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Pablo Picasso
Description
- Pablo Picasso
- BROC ET VERRE
- signé Picasso (en haut à droite), daté V.16.17.4.59.I (au dos)
- huile sur toile
- 92 x 73 cm
- 36 1/4 x 28 3/4 in.
Provenance
Galerie Louise Leiris, Paris, no. 11 (exposé en 1962)
Galleria Seno, Milan, no. 11
Acquis du précédent par le propriétaire actuel en 1980
Exhibited
Barcelone, Sala Gaspar, 1960
Paris, Galerie Louise Leiris, Picasso. Peintures (Vauvenargues 1959-1961), 1962, no. 11, reproduit
Literature
Christian Zervos, Pablo Picasso, Paris, 1967, vol. 18, no. 442, reproduit p. 130
Alan Wofsy Fine Arts (ed.), The Picasso Project, Picasso's Paintings, Watercolors, Drawings and Sculpture : The Fifties II 1956-1959, San Francisco, 2000, no. 59-136, reproduit p. 315
Condition
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Catalogue Note
signed 'Picasso' (upper right), dated 'V.16.17.4.59.I' on the reverse, oil on canvas. Painted on 16th-17th April 1959.
"Espagne des profondeurs [...].
C'est de cette Espagne-là que nous vient, c'est à elle que retourne, n'en doutons pas, cette sorte de chant puissant que composent surtout les dix natures mortes peintes à ce moment-là ; variation toute simple pourtant, sans effet de virtuosité, s'exerçant presque toujours, et uniquement, sur trois objets et trois couleurs [...].
Mais le ton, le timbre et le port de voix sont sans exemple, me semble-t-il, dans l'œuvre de Picasso ; rien, nulle part, n'équivaut à ce chant profond, à ce cante hondo inspiré mais tempéré, ample et vigoureux [...]. "
Maurice Jardot, préface du catalogue Picasso. Peintures (Vauvenargues 1959-1961), Galerie Louise Leiris, Paris, 1962
Broc et verre fait partie des œuvres emblématiques de la période dite de Vauvenargues de Picasso. A l'automne 1958, Picasso apprend par Douglas Cooper que le château de Vauvenargues, situé près d'Aix-en Provence est à vendre. Majestueuse et austère bâtisse du XIVe siècle ayant appartenu au marquis de Vauvenargues, moraliste du XVIIIe siècle, le château se dresse fièrement sur son promontoire au pied de la montagne Sainte-Victoire. Picasso est immédiatement conquis par cette demeure massive située en plein cœur des paysages cézanniens – il se plait à dire "J'ai acheté la Sainte-Victoire (...). La vraie" – et il en conclut l'acquisition en moins d'une semaine.
Les œuvres de Vauvenargues sont fortement marquées par les souvenirs de l'Espagne natale de Picasso, à une époque où ce pays lui est interdit, le peintre ayant promis de ne plus y retourner tant que durerait le régime franquiste. Le château lui-même n'est d'ailleurs pas sans évoquer l'architecture grandiose de l'Escorial ou de la sévère Tolède. A son ami Kahnweiler qui le mettait en garde contre la grandeur et l'austérité des lieux, Picasso lui répond ainsi : "Trop vaste ? Je vais le remplir. Trop sévère ? Vous oubliez que je suis espagnol et que j'aime la tristesse. " (Brassaï, Picasso and Company, New York, 1966, p. 271). C'est donc cette terre aimée et refusée qui ressurgit dans les œuvres de cette période, non pas l'Espagne festive des corridas que Picasso avait déjà maintes fois représentée, mais une "Espagne toute intérieure, ardente, grave, simple et franche" (Maurice Jardot).
La période de Vauvenargues marque également la volonté de fuir l'agitation et le désordre de La Californie et de se retirer du monde afin de se consacrer pleinement à la Peinture. Les tableaux de la période de Vauvenargues sont donc exécutés sous le signe de l'ascèse et de la méditation dans une atmosphère de dépouillement volontairement préservée par Picasso et Jacqueline. Picasso fait de la vaste salle à manger du château, ornée de sa spectaculaire cheminée sculptée, son atelier, havre de paix propice à l'isolement et au silence qui, pour reprendre les termes de David Douglas Duncan, fait penser à "une sévère cathédrale" (David Douglas Duncan, Goodbye Picasso, Paris, 1975, p. 74).
Lors d'un premier bref séjour dans le château en février 1959, Picasso entreprend de décorer certaines chaises de style Louis XIII de son atelier en en peignant l'assise et le dossier. Dans cette réalisation en apparence anodine, toute l'inspiration de la période de Vauvenargues est déjà contenue, notamment avec l'apparition de motifs qui vont devenir récurrents dans la production de cette époque au point de devenir la signature des œuvres de Vauvenargues. Ces chaises se caractérisent ainsi par l'omniprésence des couleurs espagnoles rouge cerise et vert sombre ainsi que par l'énigmatique présence de motifs stylisés tel celui de la tête ornementée de quatre motifs curvilignes et dont le sens reste encore mystérieux (visibles sur l'assise de la chaise et dans la partie droite du présent tableau au-dessus du verre).
Picasso et Jacqueline font un second séjour à Vauvenargues en avril 1959. Ce séjour est extrêmement fécond puisque du 10 au 30 avril, Picasso exécute vingt-et-une toiles (dont seize seront finalement achevées), parmi lesquelles plusieurs portraits de Jacqueline, trois vues de Vauvenargues, quelques vues du célèbre buffet Henri II ornant la salle à manger et surtout une série de natures mortes, dont le présent tableau est l'un des exemples les plus aboutis. Ces natures mortes, dont les couleurs rouge et vert sombre ne sont pas sans évoquer les anciennes bodegones ibériques, ont une personnalité très particulière et une tonalité complètement inédite dans la carrière de Picasso. A l'instar des autres compositions de cette période, Broc et verre est construit autour d'une palette extrêmement réduite et d'un trait large et franc. Les formes, résumées aux lignes indispensables, structurées par le cerne noir, se détachent énergiquement en une composition ternaire que l'on retrouve dans toutes les autres natures mortes de Vauvenargues. De même que dans les autres œuvres de cette série, les objets se libèrent de la forme pour être progressivement réduits à l'état de signes et atteindre une stylisation extrême, renouant avec l'austérité et la dignité de l'Espagne éternelle.
"Deepest Spain [...].
This is the Spain that we come from, this is where we return, no doubt, this sort of powerful song composed above all by the ten still-lives painted at this time; a seemingly simple variation, without demonstrable virtuosity, concentrating almost always, and exclusively, on three objects and three colours [...].
But the tone, the timbre and the intensity of the voice are without precedent, it seems to me, in Picasso's oeuvre: nothing, anywhere, is equal to this profound song, this cante hondo at once inspired yet tempered, ample and vigorous [...]."
Maurice Jardot, catalogue preface, Picasso. Peintures (Vauvenargues 1959-1961), Galerie Louise Leiris, Paris, 1962
Broc et verre is an iconic work from Picasso's Vauvenargues period. In Autumn 1958, Picasso learnt from Douglas Cooper that the château of Vauvenargues, near Aix-en-Provence, is up for sale. A majestic and austere 14th century edifice that once belonged to the Marquis of Vauvenargues, an 18th century moralist, the château proudly rises above a promontory at the foot of Mont Sainte-Victoire. Picasso was immediately smitten by this immense house in the heart of Cézanne country – he was fond of saying "I've bought Mont Sainte-Victoire (...). The real one" – and completed the sale in less than a week.
The works from Vauvenargues are strongly marked by memories of Picasso's native Spain, at a time when the country was forbidden to him, as he had sworn never to return while Franco was in power. The château itself evoked the grandiose architecture of El Escorial and the severity of Toledo. His friend Kahnweiler was wary of the grandeur and austerity of the place, but Picasso replied: "Too big? I shall fill it. Too severe? You are forgetting that I am Spanish and I like sadness." (Brassaï, Picasso and Company, New York, 1966, p. 271). It was thus this beloved and forbidden homeland that emerged in the works from this period, not the joyous Spain of the corrida that Picasso had already depicted countless times before, but an "entirely interior Spain, ardent, serious, simple and frank" (Maurice Jardot).
The Vauvenargue period also showed Picasso's desire to escape from the agitation and disorder of California and withdraw from public life into order to devote himself fully to Painting. The Vauvenargue paintings were thus executed in an ascetic, meditative manner, in the spartan atmosphere that Picasso and Jacqueline deliberately encouraged. Picasso made the château's vast dining hall, decorated with a spectacular sculpted fireplace, into his studio, and it became a haven of peace that promoted isolation and silence, bringing to mind, in the words of David Douglas Duncan, "a severe cathedral" (David Douglas Duncan, Goodbye Picasso, Paris, 1975, p. 74).
During a first brief stay at the château in February 1959, Picasso decided to decorate certain Louis 18th style chairs in this studio by painting the seat and the backrest. This apparently trivial undertaking encapsulates all of the inspiration for the Vauvenargue period, notably the appearance of motifs that would become so recurrent in the works from this time that they became their signature. These chairs are characterised by the omnipresence of the Spanish colours cherry red and dark green as well as the enigmatic presence of stylised motifs such as the head decorated with curving designs whose signification remains a mystery (visible on the seat of the chair and on the right side of the present work above the glass).
Picasso and Jacqueline stayed at Vauvenargues a second time in April 1959. This trip was particularly fruitful: between April 10th and 30th Picasso produced twenty one canvases (of which sixteen were ultimately completed), including portraits of Jacqueline, three views of Vauvenargues, several depictions of the famous Henri II dresser that adorned the dining room and above all a series of still lives, of which the present work is one of the most accomplished examples. These still lives, whose red and dark green hues evoke Iberian bodegónes, have a very particular character and a colour scheme that is unique in Picasso's career. In keeping with other compositions from this period, Broc et verre is constructed around an extremely pared down palette and wide, bold lines. The forms, reduced to essential lines and structured by the black outline, stand out energetically in a compound composition. As in the other works of this series, the objects are freed from form, becoming progressively reduced to the status of signs, and attaining an acute stylisation, echoing the eternal austerity and dignity of Picasso's Spain.