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Rare canapé à châssis en bois sculpté, laqué vert d'eau et rechampi or d'époque Louis XV, vers 1768, attribué à Louis Delanois
Description
- Haut. 102 cm, larg. 130 cm, prof. 65 cm
- Height 40 1/4 in; width 51 1/4 in; depth 25 1/2 in
Provenance
- Galerie Didier Aaron, Paris
- Ancienne collection Karl Lagerfeld, vente Christie's à Monaco, les 28 et 29 avril 2000, lot 48
Literature
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
- Svend Eriksen, Louis Delanois, menuisier en sièges (1731-1792), Paris, 1968
- Svend Eriksen, Early neo-classicism in France, Londres, 1974
- Bill G.B. Pallot, L'Art du siège au XVIIIe siècle en France, Paris, 1987
- Bill G.B. Pallot, "Les Sièges de la collection Karl Lagerfeld" in L'Estampille-L'Objet d'art n°346, avril 2000
Condition
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Catalogue Note
Louis Delanois, menuisier reçu maître en 1761
En juillet, puis en septembre de l'année 1768, Delanois, secondé par le sculpteur Denis Coulonjon, livrait successivement deux importants ensembles de sièges dont certains modèles se distinguaient par leur radicale nouveauté. La première commande émanait du comte Grimod d'Orsay ; la seconde, suivant les ordres de l'architecte Victor Louis, avait été exécutée d'après les dessins de Jean-Louis Prieur, afin de renouveler l'ameublement du palais royal Lazienki, alors résidence du roi Stanislas Auguste Poniatowski à Varsovie.
Dans le mémoire de Delanois adressé au comte d'Orsay était fait mention, entre autres, de quatre fauteuils « les dossiers oval et les pieds à gaine », qui n'avaient donc plus guère en commun avec les sièges rocaille traditionnels. Quant au palais Lazienki, sous l'influence de Louis et Prieur, il devint le reflet fidèle des dernières modes parisiennes ; déjà en 1764, lors d'une première campagne d'acquisitions menée à Paris par l'homme de confiance du roi, Casimir Czempinski, ce dernier avait affirmé : « Dans tous les achats que je fais, je donne la préférence au bel antique, au Grec décidé ». Les sièges de Delanois connurent un tel succès à Varsovie que des artisans polonais furent chargés de réaliser de nouveaux exemplaires afin de compléter l'ameublement de la demeure royale.
Le palais Lazienki conserve toujours une partie de ce mobilier (fig. 3). A quelques variantes près, notamment dans la sculpture de la ceinture, il s'agit du même modèle que le canapé présenté ici : sa principale caractéristique réside dans l'emploi de la console renversée comme support d'accotoir. D'autres sièges estampillés de Delanois présentent une structure similaire :
- une suite de sièges conservée au Metropolitan Museum de New York (ill. dans Eriksen, Louis Delanois, menuisier en sièges (1731-1792), pl. XXXV)
- une suite de six fauteuils (fig. 1 et 2), autrefois dans la collection Lopez-Willshaw, puis celle de Karl Lagerfeld, comme notre canapé, vente Christie's à Monaco, les 28 et 29 avril 2000, lot 47 (ill. dans Pallot, L'Art du siège au XVIIIe siècle en France, p. 190)
- une suite de six fauteuils conservée dans une collection particulière parisienne (ill. dans Eriksen, Early neo-classicism in France, pl. 165)
- une paire de fauteuils, autrefois dans la collection Ogden Phipps, vendue chez Sotheby's à New York, le 19 octobre 2002, lot 134
- un fauteuil conservé dans une collection particulière parisienne (ill. dans Pallot, op. cit., p. 288)
En exécutant cette série de sièges, Delanois traduisait à sa façon le goût grec en menuiserie. Au même moment, Heurtaut donnait une autre interprétation, moins tranchée, du mobilier néoclassique avec l'ensemble livré à la duchesse d'Enville pour son château de La Roche-Guyon (aujourd'hui conservé au Louvre) : la corne d'abondance y remplaçait la console renversée. Ces deux productions firent date et jouèrent un rôle décisif dans l'élaboration du style qui devait pleinement s'épanouir sous Louis XVI.