Lot 182
  • 182

Proust, Marcel

Estimate
80,000 - 120,000 EUR
bidding is closed

Description

  • Proust, Marcel
  • Du côté de chez Swann. Paris, Grasset, 1913
édition originale. Petit in-8 (187 x 110 mm). Joint le catalogue de l'éditeur.



tirage : exemplaire du tirage courant, de deuxième émission, sans la faute à Grasset. 



reliure signée h. alix. Maroquin citron janséniste, dos à nerfs, tranches dorées sur témoins, encadrement intérieur, couverture et dos. Étui. Dos légèrement passé, quelques restaurations de papier à la couverture.



très précieux exemplaire de l'éditeur, Bernard Grasset, avec envoi autographe signé : "A Monsieur Bernard Grasset, en souvenir affectueux et dévoué, Marcel Proust", sur le feuillet gris blanc présent dans tous les exemplaires de l'édition "sur lequel Proust inscrivait ses dédicaces" (Max Brun). Trace de pliure au feuillet et déchirure restaurée.



pièce jointe : lettre autographe signée d'André Gide, éditeur repentant, à Bernard Grasset. Il réclame "Sans grand espoir d'une réponse affirmative, hélas! [...] quelques exemplaires sur hollande du livre de Marcel Proust- et vous prier alors de me le réserver" (Paris, Villa Montmorency, 8 janvier 1914, 2 pp. sur un feuillet double in-12).

Provenance

Bernard Grasset (envoi).

Literature

Philip Kolb, Correspondance de Marcel Proust, T. XIII, p. 50-53. -- Max Brun. Contribution à l'étude des premiers tirages de l'édition originale de "Du côté de chez Swann", Le Livre et l'estampe, 1966, n° 45-46, pp. 5-39.

Condition

Dos légèrement passé. Petites restaurations de papier au premier plat de la couverture.
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Catalogue Note

Lorsque Proust chercha à éditer son roman, il se heurta tout d'abord au refus de la N.R.F. en décembre 1912, puis à celui de Fasquelle, et enfin d'Ollendorff en janvier 1913. Le roman parut finalement chez Grasset grâce à l'entremise de son ami René Blum : "Comme je n'oublie pas que c'est à vous que je dois d'être l'éditeur de ce beau livre" (lettre de Grasset à René Blum le 4 novembre 1913). Proust participa aux frais afin d'être libre de le faire paraître comme il le souhaitait et Du côté de chez Swann parut à compte d'auteur le 14 novembre 1913.

Cet exemplaire de l'éditeur de Swann, Bernard Grasset, est mentionné dans Lettres de Marcel Proust à René Blum, Bernard Grasset et Louis Brun (Editions Kra, 1930, pp. 127-129). Dans une lettre à Louis Brun, alors directeur d'édition chez Grasset, Proust écrit : "Vous pouvez très bien voir M. Grasset. Je crois (pure supposition) qu'il a de l'hostilité contre moi. Il n'a jamais parlé de Swann. Peut être ne l'a-t-il pas reçu [...] Est-il utile de dire que Grasset n'avait aucune hostilité contre l'auteur ?" La phrase de Proust est un détour familier chez lui pour amener Grasset à lui parler de son livre. Proust savait par coeur les noms de ceux qui avaient répondu à l'envoi de ses exemplaires "dédicacés".

Poussé par Jacques Rivière, Henri Ghéon lit Swann, il est enthousiasmé et écrit un article qui paraîtra dans La Nouvelle Revue Française du 1er janvier 1914. Rivière encourage alors Gide à le relire et cette fois, c'est la révélation.
Le 8 janvier, Gide réclame des exemplaires sur Hollande à Grasset (voir lettre jointe). Et le 11 janvier, il envoie une lettre restée légendaire à Marcel Proust dans laquelle il exprime son regret : "Depuis quelques jours je ne quitte plus votre livre ; je m'en sursature, avec délice ; je m'y vautre. Hélas, pourquoi faut-il qu'il me soit si douloureux de tant l'aimer ? [...] Le refus de ce livre restera la plus grave erreur de la NRF et (car j'ai cette honte d'en être beaucoup responsable) l'un des regrets, des remords, les plus cuissants de ma vie [...] Et maintenant, il ne me suffit pas d'aimer ce livre, je sens que je m'éprends pour lui et pour vous d'une sorte d'affection, d'admiration, de prédilection singulières." (Kolb).
Proust, avec sa délicatesse légendaire, ne lui en fit pas grief et lui répondit aussitôt par une lettre du 12 ou 13 janvier.

A la demande de Gide de publier les autres volumes de La Recherche, Proust refuse dans un premier temps, se sentant lié moralement à Bernard Grasset, même si la N.R.F. lui semble bien plus prestigieuse. Le 29 août 1916, à la suite d'une longue correspondance entre Proust et Grasset et à l'intervention de René Blum, Grasset renonce à publier le second volume de A la Recherche du Temps perdu. Proust est enfin libre et A l'Ombre des jeunes-filles en fleurs paraîtra à la N.R.F. en novembre 1918, comme la totalité des autres volumes de la Recherche, et rencontrera le succès qu'il méritait : le prix Goncourt de l'année 1919.