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37 lettres autographes signées à Henri Parisot. 1945-1948.
Description
- Hans Bellmer
- 37 lettres autographes signées à Henri Parisot.1945-1948.
Catalogue Note
Impressionnante correspondance de Bellmer à Parisot sur leurs projets respectifs, leur collaboration, les difficultés quotidiennes ou familiales de Bellmer, le mouvement surréaliste, à une période charnière dans la vie de l'artiste. Dans un dénuement presque total, il semble partagé entre un désir brutal de création, des rencontres déterminantes, avec Bousquet (voir lot 113) ou Nora Mitrani et une lassitude dépressive devant les encombres, les exigences des éditeurs, les projets avortés, les regrets et désillusions sur le Surréalisme auquel il ne sera jamais complètement affilié.
Henri Parisot, poète, éditeur, traducteur, rencontre Bellmer vers le milieu des années 1930. Il le met en relation avec le groupe surréaliste ce qui permet à l'artiste d'exposer dans plusieurs expositions consacrées au mouvement. Après la guerre, alors que Bellmer est en proie à des difficultés familiales avec «ce gendarme à grands pieds qu'est [sa] femme», il survit dans le sud de la France en réalisant des portraits de notables ou d'artistes. Parisot et lui correspondent ce qui permet à Bellmer de rester informé des activités artistiques parisiennes auxquelles il participe ou tente de participer.
Ses projets sont nombreux. La réédition du roman noir de Michelet La Sorcière avec une préface de Bataille est un casse-tête à multiples rebondissements : changement d'éditeur, de collaborateurs puis de format. Finalement, cette « pas si mauvaise idée » ne verra jamais le jour à cause « de marchandages éternels qui [la rendit] dégueulasse ». En revanche, les Jeux de la Poupée sont en gestation et progressent. Elégance du « reliage », nécessité de « trouver des lettres d'impression caractéristiques pour le mot « Poupée » qui devrait être imprimé en rose cru ». Mais sa détresse financière est sous-jacente. Il se renseigne auprès de son ami sur les travaux des écrivains surréalistes en vue de trouver une collaboration lui permettant de gagner un peu d'argent. Breton, Péret qui « prépare une anthologie », Marcel Duchamp : « je pourrais lui demander un texte 'ready-made' », William Faulkner : « Vous croyez que William Faulkner serait abordable ? Le bruit et la fureur avait un parfum assez remarquable ». Il demande à plusieurs reprises des nouvelles des écrivains de Parisot telle que Gisèle Prassinos qui pourtant, dans une interview donnée plus tard à Sarah Druet, avouait : « Bellmer me faisait peur, parce qu'on m'avait dit qu'il aimait les petites filles ».
Bellmer travaille aussi à son traité théorique Petite anatomie de l'inconscient physique ou l'anatomie de l'image, issu en partie de sa collaboration avec Bousquet et pense à des associations avec, par exemple, Bataille : « j'ai lu le manuscrit de Bataille [La Tombe de Louis XXX] avec un intérêt assez passionné. C'est un document très important, même s'il n'y avait que le poème avec le « Herr Curé » et le passage où le moi-physique devient phallus. J'aimerais que Bataille me permette de citer ce passage dans mon 'Anatomie' ».
Mais les problèmes demeurent. Sa vie reste difficile entre "[sa] femme-barbue [qui] fait un enfer de [sa] vie ", sa rancœur contre les éditeurs comme " ce sale entrepreneur en littérature : Seghers qui a volé dans mon Album le dessin n°1 (...) C'est d'une insolence telle que ça m'a coupé la respiration ", ou encore " ce cochon de Zervos ", directeur des Cahiers d'Art, qui refuse de lui rendre ses originaux.
Cet ensemble éclaire formidablement, avec force détails, une des périodes décisives de la vie et de la création de Bellmer.