Lot 31
  • 31

Le Bas, Conventionnel Philippe

Estimate
30,000 - 40,000 EUR
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Description

  • Le Bas, Conventionnel Philippe
  • Le fonds Philippe Le Bas. Correspondance manuscrite et documents originaux.4 novembre 1762-28 juillet 1794.

Catalogue Note

Philippe Le Bas, plus connu sous le nom de Conventionnel Le Bas, compte parmi les proches de Robespierre, avec Couthon et Saint-Just. Il restera fidèle à Robespierre jusqu'au jour de leur mort le 10 Thermidor. Compagnon et collaborateur de Saint-Just, Le Bas fut élu en 1792 député du Pas-de-Calais à la Convention sur les bancs de la Montagne. Lors du procès de Louis XVI, il vote contre l'appel au peuple, pour la mort et contre le sursis.
Délégué en août 1793 à l'Armée du Nord avec Duquesnoy, membre du Comité de sûreté générale, Le Bas est ensuite nommé commissaire de la Convention aux armées avec Saint-Just. Ils partent ensemble dans l'est de la France où ils réorganisent l'armée après le revers de Wissembourg. Saint-Just et Le Bas travaillent tout au long de la Révolution auprès de l'Armée du Nord avec pour mission de contrer les armées autrichiennes, ces dernières tentant un retour après la bataille de Wattignies. C'est cette réorganisation qui permettra la victoire de Fleurus.
Le 9 Thermidor, lorsque Augustin Robespierre demande à partager le sort de son frère décrété d'arrestation par la Convention, Le Bas demande à partager celui de Saint-Just. On ne sait toujours pas pourquoi l'autorisation fut donnée à Le Bas de rentrer chez lui, mais il était présent lors de la mise sous scellés de ses papiers, en compagnie de sa femme, Elisabeth Duplay, fille de Maurice Duplay le logeur de Robespierre au 366 rue Saint-Honoré. Est-ce à ce moment-là qu'il put sauver certains de ses documents en les confiant à sa femme ? Ces papiers, ainsi que ceux de Robespierre, brouillons de ses discours et articles (cf. lot 32) demeurèrent au sein de la famille Le Bas jusqu'aujourd'hui.
Le Bas fut ensuite accompagné à la prison de La Force où il retrouve Augustin Robespierre. Ils rejoindront ensuite à l'Hôtel de ville Robespierre, Saint-Just, Couthon et Hanriot et y apprennent  que la Convention a entretemps déclaré les cinq prisonniers hors la loi, à prendre morts ou vifs, pour être exécutés sans procès. Ce petit groupe de fidèles inséparables vit ses dernières heures ensemble à l'Hôtel de ville au moment où les anti-robespierristes, dirigés par Barras et Léonard Bourdon envahissent le bâtiment. Lorsque vers une heure du matin le 10 Thermidor l'assaut est donné, Le Bas armé de deux pistolets en tend un à Robespierre et retourne l'autre contre sa tempe.
De son union avec Elisabeth Duplay naquit Philippe Le Bas (1794-1860), élevé dans le culte de son père, de Robespierre et de Saint-Just. Remarqué par Hortense de Beauharnais, il devient le précepteur de Louis-Napoléon Bonaparte jusqu'en 1827. De 1838 à 1860, il est membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, de 1844 à 1860, directeur de la bibliothèque de la Sorbonne et en 1858, président de l'Institut de France.

-        2 lettres d'Augustin Robespierre, l'une à son frère Maximilien, l'autre à Maurice Duplay. S.l.n.d. et Arras, 29 mars 1792. Toutes deux signées. « Ta lettre, cher frère, pourrait produire un très bon effet, la calomnie est réduite au silence, ce n'est encore qu'un léger succès emporté sur tes ennemis. Je te ferai connaître plus tard que ceux sur lesquels tu comptais le plus ne sont que des laches. »

-        2 copies par Philippe Le Bas des discours de Robespierre : le Discours de Robespierre sur le rattachement d'Avignon à la France, prononcé le 18 novembre 1790 (16 ff.), et les Principes de l'organisation des jurés et réfutation du système proposé par Duport au nom des comités de judicature et de constitution, prononcé le 5 février 1791 (14 ff.). Ces deux pièces manuscrites ont été prêtées par la famille Le Bas à l'historien Ernest Hamel qui les cite dans sa monumentale Histoire de Robespierre d'après des papiers de famille (tome I, La Constituante, 1865, page 365). (Voir citation, lot 32).

-        29 lettres de Philippe Le Bas à son père Ange Le Bas, 1789-1794, « Je vous envoie mon cher Père deux bulletins. On s'occupe d'un projet sur la vente des biens des émigrés qui, comme vous le verrez, sont bannis à perpétuité » (28 oct. 1792), et 3 lettres à son épouse Elizabeth Le Bas : « J'ai reçu plusieurs lettres de toi. Le sentiment qu'elles m'ont fait éprouver a été meslé de douleur et de plaisir. [...] Puisque l'on ne me rappelle pas je vais prendre de concert avec Duquesnoy un arrêté pour me rendre à Paris » (Cassel, 19 août).

-        9 lettres du père de Philippe Le Bas, notaire et intendant du comte de Rache, à Frévent, dont 8 à son fils Philippe et une à sa fille Henriette, qui fut fiancée à Saint-Just. 1790-1792. Ange Le Bas sortit de la prison de Doullens le 19 septembre 1794, très fortement perturbé psychologiquement, et ne retrouva jamais la confiance de ses concitoyens.

-        6 pièces concernant l'affaire Berceau (48 ff.). Hiver 1791-1792. Le jeune député Le Bas s'installe à Saint-Pol pour y exercer le droit. Il s'engage dans une affaire plaidée à la cour martiale d'Arras : l'affaire Berceau, du nom d'un vieux sous-officier accusé d'insubordination par un officier entre temps émigré, reconnu innocent mais l'objet toujours de sarcasmes et d'insultes. On joint : la lettre du Directoire du Pas de Calais réclamant Le Bas dans l'administration centrale (Arras, 20 décembre 1791).

-        les suites de Thermidor. 1794-1795. Ensemble de 18 documents établis suite à la mort du « traître Le Bas », concernant les arrestations qu'eurent à subir la famille de Philippe Le Bas et celle de son épouse Elisabeth Duplay, dont le mandat d'arrêt contre son père Maurice Duplay, le logeur de Robespierre, et tous les membres de sa famille, tous dévoués à Robespierre, et diverses lettres tentant de les disculper des accusations « d'intelligence avec la coalition du traître ». Furent arrêtées également la sœur d'Elisabeth, Eléonore Duplay (sans doute la future épouse de Robespierre), et Françoise, épouse de Maurice Duplay, qui se pendra dans sa cellule. Elisabeth (Duplay) Lebas sera traînée de prison en prison avec son bébé de six semaines avant d'être disculpée cinq mois plus tard.

-        2 lettres d'Emmanuel Lanne, dont une à Le Bas, et l'autre à sa famille la nuit de son exécution. 6 mai 1795. Fondateur avec Philippe Le Bas de la Société Populaire de Saint-Pol, il est nommé par Robespierre procureur au Tribunal Révolutionnaire Extraordinaire de Paris, arrêté le 10 Thermidor et guillotiné le 7 mai 1795 : « 16 Floréal L'an 3e. à minuit. je vais à la mort mais non pas à l'ignominie, car il n'y en a que pour les ennemis du peuple. Mes juges m'ont condamné ; pourquoi ? Parce qu'ils sont plus égarés que coupables ; parce que ce qui était vertu il y a un an est un crime aujourd'hui ». Et une poignante lettre de sa sœur Rose : « Cher frère, s'il nous était permis de te voir encore, nous nous sentons assez de courage pour aller t'embrasser [...]. Tout ce qui nous console, c'est que tu meure vertueux. Je t'embrasse milfois mes enfans aussi soi sur que je ne t'oublierai jamais que tu sera toujour dans mon cœur. »

-        10 lettres de Philippe Le Bas, fils du conventionnel, adressées à sa mère Elisabeth Le Bas et à son père adoptif. 1804-1823. Lettres d'enfant (en 1804, Philippe a 10 ans), puis datées de son collège de Juilly en Seine et Marne, et enfin de 1823 à Rome où il séjourne à titre de tuteur de la famille d'Hortense de Beauharnais.

La plupart de ces documents ont été publiés par un descendant de la famille Le Bas, Stéphane-Pol, dans Le Conventionnel Le Bas d'après des documents inédits et les mémoires de sa veuve. Paris, 1900.