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Jean-Baptiste Oudry
Description
- Jean-Baptiste Oudry
- Jupiter changé en taureau;Hippomène et Atalante changés en lions
- Le second signé et daté en bas à gauche JB Oudry / 1732
- Huile sur toile et châssis d'origine, une paire
Jean Baptiste Oudry ; Jupiter transformed into a bull, Atalanta and Hippomenes turned into lions ; the latter is signed and dated lower left ; Both oil on original canvas and stretchers
Condition
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Catalogue Note
Entre 1728 et 1739 les projets pour des tapisseries dominent entièrement l'œuvre de Jean-Baptiste Oudry. C'est en effet en janvier 1728 que l'artiste reçoit une importante commande du roi et doit préparer les cartons pour la fameuse tenture des chasses royales tissée par la manufacture des Gobelins. Ces tapisseries marquèrent un vrai tournant dans l'histoire de la tenture ; cette suite ne fut tissée que deux fois, en 1736-1747 pour le palais de Compiègne et en 1742-1753 pour le palais Pitti de Florence.
Parallèlement à ce projet, en 1734, Oudry est nommé par l'intendant Fagon, co-directeur de la manufacture de tapisserie de Beauvais. Son rôle étant alors de réactualiser le travail de la manufacture et de la remettre au goût du jour. Il fit travailler ses contemporains comme François Boucher et exécuta entre 1728 et 1735 trois séries de cartons: les Amusements Champêtres, les Comédies de Molière et les Métamorphoses d'Ovide.
Les deux toiles que nous présentons, inédites jusqu'à présent, sont des études réalisées pour ce dernier projet. Les dessins préparatoires que nous connaissons pour notre série sont datés de 1732, de même que notre toile représentant Hippomène et Atalante.
Nos esquisses permettent de redécouvrir une petite partie de l'histoire de la tenture des Métamorphoses. En effet il semble que cette série n'ait été tissée qu'une seule fois et qu'elle ait disparu depuis très longtemps. Les archives de la manufacture de Beauvais n'ayant pas été conservées, on ne connait que très peu d'informations concernant cette tenture . Nous savons cependant qu'Oudry a souhaité se démarquer des deux autres séries des Métamorphoses qui avaient déjà été réalisées au XVIIème siècle. C'est pour cette raison qu'il décida de représenter des animaux et parfois même de mêler plusieurs sujets sur une œuvre.
Dans la liste des huit sujets possiblement identifiés par les spécialistes pour ce cycle des Métamorphoses on retrouve Jupiter changé en taureau et Hippomène et Atalante changés en lions. Ces deux sujets correspondent tout à fait à nos études.
Sur le premier tableau, nous identifions trois animaux, un loup, un paon et un taureau que l'on peut retrouver dans les Métamorphoses. Le paon qui est l'attribut de Junon nous permet d'identifier Jupiter ayant prit l'apparence d'un taureau afin d'enlever Europe (Livre II, versets 835-875) « Déposant le sceptre qui charge sa main, le père et maître des dieux, celui dont la dextre est armée de la foudre aux trois pointes, qui d'un signe de tête ébranle le monde, revêt l'aspect d'un taureau et, mêlé au troupeau, mugit et, dans l'herbe tendre, promène sa beauté. Sa robe est, en effet, de la couleur de la neige qu'aucun pied dur n'a encore foulée et que l'Auster pluvieux n'a pas amollie [...] ses cornes sont petites, il est vrai, mais telles qu'on les pourrait prétendre faites de main d'homme. [...] La fille d'Agénor l'admire d'être si beau, de ne donner aucun signe d'humeur menaçante et combative. [...] La vierge fille du roi osa même, sans savoir sur quel dos elle se posait, s'asseoir sur l'échine du taureau. Alors le dieu [...] emporte sa proie en pleine mer».
Le loup portant une couronne pourrait tout à fait être une illustration du roi Lycaon changé en loup par Zeus (livre I, versets 195-230) : « Lycaon commença par tourner en dérision ces pieuses dévotions, puis il déclare : Je vais bien voir, si ce soi-disant dieu n'est pas un mortel : l'expérience sera décisive. On ne pourra mettre en doute la vérité. Il médite, la nuit, quand le sommeil appesantirait mes membres, ma perte et ma mort par surprise : tel est le moyen par lequel il veut faire éclater la vérité. Et cette perfidie ne lui suffit pas : le peuple Molosse lui avait envoyé des otages ; de son épée, il ouvre la gorge de l'un d'eux ; puis de ses membres pantelants faisant deux parts, il détrempe l'une dans l'eau bouillante, fait rôtir l'autre au feu. Au moment même où ce mets parut sur la table, moi, d'une flamme vengeresse, sur le maître et les pénates dignes de lui, je fis crouler sa demeure. Lui-même terrifié s'enfuit, et, réfugié dans le silence de la campagne, il pousse de longs hurlements, fait de vains efforts pour retrouver la parole ; c'est de tout son être qu'afflue à sa bouche la rage ; son goût habituel du meurtre se tourne sur les bêtes et maintenant encore, sa jouissance est de verser le sang. Ses vêtements se muent en poils, en pattes ses bras ; il devient loup ». Cependant il est difficile de comprendre pourquoi les attributs d'Hermès se trouvent au sol devant le taureau.
Sur le second tableau on identifie Hippomène et Atalante changés en lions pour avoir profanés le temple de Cybèle (livre X, versets 538-573) : « Hippomène (et Atalante) y pénètre et souille ce sanctuaire en s'y livrant honteusement à un acte interdit [...] la mère des Dieux à la couronne de tours balança si elle plongerait les coupables dans l'onde du Styx. La punition lui parut trop légère. Alors de fauves crinières recouvrent leurs cous, tout à l'heure encore lisse, leurs doigts se recourbent en griffes, de leurs épaules se détachent des pattes d'animal, le poids de leur corps se porte tout entier sur leur poitrine ; d'une queue ils balaient la surface du sable. Leur visage respire la colère ; au lieu de paroles, ils font entendre des grondements ; comme chambres, ils fréquentent les forêts : désormais lions, objets de terreur pour les autres, ils serrent d'une dent docile le mors que leur impose Cybèle. »
Le cerf mort illustre une Métamorphose moins connue, celle de Cyparisse (livre X, versets 96-135) : « il y avait, en effet, un grand cerf, consacré aux nymphes habitant les champs de Carthae, et qui, grâce à ses bois largement étalés, mettait lui-même sa tête à l'abri d'une ombre épaisse. Ses cornes brillaient de l'éclat de l'or, et, se répandant sur son poitrail, des colliers de pierreries étaient suspendus à son cou arrondi. Sur son front jouait librement une bulle d'argent, liée par de petites courroies, et du même âge que lui. De ses deux oreilles pendaient des perles qui battaient ses tempes creuses. [...] Mais pourtant, plus qu'à tous les autres, ô toi le plus beau des enfants de Cos, il avait ton affection Cyparissus. C'est toi qui conduisais ce cerf à la pâture de l'herbe fraîche, aux ondes d'une source limpide. Tantôt, tu enlaçais à ses bois des guirlandes de fleurs variées [...] un jour, il faisait chaud. [...] Fatigué, le cerf s'étendit sur la terre couverte d'herbe et goûtait la fraicheur que dispensait l'ombre des arbres. Sans le vouloir, le jeune Cyparissus le transperça d'un javelot à pointe affilée, et, quand il le vit mourant de cette cruelle blessure, il voulut aussi mourir. »
Nous connaissons deux dessins reprenant les sujets de nos huiles sur toile et datés de la même année. L'un est conservé au Métropolitain Muséum de New York, l'autre est en collection particulière (J-B Oudry, catalogue de l'exposition galerie Nationale du Grand Palais, 1 octobre 1982 – 3 janvier 1983, fig. 71a et 71b, page 151). Leurs compositions sont très différentes mais l'on retrouve sur l'un le taureau et sur le second le couple de lions.