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PROVENANT DE LA COLLECTION GEORGIA ET GEORGE BLAINE

Man Ray
LES BEAUX TEMPS
JUMP TO LOT
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PROVENANT DE LA COLLECTION GEORGIA ET GEORGE BLAINE

Man Ray
LES BEAUX TEMPS
JUMP TO LOT

Details & Cataloguing

Impressionist & Modern Art

|
Paris

Man Ray
1890 - 1976
LES BEAUX TEMPS
signé Man Ray et daté 1941 (en bas à gauche)

huile sur toile


50,5 x 61,2 cm
19 7/8 x 24 1/8 in.
Peint à Hollywood en 1941.
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Cette œuvre sera incluse dans le Catalogue of the Paintings of Man Ray actuellement en préparation par Andrew Strauss et Timothy Baum.

Provenance

Georgia et George Blaine, Hollywood (acquis de l'artiste à Hollywood au milieu des années 1940)

Exhibited

Pasadena, Art Institute, Retrospective Exhibition 1913-1944, Paintings, Drawings, Watercolors, Photographs by Man Ray, 1944, no. 2

Literature

Arturo Schwarz, Man Ray, The Rigour of Imagination, Londres, 1977, no. 508, p. 318, partiellement reproduit dans une photographie du studio à Vine Street
Sotheby's, Londres, Man Ray Paintings, Objects, Photographs, 22 mars 1995, reproduit sous le lot 28
Santa Monica, Track 16 & Robert Berman Galleries, Man Ray : Paris-L.A.,1996-97, p. 55, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)
Nice, Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain, Man Ray, Rétrospective 1912-1976 (catalogue d'exposition), 1997, p. 199, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)
Tokyo; Osaka; Kyoto, Man Ray, Rétrospective Photographique 1917-1975 (catalogue d'exposition itinérante), no. 2-22, p. 55, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)
Germano Celant, Man Ray, Juliet et Man, Paris, 1998, p. 36, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)

Catalogue Note

signed 'Man Ray' and dated '1941' (lower left), titled 'Les Beaux Temps'; signed 'Man Ray' and titled 'Les Beaux Temps' (on the stretcher), oil on canvas. Painted in Hollywood in 1941.


Peint en 1941, Les Beaux Temps est la seconde version d'une des compositions parmi les plus célébrées de Man Ray, Le Beau Temps de 1939 (fig. 1), que l'on peut considérer  sans hésitation comme le chef d'œuvre de la peinture surréaliste des années 30 et certainement comme  la dernière peinture de qualité entreprise par  Man Ray avant de fuir la France pour les Etats-Unis. Après avoir consacré près de quinze années de sa vie  à la photographie, Man Ray retourne à la peinture vers la fin des années 30, et, avant la fin du deuxième conflit mondial, peint certainement ses plus brillantes compositions surréalistes.

Avant 1940, Man Ray est contraint de quitter la France pour retourner à sa terre natale en tant que réfugié. Il arrive à New York au cours de l'été 1940 et s'installe à Hollywood avant la fin de l'année. C'est là qu'il fait la connaissance de Juliet Browner, une danseuse professionnelle de New York, qui devient rapidement sa muse et concubine et avec qui il s'installe au 1245 Vine Street à Hollywood. Le couple se marie en 1946, lors d'une double cérémonie aux côtés de Max Ernst et Dorothea Tanning. Craignant que toutes ses peintures puissent périr en France sous l'Occupation, Man Ray décide d'en  repeindre certaines, parmi les plus récentes, notamment la présente version des Beaux Temps de 1941. Les nouvelles versions de ses peintures basées sur des photographies en noirs et blancs ne sont pas des répliques : "Pourquoi faire tout simplement des copies simples, ce serait une corvée? Partant des grandes lignes et de la composition initiales, j'ai commencé à improviser librement. D'autres peintres avaient fait beaucoup de variations autour d'un même sujet - je ferais quelque chose d'entièrement différent à chaque fois, pour maintenir mon enthousiasme et intérêt" (Man Ray, Autoportrait, Boston, 1988, p. 264).

Débordantes de couleurs et d'imagination, remplies d'énigmes à déchiffrer, les compositions proches de Le Beau Temps (Beau Temps) et Les Beaux Temps  ("les Temps anciens") sont de véritables déclarations de Man Ray qui prédit alors les atrocités de la menaçante guerre mondiale en cours. Mettant toute son énergie à résumer la plupart de ses préoccupations actuelles, comme il l'a déjà fait auparavant dans d'autres œuvres clés : The Rope Dancer Accompanies Herself with her Shadows (1916) ou A l'Heure de l'Observatoire (1932-34), Man Ray associe ici des sujets inspirés de ses rêves reflétant sa propre situation et  l'actualité d'une guerre mondiale sans fin.

Man Ray a mentionné la version de 1939 dans son autobiographie : "la peinture était moins prophétique par rapport au passé, comme un baromètre avec un diagramme avec lequel on peut lire ce qui était dit auparavant, déduisant la tendance pour l'avenir" (Autoportrait, p. 242). Le côté droit de la composition évoque la vie de Man Ray en France avant la guerre : une figure centrale debout aux couleurs éclatantes renvoient à la liberté et à l'imagination qui régnaient dans le Paris Surréaliste des années 1930; une table de billard qu'il représente dans La Fortune (la Chance); la maison de l'artiste à Saint Germain-en-Laye, dévoilant un couple s'embrassant, allusion à la relation de Man Ray avec Ady Fidélin, une belle femme originaire de la Guadeloupe, vers la fin des années 30; sur le toit, deux bêtes se livrent combat, prédiction de la guerre inspirée d'un rêve : " Une nuit, j'ai entendu au loin des armes à feu et quand je me suis de nouveau endormi, j'a rêvé que deux animaux mythologiques s'affrontaient sur mon toit " (Autoportrait, p. 241).

Pour intensifier le mystère, Man Ray place un petit paquet ficelé à l'aide d'une cordelette entre le pied de la table de billard et la flaque de sang. Son contenu est inconnu mais renvoie à sa célèbre photographie de 1920,  immortalisant une machine à coudre enveloppée dans une couverture, L'Enigme d'Isidore Ducasse, et rendant hommage aux Chants de Maldoror par le Comte de Lautréaumont, dont les écritures avaient influencé les Surréalistes.

Sur le côté gauche cependant, séparé de la droite par une porte à panneaux dont le trou de la serrure laisse échapper du sang, un autre endroit est intelligemment dépeint, celui du feu et du sang, les conséquences de la guerre. De nouveau, au centre, une figure semblable à l'Arlequin, composée de formes géométriques enflammées d'orange et de rouge feu, est debout, représentée dans un paysage infertil et noirci par les cendres, portant la fourche du mal; un mur cassé renvoie aux invasions multiples de territoires au début de la guerre; et peut-être a posteriori, Man Ray rend-il ici hommage à l'importance des sciences dans l'art par le biais d'un livre scientifique ouvert en bas à gauche, révélant des formes géométriques, qui apparaît aussi dans une de ses œuvres de 1939 intitulée Quadrature. Les deux figures affichent des saillies géométriques sur leurs têtes, allusions aux changements que Man Ray a vécu : en 1939, il était face à la perspective de s'enfuir de France et retourner en sécurité aux Etats-Unis et, en 1941, son amour fleurissant pour Juliet lui a permis de prendre de réjouissantes  décisions relatives à  sa vie privée.

Alors que la version de 1939 se caractérise par une surface de peinture fortement polie et composée, la version de 1941 révèle un style différent, et présente une surface plus en relief exhibant d'énergiques coups de brosse. Ce nouvel aspect traduit sans doute l'émotion et la détermination de l'artiste qui sont alors intensifiées par les événements récents menant les Etats-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale. La composition de 1941 révèle deux changements importants : la table de billard, symbole de la chance (La Fortune), est davantage mise en évidence et le sang qui s'écoule par le trou de la serrure est devenu une grande flaque rouge, témoignant de la quantité de sang versé durant la guerre avant 1941.

La première version de 1939 a été conservée par Man Ray jusqu'à sa mort en 1976. En dépit de nombreuses offres de musées et de collectionneurs, l'artiste a résisté à la tentation de la vendre. Ce magnifique tableau a finalement été vendu lors de succession de Juliet Man Ray chez Sotheby's à Londres, le 22 mars 1995. La présente version a été acquise par Georgia et George Blaine peu de temps après son unique exposition lors de la première rétrospective de l'artiste en 1944, et n'a jamais été vue ou publiée jusqu'à aujourd'hui.

Andrew Strauss (Octobre 2010)

 

Painted in 1941, Les Beaux Temps is a second version of one of Man Ray's most celebrated compositions Le Beau Temps of 1939, which arguably can be considered a culmination of Surrealist painting of the 1930s and certainly the last great painting Man Ray undertook before fleeing France and embarking for the US. Having devoted much of the previous fifteen years to photography, by the late 1930s, Man Ray returned to painting and in the years leading up to the outbreak of WWII, he painted some of his finest Surrealist compositions.

By 1940, Man Ray was forced to leave France and return to his homeland, as a refugee. He arrived in New York in the summer of 1940 and settled in Hollywood by the end of the year. He met Juliet Browner, a professional dancer from New York, who was to become his companion and muse, living together at 1245 Vine Street in Hollywood. They married in 1946 in a double-wedding ceremony alongside Max Ernst and Dorothea Tanning. Fearing that most if not all his paintings might have perished in occupied France, after settling into his new home and studio on Vine Street, Man Ray re-painted some of his recent compositions, including the present version Les Beaux Temps of 1941. The new versions of his paintings based on black-and-white photographs were not replicas: "Why make simple copies simply, which would be drudgery ? Within the general outlines and composition, I began to improvise freely. Other painters had made many variations of the one subject – I'd do something entirely different each time to maintain my interest and enthusiasm." (Man Ray, Self Portrait, Boston, 1988, p. 264)

Vibrant in colours and imagination and full of enigmas for the viewer to decipher, the similar compositions of Le Beau Temps (Fair Weather) and Les Beaux Temps (Good Times) represent powerful statements by Man Ray, predicting the atrocities of the impending and on-going world war. Summoning all his energy and summarising many of his current preoccupations, just as he did for other key works such as The Rope Dancer Accompanies Herself with Her Shadows (1916) or A l'Heure de l'Observatoire (1932-34), Man Ray assembled dream-inspired motifs, reflecting his own situation, current events and the general mood of an impending world war. Man Ray referred to the 1939 version in his autobiography: "The painting was less prophetic than it was a record of the past, like a barometer with a chart in which one can read what has gone before, deducing the tendency for the future" (Self Portrait, p. 242). The right side of the composition represents Man Ray's life in France prior to the war: a central abstract standing figure, with vibrant colours referring to the freedom of liberties and imagination in Surrealist Paris of the 1930s; a pool table which features in the artist's painting La Fortune (Luck); the artist's house in St. Germaine-en-Laye, revealing a couple embracing, referring to Man Ray's late 1930s relationship with Ady Fidélin, a beautiful woman from Guadeloupe; on the roof, two beasts can be seen in combat, a prediction of war but inspired by a dream: "One night, I heard distant guns, and when I fell asleep again, dreamed that two mythological animals were at each other's throats on my roof (Self Portrait, p. 241). To add further mystery, Man Ray places a small wrapped package with string between the enlarged billard table leg and the puddle of blood. Its contents are unknown, a reference to his famous photograph of 1920 of a sewing machine wrapped in a blanket L'Enigme d'Isidore Ducasse, and paying homage to the Chants de Maldorer by the Comte de Lautréaumont, whose writings were of great influence to the Surrealists. However, on the left side, separated from the right by a panelled door with blood dripping through the keyhole, a very different place is cleverly depicted, one of fire and blood, the consequence of war. Again a central harlequin-like figure composed of geometrical forms, ablaze with orange and red of fire, stands in a barren landscape, blackened with ashes and adorned with the pronged forks of evil; a broken wall, referring to multiple invasions of territories at the outset of the war; and perhaps as an afterthought, Man Ray pays homage to the importance of science in art with an open scientific book at the lower left, displaying geometrical forms, one that appears in a work of 1939 entitled Quadrature. Both figure entities display geometrical protrusions extended from their heads, referring to the crossroads that faced Man Ray: in 1939, he was inevitably faced with the prospect of fleeing France and returning to the US for safety and, in 1941, his blossoming love for Juliet, presented him with pleasant decisions that were to change his personal life.

Whilst the 1939 version shows a highly polished and built-up paint surface, the present version of 1941 reveals a different style, one that displays more vibrant surface with energetic brush strokes, producing a painting with emotion and determination, likely enhanced by the escalating events leading to the entry of the US into the World War II. The 1941 composition reveals two important changes: the pool table symbolising luck (La Fortune) has become more prominent and most poignantly, and the blood pouring from the keyhole has become a large red puddle, indicating the quantity of blood shed in the war by 1941.

The first version of 1939 was kept by Man Ray until his death in 1976 and despite numerous offers from museums and collectors, he resisted the temptation to sell it. It was eventually sold by the estate of Juliet Man Ray at Sotheby's in London (March 22, 1995). The present version was acquired by Georgia and George Blaine shortly after its sole exhibition in the artist's first retrospective in 1944, has not been seen since and has never been published previously.

Andrew Strauss (October 2010)

 

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