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Details & Cataloguing

Impressionist and Modern Art

|
Paris

Francis Picabia
1879 - 1953
COUPLE AMOUREUX

signé Francis Picabia (en bas à gauche)


technique mixte sur carton
103,8 x 72,7 cm
40 7/8 x 28 1/2 in.
Peint vers 1924-27.
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L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par le Comité Picabia.

Provenance

Danute Jesaitis Picabia, Paris (belle-fille de l'artiste)
Collection particulière (acquis du précédent et vendu : Sotheby's, New York, 23 février 1984, lot 65)
Collection particulière (vente : Sotheby's, Londres, 4 décembre 2000, lot 36)
M. & Mme George Lindemann, USA (vente : Sotheby's, New York, 3 mai 2006, lot 51)
Acquis lors de cette vente par le propriétaire actuel

Exhibited

Paris, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, Francis Picabia, Singulier idéal, 2002-03, reproduit p. 304

Catalogue Note

signed 'Francis Picabia' (lower left), mixed media on board. Painted circa 1924-27.

 

"La Carrière artistique de Picabia est une série kaléidoscopique d'expériences. Elles sont à peine apparentées l'une à l'autre dans leur aspect extérieur, mais toutes sont fortement marquées par une forte personnalité" (Marcel Duchamp, cité in. Francis Picabia, classique et merveilleux (catalogue d'exposition), préface, Galerie Beaubourg, Vence, 1998).

Au cours des années 1924 à 1927, Picabia peint un cycle d'œuvres connu sous le nom de série des "Monstres". Ces compositions renouent alors avec des thèmes empruntés à la peinture des maîtres anciens que l'artiste étudie et explore avec passion. Au delà d'une analyse rigoureuse et systématique, l'artiste fait siens les chefs d'œuvres de la peinture universelle qu'il réinterprète dans une veine moderne. Le Couple amoureux pourrait ainsi trouver sa source dans une fresque antique telle que celle des collections du Museo Nacional d'Art de Catalunya (fig. 3). Fasciné sans doute par le rythme et les distorsions de ces figures monstrueuses qui s'émancipent du respect strict de l'anatomie humaine et animale, Picabia leur emprunte leurs déformations et la complexité de leurs traits.

Aux deux êtres étroitement enlacés, Picabia associe la dynamique des signes graphiques qui les entourent : les éléments picturaux sont ici associés à de nouveaux symboles, réminiscences des signes des années dadas. Dans un esprit transgressif, l'artiste propose ici une peinture du signe pour mieux dépasser les représentations de ses aînés. On retrouve ainsi dans Le Couple amoureux le "code graphique" que suit Picabia dans bon nombre de ses "Monstres" : "travestissement systématique des visages en masques grotesques, pourvus de nez pointus et d'immenses yeux en amandes, simplification exagérée des lignes anatomiques, présence obsédante d'un vocabulaire décoratif utilisé à contre-emploi, lignes brisées, hachures, points, spirales qui harcèlent le regard par la multiplicité d'accents portés de toute part à la surface de l'œuvre" (Arnauld Pierre, cité in. Francis Picabia, Singulier idéal (catalogue d'exposition), Musée d'Art Moderne de la ville de Paris, 2002-03, p. 279).

En véritable précurseur de Picasso qui explore quelques décennies plus tard l'œuvre de ses prédécesseurs, Picabia questionne, manipule, digère la composition initiale qu'il métamorphose au gré de ses préoccupations plastiques et esthétiques. Selon Maria Lluïsa Borras, l'influence que ces deux artistes ont exercé l'un sur l'autre et la parenté de leur œuvre est à envisager ici dans le sens d'une antériorité de Picabia sur Picasso : "Le critique des Cahiers d'Arts, revue très proche de Picasso, qui décèle chez Picabia l'influence de ce dernier, ne pouvait deviner que notre peintre était en fait en avance de plus de quinze ans sur l'auteur des Demoiselles d'Avignon, qui allait s'inspirer plus tard d'œuvres de Cranach, d'Altdorfer, de Poussin ou de Courbet. Sur le Picasso des années 50 qui, à l'admiration unanime des spécialistes, allait transformer des œuvres du Greco, de Delacroix, de Velázquez et de Manet selon un procédé qui n'était pas fondamentalement différent de celui qu'employait le Picabia des années 20" (Maria Lluisa Borras, Picabia, Paris, 1985, p. 292-93).

Loin des couleurs sombres, opaques qui caractérisent certains "Monstres", Le Couple amoureux se distingue par une palette de couleurs vives et éclatantes : l'artiste utilise ici un rose aux chaudes tonalités afin de mettre en valeur l'aura passionnée du jeune couple. Derrière un entrelacs de lignes et de volumes, les rose, vert et jaune se mêlent subtilement aux éléments graphiques pour dessiner deux silhouettes au profil gracieux dans un paysage bucolique suggéré par une technique de "transparence partielle". Tant sur le plan de la démarche que d'un point de vue formel, ces deux êtres enlacés laissent ainsi présager les lignes sinueuses et élégantes des Transparences qui voient le jour dès 1927.

 

"Picabia's artistic career is a kaleidoscopic series of experiments. From the outside they barely seem to be related, but each one is strongly marked by a strong personality" (Marcel Duchamp, Francis Picabia, classique et merveilleux, exhibition catalogue, preface, Beaubourg Gallery, Vence, 1998).

Between the years 1924 and 1927 Picabia produced a cycle of works entitled 'Monsters'.  These compositions reworked themes inspired by old master paintings that the artist had fanatically studied and explored.  Going beyond rigorous, systematic analysis, Picabia made these universal masterpieces his own and reinterpreted them in a modern vein. Thus it is possible to identify the origins of Le Couple amoureux in ancient frescoes, such as those displayed in the collections at the Museo Nacional d'Art de Catalunya (fig. 2).  No doubt fascinated by the rhythm and distortions of these monstrous figures that were unrestricted by the strict rules of human and animal anatomy, Picabia seems to have sought to emulate their deformed, complex features.

Picabia integrates the two tightly entwined figures into the network of graphic symbols surrounding them:   pictorial elements are associated to new symbols, reminiscent of the signs from the Dada years.  With a rebellious spirit, the artist puts forward a painting based on signs in order to surpass the representations of his elders.  Thus we find in Le Couple amoureux the "graphic code" that Picabia would employ for many of his 'Monsters': "the systematic distortion of the faces into grotesque masks, with pointed noses and immense almond shaped eyes, the exaggerated simplification of the anatomical lines, the persistent presence of a decorative vocabulary turned on its head, broken lines, areas of shading, points, and spirals which arrest the gaze with multiple focal points in every part of the work's surface" (Arnauld Pierre, Francis Picabia, Singulier idéal, exhibition catalogue, Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, 2002-03, p. 279).

A precursor to Picasso who some decades later would also explore the work of his predecessors, Picabia questions, manipulates and breaks up the initial composition, transforming it according to his own visual and aesthetic ideas.  According to Maria Lluïsa Borras, the influence that these artists held over one another and the relationship between their work should be envisaged in terms of Picabia being anterior to Picasso: "The critic writing for Cahiers d'Arts, a review very close to Picasso, who revealed the influence of the latter on Picabia, could not see that our painter was in fact fifteen years ahead of the creator of the Demoiselles d'Avignon, who would later take inspiration from works by Cranach, Altdorfer, Poussin and Courbet.  He was ahead of the Picasso who would, in the 1950s, transform to unanimous praise works by El Greco, Delacroix, Velàzquez and Manet using a process that was not fundamentally different from the one employed by Picabia in the 1920s" (Maria Lluisa Borras, Picabia, Paris, 1985, p. 292-93).

In contrast to the dark, opaque colours which characterise some of the 'Monsters', Le Couple amoureux is notable for its vivid, bright palette: the artist uses warm pink tones in order to emphasise the young couple's passionate aura.  Behind an intricate pattern of lines and shapes, the pinks, greens and yellows blend subtly with the other graphic elements to create elegant silhouettes in a pastoral landscape which is suggested by the artist's use of a 'partial transparency' technique.  In terms of their technical make-up as well as their formal composition, the two intertwined lovers foreshadow the sinuous, elegant lines of the Transparency series which would be unveiled in 1927.

 

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