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Exceptionnelle statue, Songye, République Démocratique du Congo
Description
- Songye
- Exceptionnelle statue
- haut. 87 cm
- 34 1/4 in
Provenance
Collection Hans Schneckenburger, Munich
Literature
Neyt, La redoutable statuaire Songye d'Afrique Centrale, 2004 : 96 et 97, n° 59
Catalogue Note
En 1972, Philippe Guimiot s'installe à Bruxelles, où transite l'essentiel des objets de l'ex. Zaïre (République Démocratique du Congo). De cet art puissamment représenté dans la collection, cette statue s'impose comme l'un des chefs-d'œuvre magistraux.
Elle fut collectée sur le terrain par Karel Plasmans, ingénieur agronome belge, qui travailla pour la Cotonco de 1955 à 1972. Passionné par l'art et la culture Songye, il mena en particulier des recherches approfondies sur leur tradition orale - notes sur lesquelles s'appuyèrent Dunja Hersak et J.W Mestach pour leurs ouvrages respectifs, publiés en 1985. Chaque masque et statue rapportés par Plasmans étaient accompagnés d'une documentation précisant son lieu de collecte, ainsi que les pratiques cultuelles et magiques s'y rattachant.
cf. Hersak (1985 : 165) et Sotheby's (Paris, 23 juin 2006, n° 110) pour une autre importante statue Songye collectée par Karel Plasmans, anciennement dans la collection Baudouin de Grunne puis Roger Vanthournout.
Plasmans ne publia jamais ses précieuses notes de terrain, aujourd'hui inaccessibles. Mais les caractéristiques morphologiques de l'œuvre permettent de la rattacher aux archétypes stylistiques des Songye Occidentaux, et en particulier à la tradition des Eki et des Kalebwe. Dans son ouvrage consacré à La redoutable statuaire Songye d'Afrique Centrale, c'est à partir d'elle que François Neyt identifie dans cette région un style très individualisé et résumé à un corpus restreint, défini notamment par la coiffure surmontée de quatre tresses dressées.
S'appuyant sur les notes de Plasmans et sur ses propres travaux de terrain, Hersak souligne combien les statues mankisi (sing. nkisi) renvoient - à la fois dans leur contexte rituel et dans leur conception - au mythe d'origine et à la cosmogonie Songye (Hersak, 1985 : 126-128). Parmi les astres et éléments engendrés par le Dieu créateur Efile, la terre et la lune apparaissent rituellement comme majeurs - importance qui se traduit dans le langage sculptural. Le personnage à la pose puissamment ancrée à la terre et le mouvement ascendant des nattes et de la corne pointant ensemble vers le ciel en constituent ici une des démonstrations les plus éloquentes.
Médiateurs entre les esprits et les hommes, les statues mankishi étaient réalisées à la fois pour guérir, protéger, apporter chance et fécondité. Tandis que celles de petite dimension étaient réservées à un usage personnel, les statues de grande dimension, comme celle présentée ici, étaient destinées à protéger l'ensemble de la communauté, souvent pendant plusieurs générations. Le nkishi communautaire était placé sous la protection d'un gardien, censé traduire les messages du nkishi sous l'emprise de la possession médiumnique (Hersak, 1985 : 132).
A la dualité essentielle qu'exprime le nkisi s'ajoute celle de la paternité de la statue, résultat du talent de deux spécialistes : le sculpteur et le nganga. C'est ce dernier qui confectionne les composantes magiques (bishimba) incorporées ici, dans la cavité percée dans l'abdomen, au sommet de la tête, à l'arrière du cou et dans la jambe gauche (Baeke, 2004 : 18-20). De l'efficacité de ces médecines dépendra la valeur du nkisi ; tandis qu'ici sa beauté - perfection de la composition géométrique et sensibilité des modelés - traduit, par la main d'un très grand sculpteur, toute la complexité et la richesse de la pensée Songye.
Force et sensibilité : probablement les deux vocables exprimant avec le plus de justesse les sentiments exaltés par ce chef-d'œuvre de la statuaire Songye.
An exceptional Songe power figure, Democratic Republic of the Congo
ATTENTION LE PREMIER PARAGRAPH N A PAS ETE TRADUIT
Plasmans never published his precious field notes, which are inaccessible today. However, due to the morphological characteristics of this large Songe, it can be linked to the stylistic archetypes of the western Songe tribes and in particular with the Eki and Kalebwe tradition. In his important work La redoutable statuaire Songye d'Afrique Centrale, François Neyt identifies a very specific style based on this tradition, making up a limited corpus, most notably defined by the hairstyle topped with four upright braids.
Based upon Plasman's notes and upon his own fieldwork, Hersak underlined the extent to which the mankishi (sing. nkishi) echo—both in their ritualistic context and in their conception—the Songye origin myth and cosmogony (Hersak, 1985: 126-128). The sculptural language clearly expresses the important position of the earth and the moon in the midst of the stars and other elements generated by the Creator God, Efile. The figure is portrayed as being firmly rooted to the earth while the upward movement of the braids pointing skyward along with the horn represent one of the most eloquent examples this importance.
As mediators between the world of the spirits and that of men, the mankishi, were created to heal and protect, as well as to bring luck and fertility. While sculptures of small dimensions were destined for personal use, the larger statues, like the one presented here, were meant to protect the entire community, often for several generations. The community nkishi were placed under the protection of a guardian who was expected to translate the messages of the nkishi while under the powers of a medium (Hersak, 1985: 132).
The intrinsic duality expressed in the nkishi, is further increased by the dual creators of the statue, combining the talent of two specialists: the sculptor and the nganga. It is the latter who prepares the magical components (bishimba) which are placed (as in this piece) in the cavities hollowed out of the abdomen and in the horn (Baeke, 2004: 18-20). The value of the nikishi will depend upon how effective these medicines are, in this instance however, the beauty of the piece—its perfect geometric composition and sensitive curves—expresses, through the sculptor's masterful hand, the great complexity and richness of Songye thought.
Power and sensitivity: these are undoubtedly the two words which can most accurately express the feelings inspired by this masterpiece of Songye statuary.