Lot 81
  • 81

Commode "à la grecque" en acajou d'époque Louis XV, vers 1760, estampillée J.F. OEBEN et JME, probablement commandée par madame de Pompadour pour son château de Ménars

Estimate
80,000 - 120,000 EUR
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Description

  • Haut. 85 cm, larg. 131 cm, prof. 56 cm
  • Height 33 1/2 in; width 51 1/2 in; depth 22 in
ouvrant à cinq tiroirs et deux vantaux fermant par une seule serrure ; ornementation de bronze doré : anneaux de tirage et sabots ; dessus de marbre brèche d'Alep marqué en creux n°17 ; (restauration au marbre)

Provenance

Vente à Versailles, Mes Perrin et Royère, le 30 novembre 1997, lot 120

Literature

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

A. Pradère, "Madame de Pompadour et le goût grec", Connaissance des arts, décembre 1989, n° 454, p. 106

Cat. expo. musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, 14 février-19 mai 2002, Madame de Pompadour et les arts, RMN, Paris, 2002

J. Cordey, Inventaire des biens de Madame de Pompadour, Paris, 1939

J. Guiffrey, Inventaire de Jean-François Oeben (1763), NAAF, 3e série, vol. XV, 1899

Condition

Overall condition is absolutly fine. Very elegant model, perfect example of the genuine "commode à la grecque" created by J.F Oeben. Possible prestigious provenance emphasis the piece. The marble top restored. To recommend. Further information regarding the condition report for this lot is available on request. Please contact the department.
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Catalogue Note

Jean-François Oeben, ébéniste reçu maître en 1759

Il est intéressant de procéder au rapprochement de cette commode avec celle de l'ancienne collection Karl Lagarfeld vendue chez Christie's à Monaco le 28 avril 2000, lot 78 décrite comme provenant probablement des appartements du château de Ménars, propriété de madame de Pompadour.

L'inventaire après décès de madame de Pompadour (op. cit.) nous apprend qu'elle possédait à Ménars dix-sept commodes "à la grecque" dont douze en acajou estimées entre 180, 200 et 240 livres et destinées à meubler les appartements des invités.

La terminologie "commode à la grecque" a été étudiée par A. Pradère (op. cit.), elle renvoie à un modèle de commode bien précis à ressaut central encadré par des vantaux mis au point par Jean-François Oeben dont la particularité réside dans un système de verrouillage élaboré, à serrure unique, commandant tous les tiroirs et vantaux de la façade. Une description sommaire apparait en 1763 dans l'inventaire après-décès de Jean-François Oeben, qui fut sans conteste l'ébéniste attitré de madame de Pompadour, "Item, deux corps de commode de bois d'acajou massif, (...) garnis chacun de de trois tiroirs, dans le milieu deux petites portes sur le côté, prisés ensemble 220 livres".

Parmi les commodes estampillées de Jean-François Oeben pouvant correspondre au modèle de Ménars, deux commodes possèdent une marque incisée en creux sous le marbre, n°10  pour celle de l'ancienne collection Lagarfeld (présentée à l'exposition Madame de Pompadour et les arts en 2002, n° 151) et n° 17 pour notre commode.  Le modèle est srupuleusement indentique avec un rang de trois tiroirs en ceinture, deux tiroirs au centre, flanqués de deux vantaux , les dix anneaux de tirage à pastille et la forme originale des sabots en bronze doré.  A ces deux commodes, il convient d'associer six autres commodes de ce type (vente Paris, palais Galliera, le 22 novembre 1982, lot 144 ; vente Cheverny, 23 juin 1990, lot 416 ;  vente Paris, Me Cornette de saint-Cyr, le 4 novembre 1995, une paire ; vente Sotheby's Zurich le 10 décembre 1996, lot 448 et une commode reproduite A. Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, 1989, p. 260, fig. 275). Elles ont en commun un détail particulier : le profil du plateau en marbre, avec deux moulurations en doucine, un débord médian surmontant une nouvelle double mouluration en retrait.  Il est donc tentant d'identifier ces commodes "à la grecque" avec celles en acajou livrées pour le château de Ménars, la répétition identique du modèle et sa présence en grand nombre nombre dans ce château confortant la réelle plausibilité de cette provenance. Par ailleurs la présence de la marque incisée sous le marbre indique que les plateaux coiffaient indistinctement les commodes "à la grecque" en acajou et satiné et que ces numéros n'indiquaient pas une localisation dans le château, par exemple la chambre à coucher de l'appartement 17.
En revanche les différentes variétés de marbre  des plateaux, campan mélangé, rouge Languedoc ou brèche d'Alep devaient correspondre à celles utilisées pour la réalisation de la cheminée de la pièce.

Mme de Pompadour acquiert Ménars en juin 1760 et entreprend d'importants travaux de rénovation et d'aménagement résolument "modernes". C'est à cette période qu'elle paye à Jean-François Oeben 17.400 livres "comme acompte sur des meubles à fournir pour ses différentes maisons" et que ce dernier achète "trente-quatre madriers d'acajou (...) par l'ordre et pour le compte de la dite dame marquise de Pompadour pour être employés à faire des meubles pour les les différentes maisons de la dite dame"  (inv. de Jean-François Oeben, op. cit.). A la mort de la marquise, Ménars et son contenu reviennent à son frère le marquis de Marigny qui poursuivit l'oeuvre commencée. Contrairement à ce qu'il fit pour les autres résidences, il conserva Ménars à peu près intact, probalement en raison du caractère moderne de l'ameublement.