Lot 100
  • 100

Lettre autographe signée "Fély" à Emile Leclercq. (c. 1863)

Estimate
25,000 - 35,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed

Description

  • Rops, Félicien
  • Lettre autographe signée "Fély" à Emile Leclercq.(c. 1863)
12 pages in-8 (208 x 136 mm), à l'encre sur papier vergé à son chiffre. Déchirure à la pliure du premier feuillet.
La lettre est illustrée de 9 dessins originaux à la plume, mine de plomb et estompe.

Catalogue Note

Le spleen de l'artiste se ressent déjà dans le dessin d'ouverture qui le représente las, en chasseur regardant la plaine au loin tandis que le lièvre et l'oiseau s'enfuient derrière l'arbre. Rops est en effet très mélancolique suite à son échec amoureux avec une comédienne jouant Némea dans l'opéra Si j'était Roi de Alphonse Adam, en représentation à Namur :"Au moment où je t'écris Elle épouse le pêcheur Zéphoris, dans un paysage fantastique (...) et je ne suis pas là". Il résiste à la tentation de se rendre au spectacle à l'etonnement de son valet Pierre, qui le dessine tel qu'il le décrit "le menton entre le pouce et l'index".
Il se plaint à son ami, l'écrivain belge Emile Leclerq (1827-1907) que la science et les médecins n'aient pu guérir sa maladie de coeur : "Quand l'on songe que vous êtes trois millions d'imbéciles qui tripotaillez dans le corps humain depuis dix siècles & vous n'êtes pas encore arrivé à guérir un homme brun d'une femme blonde". Suit le dessin de trois médecins inspectant dans un bocal, un coeur transpercé et arborrant une couronne funéraire et l'étiquette "Affectation du coeur", sous le regard espiègle d'un chérubin. Rops voit son cas vraiment désespéré.
Il se décrit "fou, à la fois touchant et grotesque, (...) avec mon costume moyen-age" quand il lui faudrait se vétir "des habits noirs du Positivisme". Il dessine alors deux bourgeois respectables, tel qu'il aurait dû être. Il préfère rester "atteint des folies douces (...) bâtisseur de châteaux dans toutes les Espagnes, regardeur d'étoiles en plein midi, faiseur de tempête dans les gouttes d'eau". Il évoque ses origines espagnoles et hongroises et souhaiterait "retourner là-bas, d'où le vieux Boleslaw Rops était venu, courir à cheval avec mes frères de steppe, sous le brandebourg d'or, fier & inutile comme l'aigle. - Partir loin de la bétise de l'or, de l'esprit parisien, de la musique de Mr. Auber, de la peinture de Leys (...) - Partir pour vivre enfin ma vie dans la fièvre du mouvement, au son des fanfares Hongroises (...) Je veux finir à Charenton. Être fou quel rêve !" . Il s'imagine interné pour folie amoureuse et dessine une porte de cachot immatriculée n°1227 avec la mention "Fou par amour dangereux" avec à côté une pancarte indicant "Les Dames sont priées de ne pas agacer le n° 1227".
Il termine sa lettre à l'aube et exprime une mélancolie de clown triste  "Allons ! Doux Idiot, remets ton masque railleur & cache au public bête les larmes de tes yeux !".

Très belle lettre à la fois mélancolique et pleine de vie où Rops, malgré sa déception amoureuse se réjouit de la voie qui est la sienne auprès des artistes et des saltimbanques.