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Ensemble de 42 lettres à divers destinataires dont Lucien Descaves, Emile Bernard, Jean Lorrain, Odilon Redon, Robert Caze,.. 1877-1906.
Description
- Huÿsmans, Joris-Karl
- Ensemble de 42 lettres à divers destinataires dont Lucien Descaves, Emile Bernard, Jean Lorrain, Odilon Redon, Robert Caze,..1877-1906.
pièces jointes : deux lettres autographes signées de Don Besse mentionnant Huÿsmans. - une note autographe sur l'architecture. «Boulevard Arago 18 Grande maison». - une photographie représentant Huÿsmans fumant, accoudé à une cheminée. - un envoi autographe signé sur un feuillet volant. - tiré à part de la préface à En Route pour l'édition de 1896.
Catalogue Note
Bel ensemble de lettres de Huÿsmans à ses amis ou des connaissances. Pour certaines lettres, les destinataires nous sont restés inconnus. Ces lettres témoignent des premiers pas du Naturalisme, des considérations sur la littérature et l'art, sa conversion, ses opinions sur la politique, l'Eglise et la foi : un condensé de la vie de l'écrivain.
Des lettres sont adressées à Marius Roux, ami de Zola et de Flaubert, Vielé-Griffin, Robert Caze, Odilon Redon, Emile Bernard.
Il aborde des questions littéraires, donne son avis sur les ouvrages de ses correspondants, explique son amitié avec l'abbé Boullan, prêtre sataniste qui l'ouvrit à l'occultisme par l'intermédiaire de Berthe Courrière. Du prêtre sataniste, il passe au directeur de conscience et annonce, en 1891, à Jean Lorrain, « homme perdu », sa rencontre avec l'abbé Mugnier.
Sur la littérature et l'art, apparaissent au fil de la lecture les doutes de l'auteur et les difficultés à accoucher d'un ouvrage, même pour lui, si prolixe. Peut-être ses doutes viennent-ils de son passage du statut de chantre du décadentisme à celui d'auteur catholique. Ainsi En route, ouvrage sur sa conversion, est une épreuve : « Je suis avec cela, saoul de mon livre, dégouté de cette prose filasse pieuse ; au fond, il n'y a qu'Hugo qui aurait pu régénérer cette langue abêtie par des années de bondieuserie et contaminée par toutes les chaires. Sans lui, c'est gris et gnan-gnan. Ça n'a pas de consistance, ça flue comme une vesse de sacristie ». Sans pour autant que les difficultés le poussent à l'abandon, il rassure les sceptiques : « Je ne renonce donc pas du tout à la littérature, en entrant au cloitre. C'est juste le contraire ». Alors, pour se « ressourcer », il retrouve quelques anciens plaisirs à la lecture de Monsieur de Phocas de Jean Lorrain et adresse à son auteur ce compliment : « Je crois très franchement que votre littérature reste le plus sérieux de mes vices. (...) je ne puis m'empêcher de savourer les odorantes saumures dans lesquelles marine l'âme de M. de Phocas. ». En revanche, son jugement sur Octave Mirbeau est sans complaisance : « Mirbeau est un impulsif doublé d'un imbécile. »
La conversion ne l'éloigne pas de son amour pour l'art moderne, ainsi il remercie le peintre Emile Bernard pour une crucifixion qu'il lui a envoyé : « Pour l'art catholique, il faut s'attendre à tout. Les seuls encouragements (...) viennent des infidèles accessibles au moins à l'art ; quant aux croyants, ce sont des sublimés d'ignorance, des coulis d'imbécillité qui finissent par attirer les persécutions qui commencent ».
Ces persécutions, il les vit en première ligne et malgré l'isolement de Ligugé, il est informé : « (...) il n'y a pas d'illusions à se faire, le siècle commencera pas la persécution des Ordres (...) [et] tout est chambardé dans ma nouvelle vie ». Il s'apprête donc pieusement « à recommencer le journalisme (...) et se soumettre à la volonté de Dieu ».
Sa nouvelle vie ne le prive pourtant pas de son indépendance de ton ni de son regard acerbe : « (...) la religion interdit les soubresauts amoureux qui n'étaient point sans grâce pourtant (...) Ça n'est pas surélevé, et le coït était certainement plus noble, mais l'Eglise a fait tant de chi-chi pour les amoureuses fredaines, qu'Elle nous a rejeté dans le ventre même, au lieu du dessous. Il n'y a qu'à s'incliner... en attendant qu'Elle accepte des idées plus libres, moins coco, moins dessous de lampe ! »
Et de se résumer à Maurice de Fleury : "je crois tout de même qu'au fond, je représente la gaieté française. En y songeant bien !!"