Lot 12
  • 12

"Amsterdam", "Les Timides" manuscrits complets. [1964].

Estimate
50,000 - 70,000 EUR
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Description

  • Brel, Jacques
  • "Amsterdam", "Les Timides" manuscrits complets.[1964].
Cahier à spirale grand in-4 (220 x 170 mm) vert, 59 pages écrites et un feuillet in-folio. Sur le premier plat on peut lire : "33 T 25 Special / Beau et con / Coqueteleux / Enfant / Enterrement d'un grand amour / Chanson Americaine" et sur le second plat : "Buvons Zeebrugge / Valises Timide / Coqueteleux / Casino (...)". Autres titres mentionnés sur l'intérieur de chaque plat.
Encre noire, bleue et crayon à papier.

le cahier comprend :
- Les Timides, 4 couplets, avec variantes (3 p.). 
- Amsterdam, 4 couplets, avec variantes, la chute du manuscrit se trouve à la fin du cahier. Multiples ratures, corrections et ajouts (6 p.).
- La Chanson de Jacky, 4 couplets. Nombreuses ratures, corrections et ajouts. (4 p.).
- Cheval, 4 couplets, variantes de la version définitive sans la chute, (5 p.). Ratures, corrections et ajouts. 
- L'Age idiot, ébauches des 1er, 2e et 4e couplets (2 p.). Nombreuses ratures, corrections et ajouts.
- Des notes pour les chansons Grand-Mère (3 p.), La Ville s'endormait (1 p. et 1 f. détaché du cahier), Je m'en remets à toi, et diverses notes et titres de chansons : Tu reviendras-dis, Mon enfance, Les Von Zelder (32 p.).

Literature

Perciot, p. 9, 78 -- Brel, O.I., p. 262-265, 295-296,299-302, 319-320, 324-325, 347-349 -- Robine, p. 254-256.

Catalogue Note

Lorsque Brel compose Amsterdam, il imagine une chanson de marin ressemblant à un tableau de Bruegel, avec une note classique d'accordéon en sourdine (Cinémonde, 13.10.1964, Jacques Perciot).
Sur son cahier, il commence par écrire ce couplet : "dans le port d'amsterdam / Y a des marins qui boivent / qui boivent et qui reboivent / A [la sante des dames] et qui boivent encore (...)" chiffré "2" corrigé par un "3". Au-dessous, il compose un autre couplet chiffré "2" corrigé par un "4" ; les derniers vers sont écrits à la fin du cahier. Ces couplets seront respectivement les 3e et 4e de la version définitive de la chanson.
Sur la page suivante, il semble avoir écrit rapidement : "Buvons à la Santé des femmes qui nous attende" (sic), puis quelques lignes plus bas : "Dans le port d'Amsterdam y a d marins qui boivent" avec encadré à côté quatre verbes conjugés à la troisième personne du pluriel qui vont former la chute des deuxièmes vers de chaque couplet : "pleurent / dansent / chantent / mangent", "pleurent" ne sera pas conservé.
Il élabore ensuite sur deux colonnes la matrice du deuxième couplet notant seulement la chute de chacun : "Amsterdam / mangent", vient ensuite "des poissons ruisselants / sur des nappes trop blanches", deux vers annotés d'une double flèche signifiant leur inversion dans la version finale, puis le reste du couplet comporte de nombreuses ratures et corrections.
Sur une troisième page, Brel a rédigé un autre couplet, trois strophes de quatrains dont : "dans le port d'Amsterdam / y a des marins qui pleurent / qui pleurent sans faire de larmes / qui pleurent de l'interieur", les deux autres strophes du couplet seront annotées d'une accolade signifiant que Brel les conservera dans la version finale pour les inclure dans le premier couplet. En revanche, les quatre premiers ne satisfirent pas le chanteur qui en écrivit une nouvelle version (page faisant pendant à la précédente) : "Dans le port d'Amsterdam / y des marins qui chantent / [Puis des marins d'amsterdam] des rêves qui les hantent / Au large d'Amsterdam".

La chanson est interprétée pour la première fois sur scène en 1964. Brel aimait faire découvrir ses chansons à son public quelques jours après les avoir achevées. Chantée en ouverture à Versailles, le public ne l'accueillit pas avec enthousiasme. Ainsi, Brel préfèrera la chanter en troisième position à l'Olympia. Dès le premier couplet, le public est interloqué puis au terme de l'interprétation le succès est total (Marc Robine). En chantant ce magnifique poème, Brel ajoutera quelques variantes à la fin de la chanson en répétant le vers : "Dans le port d'Amsterdam" pour clore l'histoire de ce marin sur un magnifique crescendo.
Une des plus belles reprises de cette chanson est certainement l'interprétation qu'en a faite David Bowie en septembre 1973, accompagné par la seule guitare de Mick Ronson.

Un autre titre fut interprété sur scène lors du même concert à l'Olympia : Les Timides. Brel aimait dire : "Les Timides, c'est moi." (France Inter, Radioscopie, Jacques Chancel, 21.05.1973, Jacques Perciot). Le manuscrit est rédigé d'un seul tenant sur deux pages : "ca s'tortille / ca s'entortille / ca sautille / ca s'met en vrille / ca s'recroqueville / ca rêve d'etre un lapin / Peu importe d'ou ils sortent". Cette chanson est un magnifique poème sonore dont les sons traduisent l'embarras physique du timide. Selon Marc Robine : "chaque couplet - par la répétition des sonorités voisines (et molles : -ille, -isse, -ace, -esse, etc) - accentue encore cet embarras naturel des timides et leur indécision".