sur les murs, un somptueux Pékin peint par Félix de fruits et d'animaux fut tendu. Dans les quatre angles furent disposées des girandoles dont une paire venait d'être achetée à la vente Montribloud. Le lustre, restauré par Delaroue, fut complété par des chenets livrés par François Rémond.
Les sièges furent livrés le 22 décembre 1783 par Georges Jacob, menuisier attitré du prince : « Quatre fauteuils à la Reine cintrés en plan et en élévation, ornés et sculptés de tors de lauriers au pourtour des dossiers et des assemblages avec des feuilles d'acante sur la face des consoles et des entrelacs régnant sur la tête des accotoirs avec des petits parasols au-dessus des montants, les pieds en gaine cannelés, des rosaces dans les coins ». Ils furent alors dorés « du plus bel or fin et vernis » par le doreur Jean-Gilles Ramier. Ce mobilier était complété par un grand canapé, deux bergères et quatre fauteuils provenant d'un ancien mobilier appartenant au prince.
Réservé à la Révolution pour l'usage de l'administration républicaine, l'ensemble se composait d'un canapé, de deux bergères et de huit fauteuils toujours couverts de leur Pékin peint ; il fut envoyé au Luxembourg afin de meubler le cabinet du Directeur Barras « les bois sculptés richement, pieds à cannelures torses, dossier et ceintures à ornements de laurier en paquet et consoles à piastres le tout d'or bruni 2500 ». L'absence de marque du garde-meuble au XIXe siècle nous indique très certainement que ces sièges quittèrent les collections de l'Etat rapidement, soit par don, soit par vente.