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Lettres à la Princesse. Correspondance autographe à la Princesse Mathilde. 1861-1869.
Description
- Sainte-Beuve, Charles Augustin
- Lettres à la Princesse.Correspondance autographe à la Princesse Mathilde.1861-1869.
reliure signée m. brisson. Maroquin vert, encadrement floral à froid et filets dorés sur les plats, dos à nerfs.
En-tête du volume, cette note manuscrite de Jules Troubat : « Lettres autographes de Sainte-Beuve à Madame la Princesse Mathilde , qui les rendit en échange des siennes à la mort de l'illustre critique. Elles furent publiées chez Michel Lévy avec des coupures et des initiales, dont le présent manuscrit, garanti intact et complet, comble les lacunes. Il passe aujourd'hui des mains du légataire universel de Sainte-Beuve en celles d'un homme sûr et droit, et l'un des esprits les plus éclairés de notre temps, Jules Claretie, resté fidèle à la mémoire intellectuelle du maître. Jules Troubat. Paris, 26 octobre 1892 ».
Provenance
Catalogue Note
A l'automne 1841, chez la maréchale Suchet à Auteuil, la princesse Mathilde "voit un homme qui décidera un jour ses opinions et le choix de ses amis, Charles Augustin Sainte-Beuve (...) Après quelques mois d'observation réciproque dont le début doit remonter à juin 1861 - époque où commence entre eux une importante correspondance (...) - l'alliance fut scellée lorsque l'homme de lettres offrit à Mathilde la copie manuscrite d'un portrait qu'il avait fait d'elle pour la galerie Bonaparte (...) Leur correspondance devint presque quotidienne. Elle aimait le gâter, lui envoyait des présents (...) " et de Sainte-Beuve, Mathilde recevait un peu de tout, échos, demi-secrets, recommandations en faveur d'amis, quelques idées au vol, des privautés" (Jérôme Picon. Mathilde princesse Bonaparte, Flammarion, 2005, p. 182 et s.).
Cette passionnante correspondance - outre les lettres de remerciements à de petits cadeaux, les réponses à des invitations, les lettres de politesse ou de recommandation - nous éclaire sur Sainte-Beuve critique de son temps. Il lui parle de littérature (les articles qu'il prépare), évoque Taine, Renan, Flaubert, Georges Sand, Salammbô, les Goncourt, les diners Magny, et décortique aussi la politique (Napoléon III, les lois, la position de la presse).
Cet ensemble, qui s'étend sur huit années, contient selon Troubat « des portraits et jugements vifs, pris sur nature, à la La Bruyère, avec la soudaineté en plus ».
Cette correspondance se clôt le 17 janvier 1869 avec une lettre légendée par son auteur : "Lettre à la Princesse Mathilde après sa visite au sujet de mon entrée au Temps". Sainte-Beuve s'était vu refuser un article par le Moniteur car il contenait une charge très anti-cléricale : "Le livre se ferme pour moi ce jour là à 5 heures et demi du soir : se rouvrira-t'il jamais un jour ? [...] Tout ce qui a précédé vit et vivra. En ceci du moins je garderai la foi qui me manque si souvent ailleurs : même lorsque je ne pourrai plus espérer, j'attendrai encore et une voix du dedans murmurera tout au fond de moi : non ce n'est pas possible".
Et pourtant oui, leur correspondance et leur amitié s'arrêtèrent là.
Voici un cours résumé des points abordés par Sainte-Beuve dans cette correspondance :
1861 : Changement de ministère. Article sur Madame Swetchine.
1862 : Portrait de la Princesse pour La Galerie Bonaparte de l'éditeur allemand Glaeser. Renan, Thiers, Auguste Barbier. Projet d'article sur Cavour. Situation de la presse face à Napoléon III. Banquet de Bruxelles pour la sortie des Misérables. Lecture de Salammbô. « Je m'étais fait un idéal de l'Empire ; j'aurai voulu que l'Empereur fit chaque jour quelque chose d'imprévu, de neuf et de bien ... » (19 Xbre 62).
1863 : Mérimée et l'Impératrice. Renan "s'adresse plutôt à l'esprit, à l'intelligence...". Au sujet d'un article de George Sand sur Salammbô, "Berlioz de même admire Salammbô" (27 janvier). Parmis tous ses articles il parle de celui sur Fromentin"C'est un romancier aussi délicat que d'autres le sont peu, et il est vrai en même temps". Duruy. Il est beaucoup question de Girardin. Gavarni. Furieux contre Mgr Dupanloup qui a attaqué Taine, Renan et Littré. Articles sur Horace Vernet, Molière. Luttes au Constitutionnel (...) sur l'article de Deschanel. Camille Doucet et sa candidature à l'Académie "je pense qu'il doit se présenter". Ingres. Son séjour à la cour à Compiègne. Lui conseille des lectures (Montesquieu, Marc-Aurèle....), lui recommande un professeur d'histoire (Zeller).
1864 : Représentation du Marquis de Villemer de Georges Sand. Réception de Dufaure à l'Académie. Article sur Emile De Girardin. Ses problèmes de santé. Mort d'Ampère. au sujet d'un article de George Sand sur le William Shakespeare d'Hugo (lettre du 17 mai avec note de Troubat précisant que cette dernière n'a pas été reprise dans l'ouvrage). A propos des cours de zeller. Il l'encourage à "jeter sur le papier ce que vous savez, surtout aux environs d'une certaine époque" (1er juillet 1864). ses articles sur Taine, Marie Lecinszka, Marie Antoinette. Le Prince Napoléon. Son échec de nomination au Sénat.... Puis long passage sur Napoléon dans la lettre du 22 décembre "Le Génie n'était une question pour personne ; assez de monuments, de victoires et de grandeur civile étaient debout. Mais les débris de la chûte jonchaient le sol autour de la statue, même relevée, et empéchaient d'en faire le tour. La Restauration.... Le régime de Louis-Philippe".
1865 : Il allège sa chaîne du Constitutionnel et ne donnera qu'un article par semaine. Evoque le Prince Napoléon. Corrige un discours de la Princesse. Commente Henriette Maréchal des Goncourt, qui sont ses amis et ceux de la Princesse.
1866 : évoque des tableaux, sa santé, Les Nouveaux lundis, lmes dîners Magny...
1867 : Mort de Ingres. Saint Victor, Girardin. Candidature de Théophile Gautier à l'Académie. Impotante lettre du 9 octobre dans laquelle il critique la politique de la France.
1868 : il vieillit, est malade. Evoque leur ami commun Flaubert, Gautier. Discours au Sénat sur la loi sur la presse et la liberté d'enseignement.
17 janvier 1869 : il évoque la brouille qu'il ne comprend pas, ne se trouvant aucun tort personnel.