Lot 57
  • 57

Très rare sculpture cérémonielle, Groupe Iatmul, Moyen Sepik, Papouasie Nouvelle-Guinée

Estimate
70,000 - 100,000 EUR
Sold
60,750 EUR
bidding is closed

Description

  • Très rare sculpture cérémonielle, Groupe Iatmul, Moyen Sepik

Provenance

Collection Tristan Tzara, Paris
Guy Loudmer, Drouot-Richelieu, Paris, 24 novembre 1988, Collection Tristan Tzara, n° 160
Collection Marcia et John Friede, New York

Exhibited

Exposée au:
Fine Arts Museum of San Francisco, de Young Museum, San Francisco, 15 octobre 2005 - 14 février 2010

Datée au C14 entre 1670 et 1900 (95,4%)

Literature

Reproduite dans:
Rousseau, Apollinaire et Tzara, L'Art Océanien : sa présence. Collection "Le Musée vivant", 1951 : 94, n° 168
Friede, New Guinea Art - Masterpieces from the Jolika Collection, 2005, vol. 1 : 197, n° 166, vol. 2 : 109

Exposée et mentionnée dans:
Loeb, Afrique, Océanie, 1930 : n° 321, catalogue de l'exposition, Galerie Pigalle, Paris, 1931

Catalogue Note

Présentée verticalement et décrite depuis sa première exposition, en 1930, à la Galerie Pigalle, comme un « poteau » (« en forme de crocodile, décoré de six oiseaux et d'une figure de femme »), cette œuvre s'impose à la fois comme l'une des plus complexes, typologiquement des plus rares, et sculpturalement parmi les plus accomplies, de l'art ancien des Iatmul.

Procédant à la fois de la métamorphose et de l'association, l'œuvre se lit comme la représentation d'un crocodile, le corps s'étirant pour se fondre, à l'autre extrémité, dans une tête d'oiseau naissant du personnage féminin dont les membres écartés enserrent la queue du saurien. Isolé ou par paires encadrant l'échine (dont les trous servaient à fixer des ornements en plumes), des oiseaux émergent en haut relief, accentuant la densité de l'image.   

L'intérieur de la sculpture est partiellement évidé, selon un axe longitudinal permettant d'y glisser un portant. Seules deux œuvres, de facture beaucoup plus récente, lui sont apparentées, chacune collectée dans les années 1950 - la première par Paul Wirz entre 1950 et 1953 (TropenMuseum, Amsterdam, inv. n° 2670-152), la seconde par Alfred Bühler en 1959, aujourd'hui conservée au Museum für Völkerkunde de Bâle (Bühler, 1961 : pl. 8.a). La première est présentée dans Kaeppler, Kaufmann et Newton (1997 : n° 226) comme une « femme-crocodile-oiseau, Shotkaman-Agwi ».

Selon Wirz (in della Santa, 1955), le personnage de Shotkaman-Agwi est lié chez les Iatmul au mythe de l'ancêtre femme qui, avec ses enfants animaux, créa la rivière Sepik (cf. aussi Newton, 1979 : 313). Selon le mythe répandu dans la région du Moyen Sepik, elle donna naissance à trois animaux : une paire d'oiseaux Gandju et un reptile, représenté soit sous la forme d'un crocodile, soit sous celle d'un serpent. Le crocodile constitue un animal très important dans les mythes fondateurs Iatmul : c'est lui qui créa la terre ferme dans le milieu aquatique, en y ajoutant sa salive et en battant l'eau avec sa queue.

Son utilisation rituelle demeure incertaine. Au TropenMuseum - selon les notes de Wirz et les numéros d'inventaire -, elle est associée à la représentation de son époux Betman Gambi (inv. n°2670-151), lors de cérémonies initiatiques. Selon Kaufmann (in Peltier et Morin, 2006 : 408), d'après les notes d'Alfred Bühler qui collecta l'exemplaire du musée de Bâle lors de l'expédition "Die Sepik-Expedition" en 1959 (également évidé en-dessous), ces sculptures de crocodile, parfois richement ornées de coquillages, étaient conservées dans les maisons des chefs de clan. Elles étaient sorties pour l'inauguration d'une grande maison familiale ou d'une grande pirogue, fixées à "une longue branche au-dessus de la porte, s'inclinant vers la place située devant la maison, lorsque les cérémonies et les danses débutaient" (idem). Bühler évoque également une figure de crocodile conservée par chaque clan dans la maison cérémonielle et sortie lors d'un décès, installée dans le pignon de l'habitation du défunt. S'inscrivant dans le rituel mortuaire minjango, elle restait visible jusqu'a la fin de la préparation du crâne (idem).

A l'importance éminente de ces œuvres dans leur contexte d'origine répond ici non seulement l'extrême rareté des spécimens anciens, mais également la très grande qualité de la sculpture et du décor polychrome.  

Very rare ceremonial sculpture, Iatmul group, Middle Sepik River, Papua New Guinea

Presented vertically, and described since its first exhibition in 1930 at La Galerie Pigalle as a 'post' ("crocodile-shaped, decorated with six birds, and a woman's face"), this work is one of the most complex, most typologically rare, and amongst the most sculpturally accomplished of the ancient art of the Iatmul.

Proceeding from both metamorphosis and association, the work reads as a representation of a crocodile, the body stretches to melt at its point into the head of a bird, emerging from the female figure who tightly holds the tail of the crocodile. Isolated, or in pairs flanking the spine, (the holes would have been used to affix ornaments and feathers), the birds emerge in high relief, accentuating the density of the image.

The interior of the sculpture is partially hollowed out, along the longitudinal axis, allowing it to be carried. Only two other works, and of a much more recent date, are comparable, each collected in the 1950's – the first by Paul Wirz between 1950 and 1953 (TropenMuseum, Amsterdam, inv. No. 2670-152), the second by Alfred Bühler in 1959, and today at the Museum für Völkerkunde in Basel (Bühler, 1961 : pl. 8.a). The first is presented in Kaeppler, Kaufmann and Newton (1997: No 226) as the "female crocodile-bird, Shotkaman-Agwi".

According to Wirz (in della Santa, 1955), the character of Shotkaman-Agwi  is linked by the Iatmul to the myth of the female ancestor who, with her animal children, created the river Sepik (cf. also Newton, 1979:313). According to the widely held myth in the Middle Sepik, she gave birth to three animals: a pair of birds named Gandju and a reptile, represented either in the form of a crocodile or in the form of a serpent. The crocodile itself is a very important animal in the origin myths of the Iatmul: he created the land from the aquatic environment, adding his saliva, and beating the water with his tail.

Its ritual use is uncertain. The example at the Tropenmuseum – according to the notes of Wirz and the inventory numbers – is associated with the representation of her husband Betman Gambi (inv. No. 2670-151) at initiation ceremonies. According to Kaufmann (in Peltier and Morin, 2006:408), from the notes of Alfred Bühler, who collected the example in the Basel museum during "the Sepik Expedition" in 1959 (also hollowed out at the base), these sculptures of crocodiles, sometimes richly decorated with shells, were kept in the houses of the chiefs of the clan. They were brought out for the inauguration of a large family home, or an important piroque, affixed to "a long branch above the door, bowing to the area in from of the house where the ceremonies and the dances were to begin" (ibid.) Bühler also refers to a figure of a crocodile kept by each clan in their ceremonial house and brought out when a death occurred, and installed in the gable of the house of the deceased. As part of the mortuary ritual minjango, it remained visible until the end of the preparation of the skull (ibid).

The renowned importance of these works in their original context is not only met by the extreme rarity of old specimens, but also the high quality of the sculpting and the polychrome decoration.

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