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Edgar Degas
Description
- Edgar Degas
- CHANTEUSE DE CAFÉ-CONCERT DE PROFIL
- porte le cachet de l'Atelier Degas (au verso)
- monotype. Cette oeuvre est unique.
- motif : 8 x 7,1 cm ; 3 1/8 x 2 7/8 in.
- feuille : 15,7 x 13 cm ; 6 1/8 x 5 1/8 in.
Catalogue Note
monotype, unique work, bears the stamp 'Atelier Degas' (on the reverse).
VOLLARD & DEGAS
"C'est le Degas collectionneur qui, en 1894, pousse la porte de la galerie Vollard au 37 rue Laffitte, non loin de son domicile de la rue Ballu". (Gary Tinterow)
Depuis 1890, Edgar Degas avait commencé à former une collection de tableaux et dessins français de son siècle qui deviendrait, notamment grâce à ses nombreux achats chez Vollard, l'une des plus belles collections jamais rassemblées par un artiste en hommage à l'art de son pays et de son temps : une vingtaine de tableaux d'Ingres, treize Delacroix, sept Corot, des centaines d'estampes de Daumier et Constantin Guys, sept Cézanne, onze Gauguin et un ensemble considérable de tableaux et dessins de Manet, Van Gogh, Cassatt, Renoir et Pissarro.
Le plus souvent, Degas payait Vollard en nature, lui cédant nombre de pastels, dessins, monotypes rehaussés. Degas était historiquement soutenu par la galerie Durand-Ruel. Mais la clientèle de Paul Durand-Ruel n'appréciait que modérément les scènes de maisons closes ou de baigneuses, bourgeoises ou prostituées qui occupe une large partie de la création de Degas entre 1890 et 1900. Vollard, lui, les apprécie et les vend plus facilement. Il se constitue ainsi jusqu'en 1910 le stock le plus important d'œuvres tardives de Degas. Toutes ces transactions forgent des liens cordiaux entre l'artiste et le marchand qu'une trentaine d'années séparent mais qui partagent la même conception de l'existence. Degas est l'un des invités récurrents des fameux dîners donnés par Vollard dans "sa cave", au sous-sol de sa galerie.
En 1913, Vollard frappe encore une fois un grand coup : il publie un album de 98 reproductions signées par Degas d'œuvres inédites et postérieures à 1900. Dans le même temps, il envoie la majorité de ces œuvres à la galerie de Paul Cassirer à Berlin pour son exposition Cézanne Degas. L'exposition rencontre un grand succès, les couleurs électriques alliées à l'audace du dessin vigoureusement simplifié placent Degas à la pointe de l'avant-garde européenne, au même rang que Picasso et Matisse. L'Allemagne, la Russie et la Scandinavie s'enthousiasment pour le Degas de la dernière période, rejeté par Durand-Ruel et adopté par Vollard.
Le 28 septembre 1917, Vollard fait partie du cortège, "une bande d'amis et d'admirateurs" selon Mary Cassatt, qui accompagne le cercueil d'Edgar Degas au cimetière Montmartre. En décembre de la même année, il est chargé, avec Durand-Ruel, de superviser les trois jours de vente du fonds de l'atelier et de la collection personnelle de Degas.
Il forme ensuite l'ambition de réunir plusieurs monotypes de Degas sur le thème des maisons closes et des baigneuses pour illustrer le conte de Maupassant La Maison Tellier et un conte antique Mimes des courtisanes (lot 50) remis au goût du jour par la traduction de Pierre Louys. Il consacre ainsi beaucoup d'énergie à entrer en contact avec les propriétaires de tous ces petits "plats du jour", ainsi que Degas les appelait. Renoir, qui possédait un des plus célèbres monotypes sur ce sujet, aurait confié à Vollard : "Lorsqu'on touche à de pareils sujets, c'est souvent pornographique, mais toujours d'une tristesse désespérante. Il fallait être Degas pour donner à La Fête de la patronne un air de réjouissance en même temps que la grandeur d'un bas-relief égyptien" (Souvenirs d'un marchand de tableaux, 1984, p. 290). Ces livres illustrés par des monotypes de Degas, que Vollard édite dans les années 1930, permettent au public français de découvrir toute une part de l'œuvre de Degas longtemps ignorée. Enfin, Vollard "a publié en 1938, l'analyse la plus élégante de l'art de Degas, le Degas, Danse, Dessin de Paul Valéry. Grâce à Vollard, c'est un Degas très humain, grandiose dans ses imperfections, qui est passé à la postérité" (Gary Tinterow).