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PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE FRANÇAISE

Chaïm Soutine
LE CANARD BLANC
Estimate
700,0001,000,000
LOT SOLD. 1,968,750 EUR
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41

PROVENANT D'UNE COLLECTION PARTICULIÈRE FRANÇAISE

Chaïm Soutine
LE CANARD BLANC
Estimate
700,0001,000,000
LOT SOLD. 1,968,750 EUR
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Details & Cataloguing

Impressionist and Modern Art

|
Paris

Chaïm Soutine
1893 - 1943
LE CANARD BLANC
signé Soutine (en bas à droite)
huile sur carton marouflé sur panneau parqueté
78 x 57 cm
30 3/4 x 22 3/8 in.
Peint vers 1925.
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Provenance

Henri Bing, Paris
Collection particulière, Paris (acquis en 1959)
Par descendance au propriétaire actuel

Exhibited

Paris, Galerie Charpentier, Plaisir de France, 1951, no. 73
Paris, Galerie Charpentier, Cent tableaux de Soutine, 1959, no. 74
New York, Malborough Gallery, Chaïm Soutine 1893-1943, 1973, no. 38
Chartres, Musée des Beaux-Arts, Chaïm Soutine, 1989, no. 41, reproduit p. 210

Literature

Pierre Courthion, Soutine, Peintre du déchirant, Lausanne, 1972, reproduit p. 243 C
Maurice Tuchman, Esti Dunow & Klaus Perls, Soutine. Catalogue raisonné, Berlin, 2001, no. 83, reproduit p. 452

Catalogue Note

signed 'Soutine' (lower right), oil on board laid down on cradled panel. Painted circa 1925

 

1925 est une année d'intense activité artistique pour Chaïm Soutine. Ce dernier quitte en effet Cagnes pour s'installer à Paris et fréquente assidument le musée du Louvre. L'artiste emprunte alors aux maîtres anciens les thèmes qu'il recréés dans son atelier tel que dans cette représentation d'un canard suspendu par une patte, indissociable de la photographie immortalisant l'artiste debout près d'un volatile mort pendu par le cou (fig. 4).

Le Canard blanc participe à la série des volatiles posés ou pendus, probablement inspirés par la nature morte au gibier de Chardin, Canard colvert à la bigarade (fig. 1). De même que dans la série des bœufs écorchés, Soutine se livre ici à une observation fascinée du lent travail de transformation des chairs. Bien que certains critiques ont pu dénoncer l'intérêt morbide de Soutine à examiner ces volailles en état de décomposition, il semble que ce soit plutôt la texture et la couleur sang de la chair qui passionne l'artiste de façon obsessionnelle. Témoins de cette fascination,  "le trait calligraphique, la touche riche et juteuse et la palette de couleurs nacrées contrastant avec les rouges profonds et les verts sont les composantes caractéristiques de son travail à cette date" (cité in. Chaïm Soutine, Catalogue raisonné, vol. I, Cologne, 1993, p. 343).

Si ces dépouilles fantomatiques font écho aux admirables natures mortes exposées aux Louvre, ces volatiles ne sont pas sans évoquer les rituels juifs auxquels Soutine assistait durant son enfance. Comme le souligne Marie Christine Decrocq, "ces volailles étiques, pantelantes, au bec ouvert et aux griffes crispées, aux ailes dont les rares plumes hérissées battent encore l'air dans une tragique danse de Saint-Guy, sont l'image même de la victime expiatoire. Soutine se souvenait sans doute des rites de son enfance entourant le bouc émissaire, chargé des péchés de la communauté juive et chassé dans le désert : il semble bien que, en lieu et place de bouc, c'est une volaille que l'on utilisait dans le stetl ashkénaze"  (cité in. Soutine (catalogue d'exposition), Pinacothèque de Paris, 2007-2008, p. 147).

Rendu presque abstrait par la violence gestuelle de l'exécution, le motif confond sa matérialité avec celle de la couleur : aplats brossés, empâtements, biffures. La nervosité tourmentée qui anime et habite l'artiste éclate ainsi sur la toile richement colorée ; l'artiste projetant cette énergie par le biais de son trait de pinceau virtuose. Maurice Tuchman souligne à cet égard que "l'importance croissante du trait de pinceau individuel, la touche singulière de la main du peintre, est commune à beaucoup d'expressionnistes modernes de Van Gogh aux expressionnistes abstraits américains en passant par Soutine. Le trait expressionniste est très chargé et conscient de soi. Le trait typique de Soutine est en général non une ligne mais une tache grasse faite d'un peu d'entrailles" (cité in. Chaïm Soutine, Catalogue raisonné, vol. I, Cologne, 1993, p. 35). Cette fièvre du créateur ici matérialisée apparaît ainsi comme une étonnante préfiguration de la véhémence bouillonnante de Francis Bacon (fig. 3) et Willem de Kooning.

 

1925 was a year of intense artistic activity for Chaïm Soutine.  He left Cagne and moved to Paris, where he began to frequent the Louvre on a regular basis.  It was thus that he began to borrow themes from the Old Masters and recreate them in his studio, such as this representation of a duck suspended by one leg, which immediately brings to mind the iconic photograph of the artist standing next to a dead fowl hanging by its neck (fig. 1).

Le Canard blanc belongs to a series of pictures of resting or hanging fowl, probably inspired by the still life with game by Chardin, Canard colvert à la bigarade (fig. 2). Just as in his series of skinned cattle, Soutine absorbs himself in a fascinated observation of the slow transformation of dead flesh. Though certain critics denounced Soutine's morbid interest in examining poultry in a state of decomposition, it seems that it was more the texture and the blood-red colour of the flesh that intrigued the artist to the point of obsession.  A testament to this fascination, "the calligraphic line, the rich, juicy touch and the palette of pearly colours contrasting with deep reds and greens are the characteristic components of his work at this time" (cited in. Chaïm Soutine, Catalogue raisonné, vol. I, Cologne, 1993, p. 343).

As well as echoing the magnificent still lives on display at the Louvre, the ghostly remains of these fowl also evoke the Jewish rituals witnessed by Soutine during his childhood. As Marie Christine Decrocq has pointed out, "these bony, breathless birds, their beaks open and their claws frozen, their wings with sparse prickly feathers still beating the air like the tragic dance of Saint Guy, are the very image of the sacrificial victim. Soutine no doubt remembered from his childhood rituals surrounding a designated billy goat, laden with the sins of the Jewish community and chased into the desert: it seems that here instead of a goat, a bird is being used for this stetl ashkénaze" (cited in. Soutine (exhibition catalogue), Pinacothèque de Paris, 2007-2008, p. 147).

Executed in violent gestures that render the work almost abstract, the raw materiality of the motif is confounded with that the colour: brushed flat sections, impasto, corrections. The restless agitation that permeated and stimulated the artist bursts onto the richly coloured canvas; the artist projects this energy with the stroke of his virtuoso paintbrush. Maurice Tuchman has observed that "the growing importance of the individual brushstroke, the singular touch of the painter's hand, is shared by many modern expressionists from Van Gogh right through to the American Abstract Expressionists, passing through Soutine.  The expressionist brushstroke is extremely loaded and self-conscious. Soutine's characteristic brushstroke is not a line but a greasy smear left by some entrails" (cited in. Chaïm Soutine, Catalogue raisonné, vol. I, Cologne, 1993, p. 35).  In this way, the feverish creativity materialised here appears to foreshadow the seething intensity of Francis Bacon (fig. 3).

       

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