Lot 98
  • 98

Paire de bergères en hêtre sculpté et peint en gris d'époque Louis XVI estampillées A.P. DUPAIN, probablement livrées pour la reine Marie-Antoinette

Estimate
60,000 - 80,000 EUR
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Description

  • Haut. 100 cm, larg. 67 cm
  • Height 39 1/3 in; width 26 1/3 in
à décor de raies-de-cœur, feuilles de laurier et perles ; garniture de lampas à fond cramoisi et figures ; estampille circulaire de A.P. DUPAIN et VF. sur chacune

Provenance

- Probablement livrées pour Marie-Antoinette à Saint-Cloud ou pour le salon de la reine dans sa maison du Hameau à Trianon

- Ancienne collection Francis Guerault, vente à Paris, le 16 mai 1935, partie du lot 36

Literature

Bibliographie :

Jean Nicolay, L'Art et la Manière des maîtres ébénistes français au XVIIIe siècle, 1976, p. 96 (figure D)

Condition

Illustration is slightly too clear, wood paint is actually greyer. Original straps. Stable and comfortable structure. Most probably original paint, slightly retouched. Minor chips to the carving on the feet and on the upper part of the back. Louis XVI taste upholstery in very good condition. Beautiful and rich Louis XVI carving. Probably a royal provenance. To recommend.
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Catalogue Note

Adrien-Pierre Dupain, menuisier reçu maître en 1772

La provenance de cette paire de bergères

Une partie de ce mobilier appartient au musée du château de Versailles et est exposé dans le salon de la reine au Petit Trianon. Acheté chez Sotheby's à Londres le 30 avril 1965 (lot 90), ce mobilier comprend un canapé, quatre fauteuils meublants et quatre chaises en cabriolet ; il porte la marque circulaire du Garde-Meuble de la reine et a été reproduit dans Pierre Arizzoli-Clémentel, Le Mobilier de Versailles, tome II, n°100, p. 283-285 (inv. V 4122-4127).
Le mobilier de la collection Francis Guerault le complète avec six fauteuils en cabriolet, deux chaises en cabriolet et la paire de bergères présentée ici à la vente.

Ce mobilier de Dupain probablement fournis au Garde-Meuble de la reine, peut-être dans l'urgence, par le menuisier.

Si nous ne pouvons pas écarter l'hypothèse d'une commande de Marie-Antoinette pour Saint-Cloud, château que la souveraine acheta pour son fils cadet en 1785, il est également possible que ce mobilier ait été livré pour le Hameau de la reine à Trianon.

Le premier étage de la maison de la reine au Hameau était principalement composé de trois pièces : un salon d'assemblée, un cabinet des jeux et un cabinet de tric-trac.
L'ensemble de ces trois pièces fut, semble-t-il, meublé de sièges en bois peint garni de toile de Jouy bordé de perse. Le mobilier du salon d'assemblée peut se reconnaître grâce à la présence de quatre banquettes de croisée dans les ventes révolutionnaires sous les articles 1119 et 1126 du procès-verbal d'inventaire :
"- un canapé avec deux oreilles
- six chaises
- quatre banquettes
- douze rideaux de toile de coton encadré de la même perse....3234 livres."
Puis sous les articles 1125 et 1112 :
"- huit chaises dont deux à carreaux
- sept pièces de tapisserie de même toile de Jouy
- quatre rideaux de coton à bordures montées.....1299 livres."
Le cabinet du tric-trac était lui orné d'un papier peint chinois à fond vert et les deux paires de rideaux en surnombre dans la pièce précédente pouvaient meubler cette pièce. Quant au cabinet des jeux, il fut apparemment meublé de huit chaises dont deux à carreaux, de sept pièces de tenture en toile de Jouy.
Nous retrouvons encore d'autres sièges tels qu'un canapé, une bergère et deux chaises provenant du Hameau et recouverts de toile de Jouy dont nous ne connaissons pas l'emplacement exact.

Qu'en est-il également des douze bergères et des douze chaises garnies aussi de toile de Jouy avec bordures, vendues 1860 livres et d'un autre ensemble de sièges composé d'un canapé, de quatre têtes-à-têtes, de six fauteuils dont deux à carreaux, de douze chaises, de seize pièces de tenture et de seize parties de rideaux de toile de Jouy fond blanc à gros bouquet.
La perse provenait peut-être d'une grande quantité de perse à fond rouge que la reine avait acheté, pour la somme de 6000 livres, le 19 juillet 1785 à la princesse Kinsky, afin de meubler son salon à Trianon.

Un autre élément important conforte l'hypothèse de la provenance du Hameau pour ces sièges de Dupain. En effet, le décor sculpté des boiseries de la pièce se retrouve sur le décor sculpté des bergères : le sculpteur Deschamps avait ainsi orné les boiseries de "petites perles, de raies-de-cœur et fleurons taillés, etc."

Marie-Antoinette et ses menuisiers en siège

Marie-Antoinette fut la cliente privilégiée de Georges Jacob. Cependant, il serait faux de croire qu'il fut le seul fournisseur du Garde-Meuble privé de la souveraine. C'est ainsi que nous connaissons, par les comptes de la dauphine Marie-Antoinette, des commandes de sièges aux deux menuisiers attitrés du Garde-Meuble royal, Tilliard et Foliot, mais également à Gourdin et Brizard.

En 1785, Marie-Antoinette commanda tout un ensemble de sièges en acajou ou en bois sculpté au menuisier Henri Jacob par l'entremise du tapissier Doyen. Une paire de fauteuils estampillée de Delion porte également la marque du Garde-Meuble de la reine (musée du château de Versailles, inv. V 5078-5079).

Des sièges estampillés de Dupain et portant la marque du Garde-Meuble de Marie-Antoinette furent exposés en 1882 au Musée des Arts Décoratifs à Paris. Ils appartenaient alors à la vicomtesse de Janzé et les fauteuils provenaient du château de Saint-Cloud.

Un fauteuil de l'ancienne galerie de Danièle Duault, estampillé de ce maître, porte l'étiquette « Saint-Cloud, chambre de la Reine ». Il avait probablement été livré pour la comtesse de Provence à Marly, avant de meubler l'appartement des bains de Marie-Antoinette au rez-de-chaussée du château de Saint-Cloud.

Dupain et l'estampille VF.

L'estampille abréviative VF. est souvent associée à celle d'Adrien-Pierre Dupain. Elle se retrouve sur :
- une série de six fauteuils (vente Christie's à New York, le 17 juin 2006, lot 59)
- une paire de fauteuils et trois chaises conservées au musée Nissim de Camondo à Paris (catalogue n°534)
- une paire de bergères (vente à Neuilly, étude Aguttes, le 7 décembre 2004, lot 257)
Peut-être est-ce une marque de sculpteur ou celle d'un marchand de bois.