Lot 83
  • 83

Billaud-Varenne, Jacques Nicolas

Estimate
10,000 - 15,000 EUR
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Description

  • Billaud-Varenne, Jacques Nicolas
  • Ensemble de 33 documents manuscrits et autographes provenant de La Rochelle, Cayenne et Haïti. Et 6 planches d'assignats.La Rochelle, Cayenne, Haïti, 1797-1819.

Literature

Alfred Bégis, Billaud Varenne, mémoires et correspondance, 1893. -- Arthur Conte, Billaud-Varenne Géant de la Révolution, 1989.

Catalogue Note

Né à La Rochelle d'une famille bourgeoise, Jacques Nicolas Billaud rejoint le cabinet d'avocats de Danton  en 1788, qui reconnaît en lui un profond talent pour la politique et l'introduit au Club des Jacobins. Après son rôle décisif dans les massacres de septembre 1792, il est aussi incontestablement le fer de lance  de la mise en place de la dictature jacobine. Surnommé "le tigre" ou "le terrible", Billaud-Varenne devient l'un des membres les plus actifs du Comité de Salut Public dès le printemps 1793.
Si Robespierre est le grand théoricien de la Révolution, Billaud en est le grand exécuteur. Son efficacité et sa rigueur sont redoutables. L'ampleur de la tâche administrative révolutionnaire est écrasante, et la défense de ses décisions devant la Convention et aux Jacobins, est quotidienne et harassante. Le 5 septembre 1793, sous la pression des sans-culottes, Billaud-Varenne entre avec Collot d'Herbois au Grand Comité, qui suspend la Constitution, et organise le gouvernement révolutionnaire de la Terreur.
Après les victoires de Charleroi et de Fleurus, dès lors que la Révolution lui semble sauvée, Robespierre veut mettre un terme à la Terreur et à la dictature du Comité. Le Comité de Salut Public se divise ; le rôle de Billaud-Varenne dans la préparation du complot pour faire chuter Robespierre est indéniable. Le 10 Thermidor, Robespierre est guillotiné, les Thermidoriens triomphent. Se pose immédiatement le problème des responsabilités, et sous la pression de l'opinion, la Convention ouvre le grand procès des complices de la Terreur. Saisi chez lui le 2 avril 1795, Billaud-Varenne est déporté à La Rochelle le 26 mai, traverse l'océan dans la fosse aux lions du navire, et débarque le 6 juillet en Guyane.
Billaud-Varenne et Collot d'Herbois sont les premiers déportés de Cayenne. Les deux prisonniers sont séparés dès leur départ de France, et Collot d'Herbois connaîtra une mort quelques mois plus tard dans des conditions effroyables. On prête à Billaud des velléités d'instaurer un régime de terreur en Guyane, raison invoquée pour son transfert en octobre 1795 au terrible camp de Sinnamary. Il y passe quatre années dans des conditions déplorables. Il refuse la grâce que lui offre Bonaparte au 18 Brumaire 1799 ; mais il est libre, retourne à Cayenne et s'installe dans la ferme d'une émigrée du nom d'Orvilliers, qu'il doit quitter en 1802 pour L'Hermitage, habitation au bord de la rivière du Tour de l'Ile où il vit très modestement de ses cultures, secondé par son ancienne esclave guadeloupéenne qu'il appelle Virginie. Sa femme, Angélique, dont il était très amoureux, obtient le divorce pour cause d'absence du conjoint, puis à la mort de son second conjoint, un riche Américain admirateur de Billaud, tente de rejoindre Billaud, qui la repousse. En 1816, au retour des Bourbons, Billaud doit quitter la Guyane et s'installe à Port au Prince, Haïti, où il bénéficie d'une petite pension que lui verse le président Alexandre Pétion. Il meurt oublié de tous en juin 1819.
Il aurait déclaré, impénitent, quelques heures avant sa mort : « Mes ossements, du moins, reposeront sur une terre qui/ veut la Liberté ; mais j'entends la voix de la postérité qui m'accuse d'avoir trop ménagé le sang des tyrans d'Europe. »
Des très maigres biens de Billaud-Varenne, ce à quoi il tenait le plus étaient ses manuscrits, aujourd'hui disparus ;  il légua ses biens français à son frère Benjamin, don grâce auquel l'historien Alfred Bégis recueillera auprès du dernier descendant de Billaud, Gabriel Bellion, quelques lettres et le manuscrit des mémoires de son grand-oncle (publié en 1893), acquis en vente publique. 
A sa très fidèle compagne Virginie, il légua « tout ce que je pourrais avoir en ma possession » (en Haïti). C'est bien de la compagne d'exil de Billaud-Varenne que provient ce très précieux ensemble de papiers : ses brouillons de lettres, lettres familiales de son père, de sa mère et de son frère, et quittances, l'héritage manuscrit haïtien que Billaud laisse à Virginie en mourant « pour m'acquitter envers elle des immenses services qu'elle m'a rendus depuis plus de dix-huit ans (...) et de son inviolable attachement, en consentant à me suivre, quelque part que j'aille ».

- une enveloppe contenant la « Cocarde de Billaud-Varenne ». Billaud-Varenne avait également emporté en détention sa célèbre perruque rousse et porta ses attributs révolutionnaires tant qu'il le put dans la chaleur étouffante de Guyane.

- 5 lettres du père de Billaud-Varenne à son fils, avec des ajouts de sa mère et de son frère Benjamin. La Rochelle, 29 Fructidor lan 5e ; 30 Brumaire An IX ; 3 Frimaire An X ; 20 Prairial An X et 22 Prairial An X.
Dans la première lettre, datée de l'an V (1797), sont mentionnés les fameuses "malles à effets personnels" qu'avait tenté de faire convoyer Angélique, la femme de Billaud, à son mari, considérés aujourd'hui comme perdues et contenant sans doute tous les manuscrits du conventionnel. Le courrier familial ne fut transmis au prisonnier que plusieurs années après son arrivée à Cayenne, résultat de brimades à son encontre de la part du gouverneur Jeannet. Dans la première lettre, son père, tout aussi privé de courrier que son fils, exprime son espoir (détrompé) de recevoir bientôt des nouvelles, sur la promesse de Victor Hugues, le nouveau gouverneur de Guyane (1800) et grand admirateur de Billaud-Varenne à qui il doit sa carrière d'accusateur public à Rochefort. "à mon age je n'ai plus despoir   de vous Revoir (...) c'était la seule satisfaction à laquelle jaspirois" [3 Frimaire An X]. C'est grâce à Hugues que Billaud peut acheter la ferme d'Orvilliers, laissée par la veuve émigrée de l'ancien gouverneur qu'il a chargé son perre de retrouver afin de lui acheter légalement son bien. Il en rédige ici l'offre d'achat [idem, p. 4 vo]. D'émouvantes notes sont ajoutées par sa mère, très affectée par la décision de son fils de ne plus rentrer jamais en France : "je dezire ainsi que ton perre de tambracé avande mourrir [de tristesse] (barré)".
Un très touchant ensemble, témoignant de la délicatesse, du respect et de l'amour non démentis de la famille du proscrit malgré l'ostracisme dont ils sont l'objet par sa condamnation.

- 3 brouillons de lettres à son père. [Cayenne], 12 Thermidor l'an 14 (2 aoust 1806). Une p. in-12 ; 23 9bre 1806. Une page in-8 ; s.d. [1800 ?]. 4 pages in-4 (nombreux passages barrés).
En réponse à une note du notaire familial (jointe ici) lui enjoignant de contacter son père, Billaud-Varenne accepte la succession de sa mère, décédée cette même année.
Le brouillon d'une longue lettre adressée à MCP [Mon Cher Père], Privé depuis Plus de 4 ans de la satisfaction de recevoir de vos Precieuses nouvelles, est rédigé aux rectos-versos de deux enveloppes qui lui avaient été adressées. Billaud évoque la naissance de l'enfant de Benjamin : Songez que c'est le seul de toutes votre famille qui en perpétue la Race du moins sans melange", et déclare son regret de s'être marié. En 1800, Billaud apprend en effet que sa femme, qui a tenté vainement de le rejoindre à maintes reprises, s'est remariée, puis a perdu son mari dont elle hérite une fortune destinée par le défunt à Billaud. Il rompt toute relation avec elle et n'en parlera jamais plus.

- extraits autographes par Billaud-Varenne des journaux politiques français et américains sur la France. 1795. 8 ff. in-4 cousus, 2 cahiers de 2 ff. in-folio, portant tous trois le titre Extrait des Nouvelles, et 3 ff. de notes dont un d'une autre main.
Témoignage de l'intérêt aîgu que portte Billaud à la politique de la France dans les mois qui suivent son banissement de France, et de la lecture assidue qu'il fait des quelques rares journaux que reçoit la colonie.

- une lettre de son frère Benjamin. La Rochelle, 30 Brumaire An X. 3 pp. in-4. Benjamin, qui vit au contact de ses parents à La Rochelle, déplore gravement la décision de son frère de rester en Guyane, et prend la défense d'Angélique.

10 documents autographes administratifs et commerciaux, et une adresse politique, 1808-1818. Dont un brouillon de contrat pour l'acquisition de L'Hermitage, qu'il conservera jusqu'à sa mort, un long brouillon concernant la succession de ses père et mère (au verso d'un courrier du Grand Juge d'Haïti (2 avril 1818) et 2 lettres de Martin, fournisseur de ses plantations. Enfin, une adresse (fragment) Aux Républicains d'Haïti suivant la mort de Pétion.

- un ensemble 11 lettres sur les achats et ventes d'esclaves de Billaud-Varenne, dont une signée de lui et une autre de sa main concernant leur comportement; les autres adressées à lui par ses pourvoyeurs Seigert, Marie et Sénat. Cayenne, 1812-1813. On joint 2 lettres de Marie, dont l'une dresse le portrait d'un Billaud-Varenne déchu et malade. En tout 23 pages de divers formats.

- rare reçu donné à "Mlle Virginie", la concubine noire de Billaud-Varenne, esclave qu'il avait achetée adolescente à Siegert. (60 x 210 mm). Virginie est présente à la mort de Billaud en juin 1819 dans la campagne non loin de la capitale. Dans son testament, Billaud a désigné Virginie (de son vrai nom Brigitte), "négresse libre",  héritière de tous ses effets personnels. Comme l'indique ce petit reçu, daté du 1er juillet 1819, Virginie retourne à Port au Prince après la mort de Billaud et se loge chez l'habitant.
C'est de ce legs à Virginie que provient ce précieux ensemble personnel du conventionnel déchu.