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Flaubert, Gustave, Correspondance autographe à Guy de Maupassant. 1874-1880.
Description
- Flaubert, Gustave
- Correspondance autographe à Guy de Maupassant.1874-1880.
écrites à l'encre noire sur papier bleu ou ivoire, contrecollés sur des feuillets montés sur onglets.
Datées de 1874 à 1880 (la première est datée du 23 septembre [1874], la dernière - probablement la dernière écrite par Flaubert - du 4 mai 1880). Le catalogue de l'exposition Gustave Flaubert organisée par la Bibliothèque nationale de France en 1980 qualifie à tort comme dernière une lettre de Flaubert à Charpentier datée du 2 mai. La plus grande majorité des lettres sont datées de 1879 et 1880.
(Détail des lettres sur demande.)
Les lettres de Flaubert à Maupassant sont peu datées. Nous les décrirons brièvement dans l'ordre où elles sont reliées, avec la référence entre parenthèses, à l'édition d'Yvan Leclerc (Gustave Flaubert-Guy de Maupassant Correspondance. Texte établi, préfacé et annoté par Yvan Leclerc. Paris, Flammarion, 1993).
1 (39). Mercredi [10 janvier 1877]. Pour faciliter la publication d'un article de Maupassant à La Nation, Flaubert l'encourage à aller voir Raoul-Duval. Il se gausse du scandale du comte de Germiny (personnalité du monde politique et catholique, il avait été surpris en compagnie d'un adolescent)... "L'Ame du Vieux se répand sur la Capitale. Je continue à travailler Phrenetiquement"...
2 (64). Mercredi matin [25 septembre 1878]. Au sujet de la féerie Le Château des cœurs (que Flaubert avait écrites avec Bouilhet et d'Osmoy). Flaubert trouve les prix proposés par le journal La Réforme pitoyables. Il a demandé à Zola son avis. « Il faudra m'apporter à Etretat tout ce lui est de votre roman [Une vie] »...
3 (81). Jeudi [19 décembre 1878]. Flaubert se réjouit de la « bonne nouvelle » de la nomination de Maupassant au Ministère... Sur Bouvard et Pécuchet : « j'ai fini mon chapitre. – En voilà trois d'expédiés, depuis six mois - encore trois à faire ! Donc, j'entrevois la fin »...
4 (45). Bayeux mardi [25 septembre 1877]. Il l'avertit de ne pas venir à Croisset samedi : « je ne serai pas revenu dans mes Lares - mon excursion durera encore une huitaine »...
5 (72). Jeudi [28 septembre 1878]. Il s'inquiète de l'entrevue de Maupassant avec Bardoux, de la santé de Laure de Maupassant... Dalloz trouve la féerie [Le Château des cœurs] dangereuse : « Ainsi, je ne puis ne me faire jouer, ni me faire imprimer – encouragement aux Jeunes ! & Charpentier me lâche, quant à mon édition de St Julien pour étrennes ! – Tout va mal ! – n'importe. Je vais commencer un chapitre archi lubrique"...
6 (90). Jeudi soir [5 février 1879]. Maupassant va faire jouer sa pièce Histoire du vieux temps et veut avoir des critiques. Flaubert l'a recommandé à Théodore de Banville : « C'est un très galant homme. Tâchez d'avoir le plus de feuilletonistes possible. Il faut que Zola & Alph. Daudet viennent à votre première ! »...
7 (24). Jeudi soir [15 avril 1875]. Flaubert ne pourra assister à la Feuille de rose... projet de dîner avec Zola.
8 (92). Dimanche [16 février 1879]. Flaubert charge Maupassant de récupérer le manuscrit de la Féerie [Le Château des cœurs] chez Ernest Daudet.
9 (43). Dimanche matin [22 juillet 1877]. « Jeune Lubrique. Laporte, présentement n'a pas de petits lévriers – l'époque "des chaleurs" étant passée (pour les chiens – vous n'en êtes pas un) (...) Modérez votre vit. & tenez- vous en joyes & labeur. [...] J'ai fini ma médecine ! ouf ! – & je prépare la géologie »...
10 (122). Mardi 21 octobre [1879]. « Ne me parlez pas du réalisme, du naturalisme, ou tel expérimental ! J'en suis gorgé. Quelles vides inepties ! Je viens de finir Les Rois en exil. Qu'en pensez-vous ? Quant à moi, hum, hum ! ». Il demande des nouvelles de Tourgueniev. Il s'inquiète de ne pas voir paraître Salammbô chez Lemerre...
11 (63). St Gratien Vendredi [20 septembre 1878]. Il est retenu chez la Princesse Mathilde. Il prie Maupassant de lâcher le canotage dimanche et de déjeuner avec lui chez Trapp.
12 (40). Nuit de mercredi [17 janvier 1877]. Il le félicite de son article sur la Poésie française : « Cependant j'aurais voulu un peu plus d'éloge de Ronsard »...
13 (66). 1er octobre [1878]. Il engage Maupassant « à tout faire » pour voir Bardoux. Il s'inquiète de ne pas avoir de nouvelles de Tourgueniev.
14 (130). Mercredi soir 7 [janvier 1880]. Au sujet du volume de vers que Maupassant veut publier chez Charpentier, et dont le titre sera difficile à trouver [Des vers]. Charpentier doit d'ailleurs de l'argent à Flaubert. Mme Commanville se plaint de ne pas voir Maupassant... « J'espère dans une huitaine avoir fini mon sacré tonnerre de Dieu de merde de chapitre - Quel soulagement ! »...
15 (123). Mercredi soir [5 novembre 1879]. Il le prie d'aller réclamer l'argent que lui doivent les éditions Lemerre (qui « lambine pour l'édition des poésies de Bouilhet d'une façon exaspérante ») et Charpentier pour la réédition de la réédition de L'Education sentimentale et pour la Féerie. « Ces bougres-là sont à gifler avec leur sans-gêne ! »...
16 (109). Samedi [26 avril 1879]. Au sujet d'une représentation d'Histoire du Vieux temps de Maupassant chez la Princesse Mathilde : Mme Pasca « s'entête dans le mutisme de son désespoir » et il faut songer à la remplacer. Une plaisanterie : « je vous recommande mon jeune homme (id est Tourgueneff). Figurez-vous que vous êtes un docteur chargé par la famille de faire perdre à un jouvencel "de mauvaises habitudes" ».
17 (absente). [16 février 1880 ?]. A Auguste VACQUERIE. A propos d'éventuelles poursuites pour obscénité contre Maupassant : « votre vieux cœur de romantique va, comme le mien, en bondir d'indignation. [...] Il y a des ménagements à garder, vu la position de mon jeune homme – qui est plein de talent – mais sans rentes [...] Rappelez-moi au souvenir du Maître [Hugo] ! – pas n'est besoin de dire en quels termes ».
18 (31). Jeudi 10 août [1876]. A propos d'un débutant, Laugel : « demander si l'on doit écrire ne me semble pas la marque d'une vocation violente ! ». Il fulmine à propos d'un article contre Renan et de « la basse envie démocratique qui en transsude. [...] Conclusion : s'écarter des journaux ! La haine de ces boutiques là est le commencement de l'amour du Beau, elles sont, par essence, hostiles à toute personnalité un peu au dessus des autres ». Etc. Exaspération contre « la Bêtise Humaine »... Achèvement d'Un cœur simple : « Dans huit ou dix jours j'aurai fini mon perroquet »...
19 (166). Mardi [4 mai 1880]. Il écrit à Théodore de Banville pour lui demander un article sur Des Vers de Maupassant... L'Exposition : « Elle m'emmerde d'avance, j'en dégueule d'ennui par anticipation »... Colère contre Charpentier qui dans sa revue a coupé une scène du Château des cœurs pour mettre un article sur le sport, et qui doit « une forte somme »... Il ira porter Bouvard et Pécuchet ailleurs... « 8 éditions des Soirées de Médan ? Nom de Dieu ! Les Trois contes en ont eu quatre. Je vais être jaloux »...
20 (119). Mercredi [20 août 1878]. Il se plaint d'Osmoy à qui il réclame pour la troisième fois sa souscription pour le monument à Louis Bouilhet... « La fin de mon chapitre m'a éreinté. Ma cervelle est en bouillie »...
21 (106). Vendredi 28 [mars 1879]. Projet de représentation d'Histoire du Vieux Temps de Maupassant chez la Princesse Mathilde. Flaubert a écrit à Huÿsmans à propos des Sœurs Vatard : « tout en lui faisant des éloges, je lui disais franchement mon opinion »... Sur Bouvard et Pécuchet : « Je continue à faire de la métaphysique. Mon ch. VIII est préparé, j'en vois maintenant l'ensemble - & je me mettrai à l'écrire dans 8 ou 10 jours ».
22 (163). [24 avril 1880]. Demande de précisions sur les anémones, les renonculacées et les liliacées pour le chap. de Bouvard et Pécuchet sur la botanique... A propos des Soirées de Médan : « Hennique a raté un bien beau sujet - & Céard parle de ce qu'il ignore absolument : la corruption de l'Empire - comme tous ceux, du reste, qui traitent cette matière, à commencer par le père Hugo. La vérité est bien plus forte, - & plus simple. Boule de Suif écrase le volume, dont le titre est stupide »...
23 (Lettre absente). NOTE [29 mars 1880, destiné à l'origine à F. Baudry, bibliothécaire à la Mazarine]. Pour Bouvard et Pécuchet, et citant J.J. Rousseau, il voudrait qu'on cherche une famille de plantes « n'ayant pas de calice, mais où cependant, on trouve, par exception, une plante en ayant un. [...] Il me faut des plantes vulgaires. On est à la fin d'avril, en Basse Normandie ».
24 (34). Croisset mardi [31 octobre 1876]. Flaubert a recommandé Maupassant à Raoul-Duval, directeur de La Nation, pour y faire ses débuts dans le journalisme. Il suggère des sujets : histoire de la critique moderne, étude sur l'œuvre de George Sand : « Il y aurait un beau parallèle à faire avec celle de Dumas – le roman d'aventures, & le roman d'idées »...
25 (95). Mercredi [18 février 1879]. Il charge Maupassant d'avoir des renseignements sur « l'affaire Gambetta » qui a refusé sa nomination à la Mazarine dont Baudry, l'administrateur, s'est conduit « comme un jean foutre »...
26 (148). Mercredi [18 février 1880]. Flaubert est rassuré : « Grâce à R. Duval le procureur général arrêtera les choses ! & tu ne perdras pas ta place ». Mais il engage Maupassant à se méfier des potins, comme la saisie de Nana : « Comme si on pouvait saisir un volume déjà dispersé à 50 mille exemplaires ! [...] Je parie que Charpentier va hésiter à faire paraître Les Soirées de Médan ». Flaubert est excédé de Charpentier qui lui doit 700 fr. et traîne pour la publication de la Féerie. Il engage Maupassant à suivre les conseils de Raoul-Duval, « sans imiter, bien entendu, le Catholique Barbey d'Aurevilly, bourreau des cranes - & triple couillon ».
27 (158). Dimanche soir 4 avril [1880]. Il prie Maupassant d'aller réclamer à Baudry sa Note sur son problème de botanique pour Bouvard et Pécuchet.
28 (103). Mercredi [12 mars 1879]. Au sujet de l'indemnité qu'il espère recevoir du gouvernement, mais sur laquelle il demande le plus grand silence : « C'est un secours temporaire que j'accepte [...] ce n'est pas drôle de vivre sur l'assistance publique »...
29 (Lettre absente). Vendredi [15 avril 1879]. Au sujet de la représentation d'Histoire du Vieux temps chez la Princesse Mathilde, et des caprices de l'actrice Mme Pasca.
30 (153). Samedi [28 février 1880]. Fureur contre Charpentier : « il n'est digne d'aucune pitié, vu la façon dont il échigne, dont il souille ma pauvre Féerie ! »... Flaubert est inquiet des troubles oculaires de Maupassant . Les affaires de Commanville semblent s'arranger : « nous sortirons de l'abominable gêne & des inquiétudes qui m'étranglent depuis quatre ans »...
31 (22). Croisset mercredi 23 septembre [1874]. La première de cette correspondance. « eh bien, mon jeune Homme et ces renseignements 1e sur les copistes et 2e sur la mécanicienne ».... (pour Bouvard et Pécuchet)
32 (26). Vendredi soir [30 avril 1875]. « Lubrique auteur, obscène jeune homme » [Flaubert venait d'assister à la représentation d'A la feuille de Rose, Maison Turque]... l'invitant pour dimanche : « Tourguenef nous a promis de nous traduire enfin Le Satyre de Goethe »...
33 (116). Mercredi matin [28 mai 1879]. « Sacrée Pasca ! quelle dinde ! Je lis le nouveau volume de Cladel ! – Dux est ineffable »...
34 (32). Mercredi soir [13 septembre 1876]. Invitation à dîner... « R. Duval m'a répondu ce matin. Je crois qu'il y aura moyen de vous introduire dans sa feuille »...
35 (27). Jeudi soir [novembre 1875]. « Mon petit père. Il est bien convenu, n'est-ce pas, que vous déjeunez chez moi tous les dimanches de cet hiver »...
36 (Lettre absente). Mercredi [25 avril 1877]. « Jeune lubrique Voulez-vous, afin d'entendre le 1er ch. de B & P venir dîner vendredi »...
Suivent trois télégrammes du 8 mai 1880, de Caroline Commanville, Lapierre et Pinchon, avertissant Maupassant de l'attaque d'apoplexie de Flaubert et de sa mort à Croisset. (p. 249 de l'édition Leclerc)
37 (Lettre absente). 31 août [1870]. A CLAUDIUS POPELIN. Flaubert évoque des événements de la guerre de 1870.
reliées également dans le volume :
- 3 télégrammes annonçant à Maupassant la mort de Flaubert respectivement de Caroline Commanville (nièce de Flaubert qui deviendra par la suite Madame Franklin Grout), Charles Lapierre et Robert Pinchon (en fin de volume). Le 8 mai 1880, Flaubert meurt subitement dans sa baignoire, à peine quelques semaines après la publication des Soirées de Médan, où figurait "Boule de Suif" ;
- 3 lettres de 1927 sur la publication de la présente correspondance, inédite à l'époque (2 de Caroline Franklin-Grout, la nièce de Flaubert et son ayant-droit, à Georges Normandy, et une de Louis Conard, au même, sur la parution de son ouvrage sur Maupassant), placées en tête de volume ;
- une lettre de Caroline Commanville, nièce de Flaubert, datée du 10 novembre 1883, adressée à Maupassant sur la jeunesse de son oncle (4 pp.). Ce dernier reprendra ces informations presque mots pour mots dans un article paru en deux livraisons le 16 et 26 janvier 1884 dans La Revue politique et littéraire. Elle termine sa lettre sur ces remarques touchantes : « Il est difficile de distraire ces passages d'un ensemble. Tout le charme, tout l'intérêt disparaissent. Puis, j'ai réfléchi et me suis convaincue que tôt ou tard les lettres de mon oncle étaient destinées à être publiées».
reliure signée Canape et Corriez, datée 1928. Maroquin rouge, dos à nerfs, gardes de moire rouge, tête dorée.
Provenance
Literature
Catalogue Note
Ce recueil contient environ un tiers des lettres connues que Flaubert adressa à Maupassant.
Cette correspondance passionnante nous éclaire tout d'abord sur les relations de maître à disciple qui existaient entre ces deux grands romanciers de la seconde moitié du XIXe siècle. Maupassant en est alors à ses débuts littéraires : Histoire du vieux temps paraitra en 1879 et Boule de Suif en 1880 et remportera le succès que l'on connait. Ami d'enfance de Laure Le Poitevin, mère de Guy de Maupassant, et de son frère Louis, Flaubert prendra le jeune-homme sous sa protection et le guidera dans ses débuts littéraires et journalistiques.
Ces lettres nous dévoilent également le rôle d'intercesseur que Flaubert joua dans la carrière publique de Maupassant et nous instruit sur le contexte littéraire et social de l'époque.
Dans ses lettres, Flaubert s'exprime librement. Il juge et critique sans tabou, récrimine, injurie, s'emporte. C'est aussi l'occasion pour l'homme public qu'il fut, durant les dernières années de sa vie, de se dévoiler, laissant libre cours à ses doutes. Enfin, cette correspondance nous permet de pénétrer et d'entrevoir, sans intermédiaire, les arcanes de sa création.
Flaubert éprouvait un attachement quasi filial pour le jeune Maupassant. En 1874, il lui offrit La Tentation de saint Antoine accompagnée de cet envoi : "A Guy de Maupassant que j'aime comme un fils". En 1880, Maupassant lui adressa Histoire du vieux temps avec cet envoi : "A mon grand et cher maître Gustave Flaubert, l'homme que j'aime le mieux et que j'admire le plus, Guy de Maupassant".
Ces 35 lettres offrent donc un tableau complet, bien que disséminé, des dernières années d'existence de Flaubert : la sincère amitié puis la tendresse filiale qui le lie à Maupassant le pousse à la confession. On y croise entre autres Zola, Daudet, Tourguenieff, Banville, Charpentier, la Princesse Mathilde, Mme Pasca.
Flaubert protecteur de Maupassant
Flaubert joua un rôle important dans la carrière administrative de Maupassant en mettant à profit ses relations afin qu'il puisse obtenir un poste au ministère de l'Instruction Publique en 1877 au cabinet d'Agénor Bardoux.
Il contribua aussi à ce que Maupassant puisse faire paraitre des articles dans des journaux (comme nous l'apprennent les lettres 1, 24 et 34 concernant la mise en contact de Maupassant avec Raoul Duval et la publication d'un article dans La Nation). Il facilita (voir la lettre 6 du 5 février 79) la représentation de la pièce de théâtre de Maupassant, l'Histoire du vieux temps, et sollicita la présence de certaines de ses connaissances, Banville, Zola et Daudet, pour la représentation.
Flaubert conseiller littéraire du jeune Maupassant
En écrivain chevronné, Flaubert suggère à Maupassant, en août 1876 dans la lettre 18, de n'écrire que s'il éprouve une « vocation violente » pour la carrière d'écrivain, il lui recommande aussi, dans cette même lettre, de « s'écarter des journaux ! La haine de ces boutiques là [étant] le commencement de l'amour du beau ». Il sait également, comme dans la lettre 22 du 24 avril 1880, en lecteur averti à qui la postérité donnera raison, percevoir l'importance de la parution de Boule de suif qui « écrase le volume [Les Soirées de Médan], dont le titre est stupide ». Enfin, jusqu'au début des années 1880, comme dans la lettre 26, il dispensera à Maupassant des conseils d'ordre stylistique sur la création littéraire et sur les écrivains à ne pas imiter, notamment Barbey d'Aurevilly.
Flaubert intime
Ainsi, nous suivons les démarches effectuées pour la publication de ses œuvres, comme dans la lettre 2 à propos du Château des cœurs ; nous apprenons à connaître ses relations avec les autres écrivains et leurs menus détails, telle l'organisation d'un dîner avec Zola dans la lettre 7 du 15 avril 1875 ; nous participons, par procuration, dans les lettres 16, 29 et 33, à la réunion d'un des petits cénacles littéraires du temps et, par exemple, à la représentation de la pièce, Histoire du Vieux Temps de Maupassant, chez la princesse Mathilde ; enfin nous découvrons l'habituel mécontentement de Flaubert envers son éditeur Charpentier, ses récriminations finissent même par s'apparenter à un véritable leitmotiv épistolaire : ses plaintes concernent tout autant des désaccords d'ordre financier qu'éditoriaux (voir, par exemple, la lettre 30 datée du 28 février 1880).
L'intimité de la correspondance ne se donne pas à lire que dans les événements factuels, mais aussi par le ton, la prose et le vocabulaire très libre de Flaubert. Ces lettres renferment quelques bons mots. Dans la lettre 9, nommant Maupassant « Jeune lubrique », il essaie de tempérer la libido débordante de son jeune disciple : « Modérez votre vit et tenez-vous en joye et labeur ». Mais surtout, le verbe flaubertien sait se faire incisif lorsqu'il accable des tiers qu'il n'apprécie guère. Ainsi, les libraires, dans la lettre 15 sont violemment fustigés : « Ces bougres-là sont à gifler avec leur sans-gêne » ; Baudry, le conservateur de la bibliothèque Mazarine, sera traité de « jean foutre » dans la lettre 25 ; et, dans la lettre 26, « le catholique Barbey d'Aurevilly » n'est qu'un « triple couillon, bourreau des cranes ».
Flaubert, critique littéraire
Cette correspondance fourmille de remarques, avis et critiques littéraires. La lettre 10 condamne violemment les catégorisations littéraires du temps : « Ne me parlez pas du réalisme, du naturalisme, ou de l'expérimental ! J'en suis gorgé. Quelles vides inepties ! ». Dans la lettre 12 rédigée en 1877, Flaubert fait l'éloge indirect de Ronsard et de son importance au sein de la Renaissance poétique française en critiquant un article de Maupassant. Dans la lettre 22, du 24 avril 1880, il parle à cœur ouvert (« je te dirai ce que je pense ») des Soirées de Médan qu'il juge bien sévèrement [hormis Boule de Suif]: « Hennique a raté un bien beau sujet. - Céard parle de ce qu'il ignore : la corruption de l'Empire ».
Flaubert à propos de lui même et de son écriture
Enfin, Flaubert évoque sa propre activité d'écrivain, son rythme de rédaction, les difficultés qu'il rencontre, la manière dont il travaille et se documente. Dans la lettre 1, il qualifie, par l'emploi d'un savoureux néologisme, « Phrenetiquement », le rythme de son écriture. La lettre 18, du 10 août 1976, nous apprend le proche achèvement d'Un cœur simple. La majorité des renseignements concernant son dernier roman inachevé et paru posthume (Bouvard et Pécuchet), on découvre l'avancement laborieux de cette dernière œuvre dans la lettre 3 où Flaubert précise « En voilà trois [de chapitre] d'expédiés depuis six mois. Encore trois à faire ! ». Dans la lettre 20, du 20 août 1978, Flaubert se plaint de ses difficultés de rédaction : « la fin de mon chapitre m'a éreinté. Ma cervelle est en bouillie ». Enfin, les propos tenus sur Bouvard et Pécuchet nous informent sur sa méthode de travail et sa manière d'accumuler des connaissances spécialisées et érudites pour la rédaction de ses œuvres littéraires : la lettre 21 fait référence aux connaissances de « métaphysique » qu'il dû accumuler pour le chapitre 8 de Bouvard, et les lettres 22 et 23 de ses recherches botaniques sur les « anémones », les « renonculacées » et les « liliacées ».
deux lettres ne sont pas adressées à Maupassant :
- la lettre 17, non datée, à Auguste Vacquerie, concernant Maupassant : l'attachement de Flaubert à son protégé y est nettement perceptible ;
- la dernière lettre, du 31 août 1870, non mentionnée dans la vente Sickles de 1990 (ajoutée au volume par la suite. cf. Drouot, 6 décembre 1984, n°122 et Drouot, 1er juillet 1986, n°78), est adressée à Claudius Popelin et évoque les événements de la guerre de 1870.