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Pierre Jollain
Description
- Pierre Jollain
- Scène d'intérieur avec des musiciens
Signé et daté en bas au centre P. Jollain De/ 1754
Huile sur toile
- 100 x 86.5 cm
Condition
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Catalogue Note
Les chinoiseries connaissent un franc succès au XVIIIe, alimentées par les importations de soieries et de porcelaines d'Extrême-Orient. Elles constituent un répertoire décoratif inespéré pour le « genre chinois » inventé par François Boucher, à la suite des figures chinoises de Watteau pour le château de la Muette décoré par Claude Audran. Ce goût exotique pour des ornements parfois grotesques se diffuse grâce aux nombreuses gravures réalisées d'après les dessins de Boucher, qui sont autant de cartons préparatoires aux tapisseries de la manufacture de Beauvais. Huit de ces dix esquisses seront également exposées au Salon de 1742.
Ces chinoiseries fantasmées par des esprits à l'imagination débordante et pressés de se libérer de canons esthétiques stricts, prennent place dans des paysages irréels qui pourraient néanmoins exister.
Dans notre tableau, le paysage ne tient qu'une place apparemment secondaire puisqu'il s'agit d'une scène d'intérieur. La scène galante « chinoise », dont le thème n'est pas sans rappeler le Chinois Galant de François Boucher, met en valeur une femme élégante écoutant, rêveuse, une sérénade. Pourtant le pavement du sol renforcé par le jeu des couleurs primaire et secondaire (le nain en bleu, la soierie jaune et verte, puis le paysage verdoyant) construit une perspective oblique qui assure l'entrée du spectateur dans la composition, selon le procédé des estampes japonaises qui connaîtra son apogée au XIXe. Le regard est appelé à s'évader par l'embrasure d'une fenêtre ouverte. Qui renoncerait à s'accouder à la balustrade pour s'adonner à la contemplation d'un paysage verdoyant et romantique? Flore et musique invitent à la rêverie, comme le suggère l'expression pensive de la jeune femme.
Même dans un environnement onirique exprimé dans un langage figuré et fantaisiste, la composition de Pierre Jollain est rigoureuse. Son œuvre annonce le courant néo-classique que l'artiste sera l'un des premiers à pratiquer. La lumière blanche qui baigne le corps des personnages témoigne par ailleurs d'un goût pour un luminisme clair et subtil de l'école de Venise. L'harmonie des tons et des attitudes, la préciosité des étoffes composent une peinture élégante et raffinée.
Fils de Jollain l'Ancien, peintre du roi, Pierre Jollain est connu pour ses peintures à sujet mythologique ou d'ordre religieux (cf. l'Assomption de la Vierge pour l'une des chapelles de l'Eglise de Saint-Sulpice, conservée au Bowes Museum à Barnard Castle, Grande-Bretagne).