Lot 54
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Exceptionnelle statue masculine, Groupe Turamarubi, Rivière Turama, Papouasie Nouvelle-Guinée

Estimate
400,000 - 600,000 EUR
Sold
360,750 EUR
bidding is closed

Description

  • Exceptionnelle statue masculine, Groupe Turamarubi, Rivière Turama, Papouasie Nouvelle-Guinée
  • wood, pigments, resin, cloth

Provenance

Collection Bruce Seaman, Honolulu
Collection Marcia et John Friede, New York

Exhibited

Exposée au:
Fine Arts Museum of San Francisco, de Young Museum, San Francisco, 15 octobre 2005 - 14 février 2010

Datée au C14 entre 1640 et 1810 (93%)

Literature

Reproduite dans:
Friede, New Guinea Art - Masterpieces from the Jolika Collection, 2005, vol. 1 : 505, n° 480, vol. 2 : 165

Catalogue Note

L'interprétation virtuose de la figure humaine constitue un trait inhérent à l'expression visuelle des artistes vivant en Nouvelle-Guinée, deuxième plus grande île du monde. Les statues en trois dimensions offrent, selon leur région d'origine, un style unique dont il n'existe aucun équivalent. Les mythes, les rêves, les croyances totémiques et l'observation du monde alentour ont conduit à une mimésis extraordinaire.

Les nombreux chefs-d'œuvre traditionnels de la sculpture figurative produite par les artistes du Golfe de Papouasie ont fait leur renommée. Malgré les nombreux livres consacrés à l'art et à la culture de la région, la sculpture Turamarubi demeure peu documentée. La rareté des informations historiques a été soulignée par Douglas Newton dans son important ouvrage Art Styles of the Papuan Gulf : « l'activité cérémonielle des Turamarubi est considérée comme étant d'une grande richesse – hypothèse reposant notamment sur leur système de cérémonies lié à la chasse aux têtes et à la danse et sur la pratique du Moguru. Il n'existe toutefois dans nos collections qu'une poignée d'objets de la région du fleuve Turama» (Newton 1961: 50). Leo Austen, officier de patrouille puis magistrat, vécut pendant vingt-cinq ans dans cette région qu'il décrivit ainsi : « lorsque l'on débouche sur le Turama depuis l'île de Goaribari, où le missionnaire [Révérend James] Chalmers fut tué en 1901, on dépasse le Delta d'Omati et l'Estuaire de Paibuna. Le sol est bas et boueux et le vert monotone des hauts arbres de la mangrove demeure uniforme. Pour atteindre Jukes Point, même en vedette, il faut parcourir plusieurs miles en pleine mer... » (Austen 1947:369). C'est probablement la réputation des peuples riverains et les obstacles géographiques qui ont, jusqu'au début du XXe siècle, tenu les visiteurs à l'écart de la région du fleuve Turama.

Dans les publications ont également été mises en évidence les affinités avec l'art et la culture Kerewa. Leo Austen (1947 : 369; 1948 : 14-15, 17 fig.1, p. 18 fig.1, p. 21 et 1950) nota la présence des maisons longues communautaires, appelées darimo, le long du fleuve Turama, ressemblant aux maisons longues vues par A.B.Lewis et William Patten en 1912 (Welsch 2006, p.37). Les peuples Kerewa et Turamarubi observaient des rituels semblables lors des cérémonies d'initiations appelés moguru (ou buguru), encourageant les suppositions quant à des expressions artistiques analogues (Welsch 2006:40).

L'importance de cette statue remarquable s'impose à la fois par sa rareté et par les quelques exemples comparables connus. Dans la région du Golfe de Papouasie, où les statues anthropomorphes sont fréquemment en deux dimensions, les artistes Turamarubi ont quant à eux sculpté des puissantes figures humaines en ronde bosse. Hormis cet exemple d'une beauté exceptionnelle, trois autres statues de ce type ont été exposées et reproduites (Gathercole, 1979 : 348; Wardwell 1994 : 97).

La musculature des jambes et des genoux, associée à la position divergente des pieds, suggèrent que la statue « danse » lorsqu'elle est investie de forces spirituelles (Welsch 2006, p.13). Austen décrivit les préparatifs des danses cérémonielles et la création de décorations et de tambours (Austen 1946). Le rendu asymétrique et inventif des pieds et des jambes de cette sculpture Turamarubi se retrouve sur certaines planches votives et sur des sculptures provenant d'autres régions du Golfe de Papouasie. Il est vraisemblable, comme le montre la photographie prise par A.B. Lewis à Vailala (village Elema de l'est), que cette figure ait été conservée dans un autel clanique au même titre que les planches votives, et qu'elle avait pour fonction de recevoir l'esprit d'un ancêtre - personnage mythique ou fondateur d'un clan (Welsch 2006, p.20). Cette statue peut aussi être apparentée aux figures mimia plus simples, présentées à l'intérieur de la maison des hommes dans la région de la rivière Fly et qui étaient dansées lors des cérémonies d'initiation (Gathercole, 1979 : 351). Le sculpteur Turamarubi n'a pas seulement accentué les pieds mais aussi les chevilles, les genoux et les muscles des épaules, renforçant l'impression de force et de mouvement.

L'interprétation magistrale du torse masculin accentue le mystère qui entoure l'œuvre, de même que sa force et sa beauté exceptionnelles. Ses épaules et ses clavicules puissantes sont indiquées de façon minimaliste par un simple chevron inversé, les seins et le nombril par de petits cercles, tandis que la poitrine est parée d'ornements traditionnels gravés en bas relief et peints. Le front sombre et la large coiffure traditionnelle masculine délimitent les contours de la tête. Tandis que la bouche forme un croissant aux bords relevés, les yeux dessinent des ovales concentriques encerclant les pupilles signifiées par des graines d'Arbus rouges. La légère oblique des yeux confère une expression à la fois farouche et accueillante. Cette rare sculpture - s'imposant tant dans la dynamique de sa conception que dans le raffinement de son exécution - constitue un témoin exceptionnel de l'art de Papouasie Nouvelle-Guinée.

Commentaire de Virginia-Lee Webb, Ph.D., New York, septembre 2010

Exceptional male figure, Turamarubi group, Turama river, Papua New Guinea

The virtuoso rendering of the human figure has been an integral part of the visual expression of artists living in New Guinea, the second largest island in the world. The styles of the three-dimensional statues are regionally unique and unlike any other art.  Myths, dreams, magic, totemic beliefs and observation of the surrounding world, facilitated an extraordinary mimesis.

Artists of the Papuan Gulf are known for creating a significant number of masterpieces of traditional figure sculpture. While much has been published about their art and culture, limited information is known about the sculpture from Turamarubi. This scarcity in the historical record was observed by Douglas Newton in his important publication Art Styles of the Papuan Gulf.  "The ceremonial life of the Turamarubi is said to be rich; a contention borne out by their head-hunting-dance complex and their practice of the
Moguru. However, a mere handful of Turama river pieces exist in our collections" (Newton 1961: 50). Leo Austen, a Patrol Officer and later Resident Magistrate who lived in the area for twenty-five years, wrote that "entering the Turama from Goaribari Island where [Rev. James] Chalmers the missionary was murdered in 1901, one passes the Omati Delta and the Paibuna Estuary. The land is low, and of mud formation on which the dull green of tall mangrove trees is unvaried. To pass Jukes Point even in a launch, one must take a course several miles out to sea..." (Austen 1947:369). Perhaps it was the reputation of neighboring peoples and geographical obstacles that hindered outside visitors to the Turama river area in the early twentieth century.

The affinities with Kerewa art and culture are also noted in the literature. Communal longhouses called darimo were viewed along the upper Turama river by Leo Austen (1947:369; 1948:14-15, 17 fig.1, 18 fig.1, 21 and 1950). They resemble the longhouse seen in Goaribari by A.B.Lewis and William Patten in 1912 (Welsch 2006:37). Kerewa and Turamarubi people practiced similar parts of initiation ceremonies called moguru (muguru or buguru), which further prompts the speculation of analogous art forms. (Welsch 2006:40) 

The significance of this authoritative figure is demonstrated in its rarity and the few comparable sculptures that are known. In the Papuan Gulf region where numerous representations of the human figure were rendered in two dimensions, Turamarubi artists are among those who carved powerful human figure sculptures in the round. In addition to this exceptionally superb figure, three other examples have been exhibited and published (Gathercole, et.al. 1979:348; Wardwell 1994:97).  

The musculature of the legs, knees and the different position of the feet, suggests that the figure "dances" when imbued with spiritual forces (Welsch 2006:13). Austen described preparations for dancing ceremonies and the creation of ornaments and drums (Austen 1946). The asymmetrical and inventive rendering of the feet and legs on this Turamarubi figure, is known on spirit boards and figures elsewhere in the Papuan Gulf. Perhaps, as was photographed by A.B.Lewis in Vailala, an Elema village to the east, this figure was kept in a clan shrine along with spirit boards and meant to receive an ancestral spirit, represent a mythic character or clan founder (Welsch 2006:20). This figure may also be related to simpler mimia figures displayed in Fly river men's houses that were danced during initiation ceremonies (Gathercole, et.al. 1979:351). In addition to the feet, here the Turamarubi sculptor has accentuated the ankles, knees and shoulder muscles indicating strength and movement.

The commanding and masterful interpretation of the male torso contributes to the exceptional mystery, force and beauty of this figure. Its powerful shoulders and collarbone are minimally indicated by a single linear inverted chevron, and the chest displays traditional body ornamentation incised in low relief and painted. The carving of the wood is finely executed and the surface is pristine. Small circles are used to denote the nipples and the navel. The head is defined by a darkened forehead and a wide coiffure traditionally worn by adult men. While the mouth is an upturned crescent, the eyes are signified by concentric and elongated ovals with red Abrus kernels. The slight tilt of the eyes renders the expression simultaneously fierce and welcoming. This rare sculpture, commanding and dynamic in conception and its precise execution, is an outstanding example of Papua New Guinea art.

Commentary by Virginia-Lee Webb, Ph.D. , New York, September 2010

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