Lot 45
  • 45

Importante et rare statue d'ancêtre uli, Nord de la Nouvelle-Irlande

Estimate
250,000 - 350,000 EUR
Sold
696,750 EUR
bidding is closed

Description

  • Importante et rare statue d'ancêtre uli
Cet uli de type selambungin lorong, monoxyle, représente un personnage aux bras levés, portant deux statuettes auxiliaires sur les épaules. La tête offre un visage caractéristique : yeux ornés de coupelles de cyprées et pupilles en opercules de coquillage turbo, cerne noire encadrant le regard et soulignant le galbe du menton effilé, bouche en large bandeau ouverte sur deux rangées de dents triangulaires, coiffe complexe à crête sagittale. A la puissance du visage répond celle du traitement corporel : volumes stylisés, jambes courtes supportant le buste étiré, la massivité des membres contrastant avec le dessin linéaire des "nattes" encadrant le corps. Riche décor gravé, rehaussé de pigments - noir de charbon de bois, blanc de chaux et ocre rouge.



 



 

Provenance

Galerie Gradiva / André Breton, Paris, 1937
Collection Adolf Hoffmeister, République Tchèque
Transmise par descendance à l'actuel propriétaire

Catalogue Note

Les statues uli ont presque toutes été collectées dans la seconde moitié du XIXe siècle et les toutes premières années du XXe siècle, à l'époque où la Nouvelle-Irlande était sous domination germanique et nommée Neu-Mecklenburg. La plupart sont conservées ou sont passées dans les collections des Musées allemands. La première mission orchestrée par la Marine allemande date de 1874. En 1904, la deuxième expédition, dirigée par Emil Stephan, collecta plus de quatre cents objets ethnographiques qui furent envoyés à l'Ethnologisches Museum de Berlin. Cette coopération entre la Marine et l'institution muséale aboutit à l'expédition de 1907-1909, visant à recueillir des informations sur les œuvres de Nouvelle-Irlande précédemment collectées, et conservées dans les musées européens (cf. Schindlbeck in Gunn et Peltier, 2007: 32 à 35).

Les uli étaient sculptés pour commémorer les chefs décédés. Ils n'étaient pas conçus comme des représentations individuelles, mais comme les réceptacles - même temporaires - de leurs esprits, leur permettant de transmettre leurs pouvoirs à leurs successeurs. Cependant, leur signification exacte dans le cadre des cérémonies mortuaires - outre leur relation avec la fertilité et la guerre - demeure incertaine. Les statues étaient exposées par groupe de deux ou trois dans les maisons situées au sein de l'enclos rituel des hommes. La tête du chef défunt, placée depuis sa mort parmi des racines de plantes était alors déterrée, surmodelée et présentée au uli (cf. Meyer 1995: 352). Contrairement à la majorité de la statuaire de Nouvelle-Irlande, les uli n'étaient pas détruits à l'issue du rituel, mais conservés dans un empaquetage de feuilles sous les poutres de la maison, et repeints lors des cérémonies successives dans lesquelles ils intervenaient. Nombre d'entre eux présentent un sexe qui fut mutilé par les missionnaires, lors de leur collecte (Vente René Gaffé 2001, n° 7). Ce beau spécimen - conservé intact - impose son ambiguïté sexuelle. Selon Gunn (in Gunn et Peltier, 2007: 172) les figures uli incarnent les caractéristiques requises pour un chef de clan. A la fois agressif, fort (attributs masculins) et capable de nourrir son peuple lorsque celui-ci avait besoin d'assistance (attributs féminins). Il existe différents styles de sculptures uli. Celui-ci relève du type le plus rare, nommé selambungin lorong, offrant une sculpture parmi les plus complexes. Selon Derlon (1997: 118) « les uli de ce genre représentent la pleine lune et ses deux croissants, la situation dos à dos des petits personnages sculptés renvoyant à l'angle de 180° effectué par l'astre lors de son trajet cyclique dans le ciel».
cf. Wardwell (1994: 114, fig. 42) pour un uli très comparable - par son iconographie et sa dimension - dans la collection Masco, provenant du Linden Museum de Stuttgart; et Kaeppler, Kaufmann et Newton (1993 : 292, n° 174) pour un autre de type comparable, collecté par F. Boluminski et conservé au Museum für Völkerkunde, Berlin.

Adolf Hoffmeister acquit cette figure uli en 1937 pour 7000 Francs auprès de la Galerie Gradiva à Paris, dont André Breton était chargé de l'animation. D'un surréaliste à l'autre, le uli exerça une grande fascination et fut érigé au rang d'icône. André Breton consacra un célèbre poème à celui qu'il posséda (CalmelsCohen, Collection André Breton, 2003, n° 6130) : « Pour sûr tu es un grand dieu [...] Tu fais peur tu émerveilles » (Océanie, Galerie Andrée Olive, 1948).

Le socle de cette œuvre, réalisé par le sculpteur et designer Tchèque Vincenc  Makovskÿ (1900-1966) à la fin des années trente, évoque par sa forme les bancs sur lesquels étaient installés les uli lors des cérémonies.

An important and rare Uli ancestor figure, Northern New Ireland 

Almost all Uli figures were collected in the second half of the 19th century or the very beginning of the 20th century, at a time when New Ireland, then known as Neu-Mecklenburg, was under German control. The majority of Uli figures are now conserved in German museums and private collections. The German Navy and the Ethnologisches Museum of Berlin organised two particularly important expeditions to New Ireland. The first, which took place in 1904, was led by Emil Stephan, and collected more than 400 ethnographic objects. Cooperation between the Navy and the Ethnologisches Museum led to another expedition in 1907-1909, which aimed to collect information on objects from New Ireland already in the collections of European museums (see Schindlbeck in Gunn & Peltier, 2007: 32-35).

Uli figures were carved to commemorate deceased chiefs. Not conceived of as representations of particular individuals, Uli figures were intended as temporary receptacles for the spirits of deceased chiefs, the figure allowing the chief's powers to be transferred to his successor. However, their exact significance in the context of funeral ceremonies remains uncertain, as indeed does their relationship to fertility and war. The figures were displayed in groups of two or three in houses located within the men's ritual enclosure. The head of the late chief, which immediately after his death had been concealed amongst plant roots, was unearthed, over-modelled, and presented to the Uli (see Meyer 1995: 352). Contrary to most other forms of New Ireland statuary, the Uli was not destroyed at the end of the ritual, but instead preserved, packed in sheets, and placed under the beams of the house, the figure was brought out and repainted at later ceremonies. A number of Uli figures had their sex mutilated by missionaries at the time of collection (Vente René Gaffé 2001, no. 7). This fine specimen, with its sex intact, impresses with its strong sexual ambiguity. According to Gunn (in Gunn & Peltier, 2007: 32-35), Uli figures embodied the attributes needed in a clan chief, being both aggressive and strong (masculine attributes), and at the same time, capable of nourishing members of the clan during times of need (a feminine attribute). There are a number of different styles of Uli figure. The offered figure is an example of the rarest type, known as selambungin lorong, and its sculptural quality accords it a place amongst the most complex figures known. According to Derlon (1997: 118), 'Uli figures of this type are characterised by the form of a full moon and two crescents, back to back with two small figures, referring to the 180 degree angle made by a star during its trajectory through the sky'.

See Wardwell (1994: 114, fig. 42) for an Uli figure of comparable size and style in the Masco Collection, formerly in the Linden Museum, Stuttgart.

Adolf Hoffmeister acquired this Uli figure for 7000 Francs in 1937 from Galerie Gradiva, Paris, managed at the time by André Breton. For these two surrealists, the Uli was a deeply fascinating and thoroughly iconic subject. André Breton devoted a famous poem to his figure (CalmelsCohen, Collection André Breton, 2003, no. 6130) 'For sure you are a great god[...]you fill with fear and wonder' (Océanie, Galerie Andrée Olive, 1948). The base of Hoffmeister's Uli figure was made at the end of the 1930s by the Czech sculptor and designer, Vincenc Makovskÿ (1900-1966) in a design which echoes the benches upon which Uli figures were placed during ceremonies.

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