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Simone de Beauvoir. Tapuscrit et documents sonores. 1984-1985.
Description
- [Beauvoir de, Simone]--Francis, Claude et Fernande Gontier
- Simone de Beauvoir. Tapuscrit et documents sonores.1984-1985.
- Epreuves (corrections autographes de Beauvoir). 654 ff. petit in-folio (manque la page 21), et 19 ff. (bibliographie, notes et Table).
- Plus de 5 heures d'entretiens inédits avec Simone de Beauvoir en correction de sa biographie. Enregistrements les 17, 20 et 24 sept. 1985. 8 cassettes.
- Simone de Beauvoir. Paris, Perrin, 1985. In-8. Edition originale. Exemplaire de l'auteur, portant sa signature.
Feuillets découpés et recollés, quelques collages au scotch. Quelques rares feuillets portent des déchirures marginales, sans manque de texte.
pièce jointe : lettre autographe de remerciements de Simone de Beauvoir à Claude Francis (une page, 5 juillet 1984).
Provenance
Catalogue Note
extraordinaire document d'une immense richesse.
C'est au 10 rue Schoelcher que Simone de Beauvoir reçut ses biographes à l'hiver 1984 pour y enregistrer un nombre indéfini d'interviews qui serviraient à fixer la dernière biographie de son vivant. Enregistrés de décembre 1984 à mars 1985, les entretiens complétaient la biographie en cours d'écriture. Tapée à la machine, celle-ci fut relue avec attention par Beauvoir, qui porta de nombreuses corrections dans les marges. Le travail de correction/discussions/explications étant trop long et trop complexe, le travail de corrections dût à son tour être enregistré, lors de trois longues séances en septembre 1985.
Les commentaires témoignent du rapport délicat de Beauvoir non plus à l'Autre mais à elle-même : à la lecture de la biographie, Beauvoir ne se reconnaît pas toujours, revient sur des points de sa vie qu'elle n'accepte pas de voir traités là cependant qu'elle les avaient racontés dans ses divers mémoires. Face à ses contradictions, Beauvoir s'incline mais s'interroge sur son rapport à elle-même.
Passionnant document où l'on « entend Beauvoir lire », tourner les pages, puis s'arrêter sur une phrase qui ne lui plait pas. S'engage une discussion avec les auteurs, les unes se référant aux oeuvres publiées, l'autre à ses souvenirs, donnant en se justifiant de nombreux détails inédits jusqu'à présent sur sa vie d'enfant, et surtout ses relations difficiles avec son père, l'indifférence de ce dernier dont elle souffrit immensément, ou sur ses premiers sentiments à 17 ans, et sur Jacques Champigneulles (Jacques Laiguillon dans les Mémoires).
Soigneusement lues par Beauvoir, les épreuves portent dans les marges ses commentaires souvent brutaux. Presque systématiquement, aux côtés de dénégations telles que Toute cette page est fausse, ou Absolument pas, des Non ! Non ! Non ! en ribambelles tout au long d'une marge, Complètement étranger à moi, Claude Francis et Fernande Gontier justifient leur travail en inscrivant à l'encre rouge leurs sources. Dénonçant la description par les auteurs de sa mère trompée, Beauvoir affirme dans la marge : " Elle adorait aveuglément mon père ". Les biographes citent alors leurs sources : « Une Mort très douce », Textuel, concernant la mère de Beauvoir, ou JFR (Jeune fille rangée) concernant Zaza. Inventé ! jette Beauvoir – JFR p. 252 répondent Francis et Gontier... De même, le chapitre sur la passion de Sartre pour Simone Jolivet ne plut pas du tout à Beauvoir. Chargés de ratures aussi, les chapitres sur Olga, Louise (Bianca Lamblin), et autres personnages de trios mal vécus... Le terrible chapitre sur son amour pour Nelson Algren est une merveille de repentirs et de confessions ; Inexact, j'ai menti, ... C'était mensonger. Beauvoir en 1985 veut laisser d'elle l'image d'une femme indépendante, maîtresse de ses choix, tiraillée ni plus par Sartre que par Algren.
Lire ces pages portant les refus, dénis et démentis de Beauvoir en bleu, et les justifications des auteurs en rouge, tout en écoutant les bandes sonores où Beauvoir reprend ce document même, page par page, pour expliquer ses annotations, est une expérience littéraire exceptionnelle.