Lot 119
  • 119

Gelli, Giambattista

Estimate
600 - 800 EUR
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Description

  • Gelli, Giambattista
  • I Capricci del Bottaio.Florence, Lorenzo Torrentino, 1551.
Petit in-8 (175 x 110 mm).  Erreurs de pagination au cahier G.



illustration : armoiries des Medici sur le titre. Au verso du titre beau portrait de Gelli portant une longue barbe, gravé sur bois.



reliure de l'époque. Maroquin rouge, deux filets dorés sur les plats ; au centre le titre i capricci del bottaio au plat supérieur, et sur le plat inférieur la devise dolce nel fine et nel principio accerba.
Quelques taches et traces de frottements à la reliure.

Literature

Delumeau. L'Italie de Botticelli à Bonaparte. 1974. p. 137. -- Fr. Waquet. Le Latin ou l'empire d'un signe. Paris, A. Michel, 1998,
p. 62.

Condition

Quelques taches et traces de frottements à la reliure. Exemplaire à grandes marges, quelques témoins.
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Catalogue Note

Tailleur d'habits de condition très modeste, mais en même temps l'un des écrivains les plus distingués de son époque et l'un des fondateurs de l'Académie Florentine, Gelli a publié sous le titre inattendu de Caprices du tonnelier ses dialogues philosophiques. La présentation en est ingénieuse et nouvelle pour l'époque : un artisan florentin s'expose à lui-même, la nuit, à voix haute, ses jugements sur les sujets qui lui semblent d'importance. Dans la chambre voisine, son neveu Bindo prend ces discours en note.
« La parole éduque et transforme tout en respectant la liberté. (Politien) »    « Cette promotion de la parole aide à comprendre pourquoi le dialogue a été un des genres littéraires favoris de l'humanisme, son moyen d'expression exemplaire, des Livres de la famille d'Alberti au Courtisan de Castiglione en passant par les Asolani de Bembo et les Dialogues d'amour de Léon l'Hébreu. Les influences conjointes de Platon et de Lucien ont assurément relancé la fortune du dialogue. Mais celui-ci, par sa forme même, sous-entend une certaine conception des rapports humains ; il suppose l'esprit de tolérance et le respect de la liberté du contradicteur. L'humanisme acceptait l'un et l'autre. Le dialogue recèle aussi un profond optimisme :  on espère convaincre  autrui. Cette espérance nous renvoie au thème de l'efficacité de la parole, capable de briser les murailles individuelles et la solitude personnelle. » (Delumeau. L'Italie de Botticelli à Bonaparte. 1974. p. 137)
« Dans les années 1546-1548, le florentin Giambattiste Gelli fut amené, au nom de la langue vulgaire qu'il cultivait dans l' « Accademia fiorentina », à se rebeller contre l'hégémonie du latin. Dans ses Capricci del bottaio, cet artisan aisé soulignait la dignité du vulgaire et donc le droit qui était le sien à traiter de tout savoir qui, ainsi, deviendrait accessible à un plus grand nombre ; dans le même temps, il dénonçait le monopole du latin dans lequel il voyait avant tout la défense des privilèges d'une minorité de doctes qui dupaient le peuple en lui faisant croire que rien ne pourrait être appris sans la maîtrise de la langue savante. Le vernaculaire était apte à traduire les offices divins et la liturgie ; ces traductions augmenteraient le respect des fidèles pour les choses sacrées et donc leur dévotion. A ce point, Gelli dont l'orthodoxie doctrinale ne saurait être mise en cause, avançait des arguments que les réformateurs avaient déjà employés. On croirait entendre Erasme et Brucioli lorsqu'il dénonçait dans la récitation en latin des psaumes « un croassement de corneilles ou un piaillement de perroquets ». Dans la droite ligne de la réforme protestante,  il soulignait l'égale dignité des chrétiens dans l'Eglise : le latin, apanage des clercs, n'était qu'une astuce des prêtres pour asseoir leur prestige et tenir en minorité le peuple des fidèles. » (Fr. Waquet. Le Latin ou l'empire d'un signe. Paris, A. Michel, 1998, p. 62).
La liberté de ton des Capricci lui valut des ennuis avec l'Eglise. En 1562 il fut inscrit à l'Index et « Gelli dut effectuer des corrections : parmi les passages qu'il fut amené à reprendre se trouvaient ceux où il réclamait une traduction des Ecritures et de  la liturgie ainsi que ceux où il attaquait les partisans d'un monopole du latin. » (Fr. Waquet p. 62).
Intéressante reliure, portant au second plat la devise Dolce nel fine et nel principio accerba. Cette opposition entre le doux et l'amer est récurrente dans la littérature contemporaine. Theognis et Moschos (cf. Anthologie de la poésie grecque, éd. Brasillach, 1950, pp. 104 et 240) ; Dante aux chants 30 du Purgatoire et 17, 18 du Paradis (cf. éd. Pezard, Bibl. de la Pléiade et note p. 1526).- D. Boillet (Anthologie bilingue de la poésie italienne, Bibl. de la Pléiade, p. xviii) écrit : « La modernité du Chansonnier [Pétrarque] et la source même de sa longue influence, résident dans la découverte des ressources stylistiques du chant « doux amer » ...On peut aussi citer l'Acerba de Cecco d'Ascoli (XIVe s.) et les Stances d'Ange Politien (II,27).
Autres citations : Eros amer et doux (Poésie de Sappho).- Qu'est-ce donc ce qu'on eppelle amour chez les humains ? Rien n'est plus doux, ma fille, ni amer tout ensemble (Phèdre poarle dans Hippolyte d'Euripide).- Une autre source d'inspiration pour le premier amateur et son relieur pourrait être le fameux Songe de Poliphile publié en 1499 par Alde à Venise, puis dans trois éditions françaises entre 1546 et 1561 (voir ci-dessus num. 67 et 68). Au feuillet 85 (éd. Aldine) et 59 (éditions françaises) apparaît un bois comportant trois scènes traitées un peu différemment selon les éditions. Mercure portant caducée, ou un envoyé, présentent Cupidon à Jupiter sur son trône, accompagné d'une légende grecque : ΣΎ ΜΟΙ ΓΛΥΚΎΣ ΆΛΛΑ (ou : ΤΕ ΚΑΙ)ΠΙΚΡΟΣ retranscrite exactement dans les éditions françaises avec cette traduction : « Tu m'es doulx et amer. »Plus vraisemblablement ; c'est dans deux passages de la Bible qu'il faut chercher l'origine de cette devise : « Je le mangeai et dans ma bouche, il fut doux comme du miel » (Vision d'Ezechiel en 2,8 – 3,4). Et au chap. 10 de l'Apocalypse : [Jean aborde l'ange campé sur la mer et le continent :] « Je lui demandai : donne moi ce petit livre. Il me répondit : prends-le et le dévore ; il te sera aigre aux entrailles, bien qu'à la bouche il te soit doux comme le miel. »
Dans les trois éditions françaises du Songe de Poliphile on trouve aux  pages 59 Tu m'es doulx et amer.
Cette devise serait-elle tout simplement le résultat du plaisir et de  l'agacement qu'eut le premier possesseur de ce livre, plaisir et agacement qu'il fit dorer sur la reliure sous cette forme énigmatique ?