Lot 27
  • 27

Paul Cézanne

Estimate
8,000 - 12,000 EUR
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Description

  • Paul Cézanne
  • LES BAIGNEURS : PETITE PLANCHE
  • lithographie en couleurs, une belle épreuve aux couleurs vives et fraîches, Druick quatrième (et dernier) état, tirée à 100 exemplaires (le tirage du troisième état sur chine appliqué et signé sur la pierre en dessous du sujet était également d'environ 100 exemplaires), sur chine volant.

  • motif : 23,2 x 29,4 cm ; 9 1/8 x 11 5/8 in.
  • feuille : 28,5 x 36 cm ; 11¼ x 14 1/8 in.

Literature

Cherpin 6, Venturi 1156, Druick III, Johnson 22

Condition

with margins, a few soft folds, two of which going horizontally through the image, some handling creases in the margins, registrations marks in the margins left and right, otherwise in good condition
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NOTWITHSTANDING THIS REPORT OR ANY DISCUSSIONS CONCERNING A LOT, ALL LOTS ARE OFFERED AND SOLD AS IS" IN ACCORDANCE WITH THE CONDITIONS OF BUSINESS PRINTED IN THE SALE CATALOGUE."

Catalogue Note

lithograph printed in colours, 1896 - 1897, a good impression with fresh colours, Druick's fourth state, from the edition of 100 (the third state was also in an edition of 100), on chine volant.

 

VOLLARD & CEZANNE

Relancer la carrière de Paul Cézanne, complètement oublié par le marché de l'art pendant presque vingt ans, fut le premier coup de génie d'Ambroise Vollard. L'exposition Cézanne organisée à la galerie Vollard en novembre-décembre 1895, la première exclusivement consacrée aux œuvres du peintre d'Aix, allait définitivement lancer la galerie du jeune marchand en lui assurant des bénéfices rapides et l'accès à une clientèle internationale de grands collectionneurs. Elle allait surtout permettre à Cézanne de devenir l'un des peintres les plus influents du XXe siècle, salué par les cubistes comme le père de l'Art Moderne.

Cette exposition plaçait également le marché de l'art sur la voie de la modernité. En effet, "Paul Cézanne fut en France le premier artiste important à asseoir sa réputation via une galerie commerciale plutôt que par des expositions ouvertes au grand public" (Robert Jenssen).   

En 1895, Cézanne a cinquante-six ans. Sa dernière présentation importante remonte à 1877, lors de la troisième exposition impressionniste. Depuis, la petite boutique de Julien dit le Père Tanguy avait été le seul lieu où il était possible de voir des Cézanne, uniquement des œuvres de sa première période, toutes antérieures au milieu des années 1880. Renoir et Pissarro, amis de Cézanne et clients de la galerie Vollard, se disputeront plus tard la paternité de l'idée lumineuse de faire redécouvrir Cézanne. Mais faute de trouver l'artiste, l'exposition de 1895 faillit être conçue sans sa participation, c'est-à-dire sans les tableaux les plus récents, ceux qui portent l'invention de ce que Cézanne appelait "la modulation de la couleur", que personne n'avait vus et que collectionneurs et peintres allaient bientôt admirer, acheter et porter aux nues. Vollard parvient finalement à localiser le fils de l'artiste, installé dans l'atelier parisien de son père, et par son intermédiaire, obtient l'autorisation de Cézanne de montrer ses œuvres les plus récentes. "Je recevais environ cent cinquante œuvres diverses du peintre. Les toiles étaient roulées. La modicité de mes moyens d'alors me permit tout juste de les présenter au public tendues sur des baguettes à deux sous le mètre" se souviendra Vollard.

L'exposition Cézanne est une révélation. Monet, Renoir, Pissarro, Degas et tout ce que Paris compte d'amateurs, de critiques, de curieux, tous viennent. Chacun des maîtres impressionnistes achètent des œuvres, le plus souvent en échange d'une ou plusieurs de leurs propres œuvres, ce qui permet à Vollard de se constituer un stock de tableaux impressionnistes. Seul Monet, le plus riche, paie comptant. Pissarro a écrit une lettre célèbre à son fils Lucien en sortant de la galerie Vollard : "(...) L'exposition Cézanne où il y a des choses exquises, des Natures mortes d'un achevé admirable, d'autres très travaillées et cependant laissées en plan, encore plus belles que les autres, des paysages, des nus, des têtes inachevées et cependant vraiment grandioses et si souples (...) Mais mon enthousiasme n'est rien à côté de Renoir, Degas lui-même qui subit le charme de cette nature de sauvage raffiné, Monet, tous... sommes-nous dans l'erreur... ? je ne le crois pas (...)".

L'exposition de 1895 imposera Vollard comme le marchand de Cézanne, et celui-ci lui restera d'une parfaite loyauté, écartant par exemple les offres généreuses de Bernheim. "Je crois absolument en Vollard comme honnête homme" dira Cézanne en 1902, éternellement reconnaissant au marchand de l'avoir sorti de l'obscurité. C'est aussi à l'instigation de Vollard que Cézanne s'essaiera à la technique de la lithographie, concevant ainsi des planches pour Les Baigneurs en 1896-1897. Vollard organise en 1899 une seconde exposition Cézanne, avec le même succès que celle de 1895. Les prix qu'allaient bientôt pouvoir demander Vollard pour "ses" Cézanne auraient suffi à lui assurer sa fortune. Selon le catalogue raisonné de Rewald, 678 tableaux de Cézanne (soit plus de deux tiers des huiles de l'artiste) seraient passés entre les mains d'Ambroise Vollard.