Lot 89
  • 89

Importante figure de reliquaire, Mahongwe , Gabon

Estimate
150,000 - 200,000 EUR
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bidding is closed

Description

  • Importante figure de reliquaire, Mahongwe
  • wood and metal
  • haut. 61 cm
  • 24 in

Provenance

Collection Pierre et Claude Vérité, Paris
Arts Primitifs. Collection Vérité, Paris, Hôtel Drouot, 17 juin 2006, n° 200

Condition

The left eye has been restored. Deep erosion to the base, as a result of insect damage caused by prolonged insertion into the reliquary basket. Otherwise in very good condition overall.
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Catalogue Note

Les figures de reliquaire Kota-Mahongwe et la figure d'ancêtre de l'ancienne collection Vérité

Depuis les collectes historiques du prospecteur allemand Oscar Lenz en 1874 (objet conservé au Ethnologisches Museum, Staatliche Museen zu Berlin, Inv. N° III C 1088, 53.5 cm) et de Joseph Michaud, un des compagnons de Pierre Savorgnan de Brazza, vers 1880 (objet conservé au Musée du Quai Branly, Inv. N° MH 86.77.2, 49 cm/ 57 cm avec le paquet de fibres du piétement), et jusqu'aux années 1930, on ignorait à peu près tout à propos de ces représentations d'ancêtres à la stylisation si particulière rappelant la tête dressée d'un serpent naja, et attribuées un peu hâtivement et faute de mieux, aux « Ossyeba » de l'Ivindo. 

Car c'est finalement dans la région de Mékambo, où toute une série d'effigies de ce type a été mise au jour dans les années 1960-70, que le mystère a pu être éclairci. Les « boho-na-bwete », c'est-à-dire littéralement les « visages de l'ancêtre Bwete », sont alors définitivement à attribuer aux Kota-Mahongwe, un peuple de quelques milliers de personnes, localisé au nord de la vaste mosaïque des « Kota » au nord-est du Gabon et de la zone limitrophe du Congo Brazzaville, entre Mékambo et Kellé. Plusieurs pièces de fouilles furent ainsi fortuitement trouvées et exposées au Musée des Arts et Traditions du Gabon de Libreville en 1969 ; d'autres avaient été découvertes entre-temps par Jacques Kerchache en 1967 qui les exposa à Paris (cf. « Le M'boueti des Mahongwe, Gabon »). Ces trouvailles furent paradoxalement rendues possibles par l'action des missionnaires catholiques qui dans les années 1930-40 s'étaient efforcé d'éradiquer dans la région de l'Ivindo un culte des ancêtres lié, leur avait-il semblé, aux pratiques de sorcellerie. [...] Ils brûlèrent, enfouirent dans des puits ou encore jetèrent dans les rivières, un grand nombre d'effigies ancestrales, symboles honnis de la tradition. Les notables mahongwe réussirent à l'époque à soustraire beaucoup de ces sculptures ainsi que des reliques familiales de ces autodafés, en les cachant en forêt, notamment dans d'anciennes nécropoles situées très à l'écart des villages.

Ces trouvailles quasi « archéologiques », dans des puits ou d'anciens villages, comprenaient des « grandes » figures (# 50 à 60 cm) et des « petites » figures (15 à 25 cm), de morphologie faciale bien distincte et reconnaissable. Les grandes figures en large ou haute ogive représentaient des fondateurs de famille ; les plus petites des personnages moins importants. Toujours associées les unes aux autres pour le culte des ancêtres du Bwete, elles surmontaient, attachées par des cordes de fibres, les grands paniers-reliquaires en vannerie contenant les crânes des défunts importants de la famille (cf. « Arts du Gabon », 1979, p.128 et sq. ; « L'esprit de la Forêt. Terres du Gabon », 1997, p. 113-114 et illustration datée de 1925 « village de Matote, District de Kemboma, Ivindo », documentation Pierre Amrouche).

Le cuivre qui était le plus souvent du laiton, importé par les Européens dès le XIXè siècle, était « précieux » et rare dans la région équatoriale. Ce métal jaune ou rouge conférait aux représentations d'ancêtres un surplus de valeur symbolique que le fer, abondant en pays Kota, ne suffisait plus à apporter. A noter que les officiants du culte des ancêtres (appelés nganga-bwete) avaient l'habitude de frotter les plaques et lamelles de laiton avec du sable au moment des rituels afin de les rendre brillantes. Plus avant dans le passé, la tradition rapporte que les Kota-Mahongwe échangeaient du « sel végétal », dont ils étaient de grands producteurs, contre du cuivre autochtone extrait des mines locales de la vallée du Niari au Congo.

La grande stature de cette effigie - 61 cm - indique qu'il s'agit d'une représentation d'un chef de lignage. L'âme de bois en est mince et finement incurvée sur toute sa surface, ce qui confère à ce visage stylisé une réelle majesté. Le piètement, à ouverture transversale, est décoré, tant au recto qu'au verso, de fines plaquettes de laiton dont l'une présente un motif traité au repoussé, figurant peut-être un personnage ou un masque en train de danser ? La base du piétement est patinée et rongé par les xylophages, l'indice d'une longue insertion dans un panier à crânes. Au revers et à l'aplomb du chignon torsadé sommital, une tresse à trois éléments, plaquée de métal, représente l'ancienne coiffure (appelée ibenda) des kani, les grands initiés des Kota-Mahongwe de jadis. Compte tenu de la patine du métal, la figure Vérité n'est pas une pièce de fouille : on ignore cependant quand elle fut acquise par Pierre Vérité (quelques spécimens ont probablement été collectés avant la guerre, une époque où les effigies étaient encore en usage en pays Kota-Mahongwe).

Quelques œuvres de référence.

Parmi les effigies kota-mahongwe connues, non seulement anciennes mais aussi de qualité – celle-ci étant induite non seulement par la forme générale de la figure mais aussi par le soin apporté au sertissage des lamelles, ces dernières devant être parfaitement jointives -, auxquelles on peut comparer utilement le « boho-na-bwete » de l'ancienne collection Vérité, on peut évoquer quelques œuvres de référence, outre les deux spécimens historiques mentionnés plus haut, telles que la majestueuse figure (53 cm) de l'ancienne collection André Fourquet, Paris (cf. Eternal Ancestors, The Art of the Central African Reliquary, 2007, Metropolitan Museum of Art, New York, notice n° 52, p. 214) mais aussi les quatre autres objets spécialement choisis par Alisa LaGamma pour l'exposition de New York (notices n° 53 à 56, pp. 216 à 220) dont notamment le Kota-Mahongwe de l'ancienne collection Rasmussen (collection W. et U. Horstmann, Suisse) et celui de l'ancienne collection M. et D. Ginzberg ; mais aussi, un des chefs-d'œuvre du Musée Dapper, Paris : la grande et magnifique figure de l'ancienne collection Charles Ratton (59 cm, Inv. N° 0620) au piétement finement décoré.

Commentaire de Louis Perrois, octobre 2009
cf. www. Sothebys.com pour l'intégralité du texte de Louis Perrois

Kota-Mahongwe reliquary figures and the ancestor figure from the Vérité Collection

From the time that they were collected by the German prospector Oscar Lenz in 1874 (figure in the Ethnologisches Museum, Staatliche Museen zu Berlin, Inv. No. III C 1088, 53.5 cm) and Joseph Michaud, a companion of Pierre Savorgnan de Brazza, around 1880 (figure in the Musée du Quai Branly, Inv. No. MH 86.77.2, 49 cm, 57 cm including the fibre package at the base) until the 1930s, people were largely unaware of any particular details about these distinctive ancestor figures, with their cobra-like heads. For want of an alternative they were hastily attributed to the 'Ossyeba' of Ivindo.

When in the 1960s and 1970s a whole series of these figures saw the light of day in the Mekambo region, the mystery concerning their origin and use began to clear. The 'boho-na-bwete', literally 'faces of the Bwete ancestors' could be definitively attributed to the Kota-Mahongwe, a people of a few thousand, located at the north of the vast mosaic of 'Kota' people in the north-east of Gabon and the area bordering the Republic of the Congo, between Mékambo and Kellé. Several excavated objects were fortuitously found and exhibited in the Musée des Arts et Traditions du Gabon, Libreville, in 1969, whilst during the same period Jacques Kerchache found other examples, which were exhibited in Paris in 1967 (cf. Le M'boueti des Mahongwe, Gabon). Paradoxically, these lucky finds were made possible by the actions of Catholic missionaries, who in the 1930-40s were endeavouring to eradicate ancestor worship in the Ivindo region, in the belief that the practice was connected with witchcraft. The missionaries therefore burnt many of these ancestral figures, or threw them down wells or into rivers. However, some Mahongwe people succeeded in removing these important figures and other family relics from their villages, sparing them from the auto-da-fé of the missionaries by concealing them either in forests or in old cemeteries, which were located far from the villages.

These quasi 'archaeological' discoveries, eventually found in wells or old villages, comprise both 'large' (50–60 cm) and 'small' (15–25 cm) figures, all with a distinctive and recognisable facial morphology. The larger figures, with a broad or high torpedo-shaped face, represent the founders of the family, whilst the smaller figures represent less important people. Always associated with the Bwete ancestor cult, both types of figure were attached with cord to the top of the large reliquary baskets which contained the skulls of important ancestors (cf. Arts du Gabon, 1979, p. 128 [etc.], L'esprit de la Forêt. Terres du Gabon, 1997, p. 113-114 and a drawing of 1925 entitled 'village de Matote, District de Kemboma, Ivindo' in the possession of Pierre Amrouche) [...]

At 61 cm tall, the large height of this figure indicates that it was made to represent the head of a particular line. The thin and delicate curve of the surface confers a real sense of majesty to the stylised face. Both the recto and verso of the transversally open base are embellished with fine brass plates, one with a repoussé motif which may depict a figure or a mask in the midst of a dance. The patina on the bottom of the base and evidence that the wood has been gnawed at by insects are sure signs that for a long time the base was inserted into the reliquary basket. On the reverse the three braids which fall from the top of the twisted chignon represent the old fashioned ibenda hair-style of the kani, Kota-Mahongwe initiates. Whilst an examination of the patina allows one to rule out the possibility that this figure was excavated, there is no indication as to when it was acquired by Pierre Vérité, although we do know that some examples were collected before the Second World War, a time when the figures were still used in the Kota-Mahongwe country.

Some comparable figures

The Vérité figure counts amongst the known Kota-Mahongwe figures which are of quality as well as age, not only because of its general form, but also by virtue of the considerable skill with which the metal plates have been attached, a process which requires careful positioning to ensure the perfect joins evident here. Alongside the two historic figures previously mentioned, one can also usefully compare the Vérité boho-na-bwete to a small group of other 'reference works', including the majestic figure (53 cm tall) which formerly belonged to Andre Fourquet, Paris (see Eternal Ancestors: The Art of the Central African Reliquary, 2007, Metropolitan Museum of Art, New York, cat. no. 52, p. 214) and four other works selected by Alisa LaGamma for the same exhibition (see notes 53–56, pp. 216–220): the Kota-Mahongwe once in the Rasmussen collection (Horstmann collection, Switzerland), the figure from the Ginzberg collection, and a masterpiece from the Musée Dapper in Paris – a magnificent and large figure with a finely decorated base which once belonged to Charles Ratton (Inv. No. 0620).

Louis Perrois, September 2009

See www.sothebys.com for the full text of this article