Lot 195
  • 195

Simenon, Georges

Estimate
30,000 - 40,000 EUR
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Description

  • Simenon, Georges
  • L'Ours en peluche.14 ou 15 mars 1960.
enveloppe jaune avec annotations manuscrites recto verso, à l'encre et aux crayons noir ou rouge (227 x 162 mm) : plan, noms, âges et adresses des personnages, plan d'un appartement.
- chemise cartonnée portant de nombreuses annotations manuscrites avec termes médicaux en rapport avec la spécialité de son héros : professeur et gynécologue. Simenon dresse la liste de différentes maternités parisiennes et de termes d'accouchement. Le tout est manuscrit au crayon à papier, à l'encre ou au crayon rouge (320 x 250 mm).
- manuscrit autographe complet signé au crayon, daté
"Echandens, le 14 mars 1960" : 28 pages in-4 sur papier jaune (270 x 205 mm), avec pagination particulière pour chaque chapitre selon le rituel 4 pages par jour pendant 6 jours. Chaque page est dense, d'une écriture petite et régulière, appliquée, les lignes sont rapprochées, sans trace d'hésitation avec peu de corrections. Quelques rares ratures.
- tapuscrit original corrigé et signé, daté "Noland 15 mars 1960" : titre et 148 feuillets blancs in-4  (270 x 205 mm) avec corrections manuscrites à l'encre et ratures au crayon bleu, traces de perforations.

Catalogue Note

L'Ours en peluche fait partie des romans durs de Simenon. Ce dernier avait  un attachement particulier pour cet ouvrage car comme son héros dépressif, le docteur Chabot, Simenon est dans une période de doute, fatigué par la vie et les responsabilités. Son couple va mal et il traverse une période de dépression. Le docteur Chabot, tenté par le suicide, choisira le meurtre (autre forme de suicide moral). Simenon quant à lui écrit et se livre au travers de son personnage.
Pour Sven Nielsen son éditeur dit il s'agit là probablement du chef d'œuvre de Simenon (Stanley Eskin, Simenon, p. 257).

L'enveloppe jaune fait partie d'un rituel dans la méthode d'écriture de Simenon, elle est la première trace écrite de son travail "comme le lieu où Simenon inscrit les élèments concrets qui l'aident à appréhender son personnage et comme la réserve ou l'aide-mémoire où il puisera (ou retrouvera) au moment de la réaction, les détails décris - chiffres, noms propres dont il a besoin. Elle est quelque chose somme toute d'assez déconcertant : c'est le roman moins ses deux composantes essentielles : la personnalité du héros et l'intrigue ... Les à-côtés sans le principal (C. Gothiot-Mersch, "Simenon et la gestion de l'écriture romanesque", Traces, n° 2, 1990, p. 110).
Selon son fils John, Simenon utilisait des enveloppes jaunes pour la préparation de ses romans. Il y notait les noms des personnages, y dessinait des plans d'appartements, de rues parfois [...] pour certains romans, il utilisait, en plus, des pages de calepins, des chemise (fardes) sur lesquelles il écrivait un peu partout. (revue Plume n° 58, septembre, octobre et novembre 2011,  p. 34 à 39).

Le tapuscrit est daté du lendemain de l'achèvement du manuscrit. Après avoir écrit le soir un chapitre d'un roman,, Simenon le dactylographiait le lendemain matin "avec beaucoup de changements" comme il l'a précisé lui-même.
« L'examen de ses tapuscrits révèle sa constance : peu de ratures, à peine quelques unes par feuillet. Dans la plupart des cas cela consiste à supprimer des adverbes, des qualificatifs, des redondances. Toutes choses qu'il juge superflues [...] Le récit et son déroulement ne subissent aucune altération. Les personnages comme les dialogues demeurent intacts. Ils doivent rester tels quels car c'est ainsi qu'il les a vécus. Parfois le remord concerne des patronymes ou des lieux [...] Corriger, ce n'est pas seulement épurer mais préciser [...] Dans le processus de révision, Simenon attache une importance particulière à la fin, soit qu'il la corrige, soit qu'il la prolonge.
En comparant manuscrits et tapuscrits, on s'aperçoit qu'il s'autorise un ultime remords à la toute dernière ligne. Non seulement le lecteur la conserve plus volontiers en mémoire, mais elle y fixe souvent la « morale » de l'histoire ».
Par exemple, ici dans le manuscrit « il avait sommeil, tout à coup » devient dans le tapuscrit  « c'était fini. Il avait sommeil tout à coup » (Pierre Assouline, Simenon, Gallimard Folio, 2002, p. 841-843).