Lot 163
  • 163

Saint Phalle, Niki de

Estimate
6,000 - 8,000 EUR
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Description

  • Niki de Saint-Phalle
  • L'été des serpents.Manuscrit autographe signé "Niki".Les Canaries, décembre 1992.
31 pp. in-4 (270 x 210 mm), à l'encre noire puis bleue, paginées, plus une page de titre signée "Niki de St Phalle".
Nombreuses ratures et corrections et quelques passages biffés. 6 feuillets ont été découpés et remontés par bandes collantes.

Catalogue Note

Niki de Saint Phalle raconte son enfance mutilée, les souffrances et les traumatismes engendrés par le crime dont son père s'est rendu coupable lorqu'elle avait 11 ans, l'âge même de sa petite-fille, Bloum, à laquelle cette longue et terrible confession est adressée.

C'est durant l'été 1942, dans une maison de vacances aux Etats-Unis que son père lui fit subir toutes sortes d'attouchements criminels : "pour la petite fille, le viol c'est la mort. Il n'y a qu'une solution : La Loi. La Loi pour protéger ceux qui ne peuvent pas se protéger. La prison pour les violeurs de petites filles. C'est la seule manière de les contrôler : par la peur.
A onze ans je me suis sentie expulsée de la société. Ce père tant aimé est devenu objet de haine, le monde m'avait montré son hypocrisie, j'avais compris que tout ce qu'on m'enseignait était faux. [...] l'été des serpents fut celui où mon père, ce banquier, ce grand bourgeois, avait essayé de mettre son sexe dans ma bouche".

Elle raconte qu'elle mit des mois à lui échapper, et qu'à vingt ans, elle dut faire réparer chirurgicalement une lèvre abîmée à force d'être rongée, puis comment, après un séjour en hôpital psychiatrique, elle décida de se consacrer à la peinture.
Niki de Saint Phalle garda longtemps le silence, son psychiatre lui parlant même, à propos d'une lettre écrite par un père assailli de remords, de simple fantasme. Cependant quelques années après la mort de son père, elle réalisa son film Daddy pour tenter de comprendre leur relation : "Jean Tinguely, ma famille et presque toute la presse furent indignés par ce film. Seule ma mère, quelques critiques et Jacques Lacan prirent ma défense"
Et Niki d'évoquer la secrète connivence qui se créa entre elle et sa mère lorsqu'elle comprit que sa mère était au courant de ce qui s'était passé.
Si elle conçoit qu'il y ait une lueur d'espoir pour les enfants victimes de tels actes depuis qu'on ose les dénoncer par des livres remarquables, elle veut toutefois faire comprendre à sa petite-fille la terrible épreuve qui a été la sienne.
"Le silence me sauvait en même temsp qu'il était désastreux pour moi car il m'isolait tragiquement du monde des adultes. [...] Je me heurtais aussi au sentiment complexe d'amour-haine que je ressentais pour mon père. En le dénonçant, il cesserait de m'aimer. J'étais prise entre l'amour et la révolte. [...] Tourmentée durant des années par ce viol, je consultais de nombreux psychiatres : des hommes hélas! ce qu'ils faisaient ressortir avant tout, à mon profond désespoir, c'était l'ambivalence de la petite fille qui aurait provoqué la situation.
Les psychiatres ainsi ne reconnaissaient pas le crime dont j'avais été la victime, prenaient inconsciemment le parti de mon père. [...] C'est exactement comme si, examinant le comportement des racistes du Ku Klux Clan, on en déduisait que les noirs avaient certainement exagérés pour mener les braves blancs au racisme !
Ce viol me rendit à jamais solidaire de tous ceux que la société et la loi exclutent et écrasent. [...]
Je t'embrasse, chère Bloum, avec beaucoup de tendresse.  Maintenant tu en sais un peu plus sur ta grand-mère. Love. Niki 
».

Niki de Saint-Phalle écrivit une lettre très semblable à sa fille Laura, mère de Bloum, et c'est le texte de cette lettre-là qui fut édité en fac-similé par les éditions de La Différence en 1994.