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Pierre Soulages
Description
- Pierre Soulages
- Peinture, 12 mai 1965
- signé; signé, titré et daté au dos
- huile sur toile
- 130 x 162 cm; 51 1/8 x 63 3/4 in.
- Exécuté en 1965.
Provenance
Ernesto Regulado, San Salvador
Gimpel Fils Gallery, Londres
Gimpel and Weitzenhoffer Gallery, New York
Gerson Bakar, San Francisco
Collection particulière, Paris
Exhibited
Literature
Pierre Encrevé, Soulages, l'Oeuvre Complet Peintures, vol. II 1959-1978, Paris, 1995, no. 554, illustré p. 156
Condition
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Catalogue Note
signed; signed, titled and dated on the back; oil on canvas. Executed in 1965.
La renommé internationale que Pierre Soulages a acquis depuis les années 1950 se poursuit au cours de la décade suivante. Elle lui permet d'être représenté dans de très importantes expositions collectives : à la Tate Gallery à Londres et à la Documenta à Kassel en 1964, et en 1965 à New York, à la galerie de Samuel Kootz, où l'artiste réalise en collaboration avec son marchand américain sa huitième exposition personnelle, intitulée Soulages at Kootz.
Pierre Soulages fait évoluer ses œuvres au cours des années 1950 et 1960. Dans Peinture 130 x 162 cm, 12 mai 1965, la peinture est plus fluide qu'auparavant. Elle se répand sur la toile, comme de grandes nappes d'un noir lisse qui glissent vers le brun-ocre. Peinture 130 x 162 cm, 12 mai 1965 révèle précisément une mutation du travail de Pierre Soulages qui dans les années 1970 aboutira aux célèbres écritures graphiques, brunes sur fond blanc, caractéristiques de ces années-là. Peut-être pourrions-nous évoquer à propos des différentes manières présentes dans l'œuvres de Pierre Soulages - toutes aussi maîtrisées les unes que les autres - les «schèmes», au sens où Kant parle de la schématisation, comme «méthode» à produire des images, intermédiaire entre les données de la sensibilité, riches et éparses, et la synthèse du concept.
La peinture plus fluide, pratique nouvelle au service de nouveaux outils, exprime peut-être la « mêlée des éléments ». En utilisant certainement la brosse qui permet d'étendre la peinture, Peinture 130 x 162 cm, 12 mai 1965 possède une dualité particulière entre l'opaque et la transparence. Le contraste crée également une très forte tension avec le fond de la toile restée blanche aux deux coins droits du tableau. Les couches brunes transparaissent, laissant derrière elles, en s'éclaircissant, des coulures prenant des formes cristallines. En observant ces formes, et en particulier celle ouverte sur le fond blanc du tableau, nous revient en mémoire l'anecdote de Victor Hugo selon laquelle l'écrivain s'opposait à ce que l'on fermât une porte. « Quelqu'un, disait-il, pourrait entrer. » Ne verrions-nous pas volontiers dans les formes "ouvertes" dans Peinture 130 x 162 cm, 12 mai 1965, la parabole du génie, c'est-à-dire de la victoire, sur une peinture cadenassée, de l'invention, ressort de l'imaginaire.
« Le soleil était là qui mourait dans l'abîme.
L'astre au fond du bouillard, sans vent qui le ranime,
Se refroidissait, morne et lentement détruit.
On voyait sa rondeur sinistre dans la nuit ;
Et l'on voyait décroître, en ce silence sombre,
Ses ulcères de feu sous une lèpre d'ombre.
Charbon d'un monde éteint ! Flambeau soufflé par Dieu !
Ses crevasses montraient encore un peu de feu
Comme si par les trous du crâne on voyait l'âme.
Au centre palpitait et rampait une flamme
Qui par instants léchait les bords extérieurs,
Et de chaque cratère il sortait des lueurs
Qui frissonnaient ainsi que de flamboyants glaives,
Et s'évanouissaient sans bruit comme des rêves.
L'astre était presque noir ... »
(Victor Hugo, Et nox facta est, 25 mars 1854)
Enfin nous avons remarqué que Peinture 130 x 162 cm, 12 mai 1965 est probablement le dernier tableau, réalisé en 1965 par l'artiste, dans ce format et selon la gamme chromatique des noirs et des bruns, à être encore détenu en collection privée.
Fig.1. Colette et Pierre Soulages dans l'atelier de la rue Galande, Paris, 1964 - © D.R.
Fig.2. Peinture 11 octobre 1963, Collection José Berardo. - © D.R.
Fig.3. Musée national d'Art moderne, Paris, 1967 - © D.R.