Lot 85
  • 85

Départ. Manuscrit autographe inédit. [Vers 1925-1930].

Estimate
40,000 - 60,000 EUR
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Description

  • beauvoir, simone de
  • Départ. Manuscrit autographe inédit.[Vers 1925-1930].
351 pages petit in-folio dont 11 pages pour le Plan détaillé, et quelques ajouts sur imprimés in-12 de banque BPF.
Encres noire, et bleues, ratures, corrections, passages barrés. L'oeuvre sera divisée en deux parties, puis en chapitres, ceux-ci parfois longuement détaillés dans ce Plan.
Il fut conservé par Beauvoir dans une chemise cartonnée du magasin Gibert, titrée par l'auteur : Simone de Beauvoir /Départ xxx, avec en exergue une citation de Valéry : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre... » (plats disjoints). Nombreuses ratures, paragraphes biffés. Quelques déchirures et traces d'usure marginales, très rares manques.

Provenance

Fernande Gontier.

Literature

Simone de Beauvoir, Cahiers de jeunesse 1926-1930. Texte établi, édité et présenté par Sylvie Le Bon de Beauvoir, NRF, mars 2008, pp. 511 et suiv.

Catalogue Note

Cet exceptionnel manuscrit, roman inédit , première oeuvre d'envergure de Simone de Beauvoir, fut sans doute le roman auquel elle fait référence dans son journal en octobre 1928, au chapitre intitulé résumé de ma vie. Beauvoir note : Vacances 1926
Je commence à écrire
Denise, je lis de la philo. (Ecrits de jeunesse, 2008, p. 511).

Départ est l'histoire de Denise, un roman qui préfigure exactement le genre littéraire dont Simone de Beauvoir se fera une spécialité qui définit aujourd'hui son oeuvre : celle du  roman autobiographique, de la « transposition romanesque », des « fictions distanciées ». L'oeuvre écrite à la troisième personne raconte la vie morale et sentimentale de Denise Maizot, le personnage principal, autour de qui gravitent Marguerite, sa soeur, Maurice qu'aime Denise, Jean, Jacqueline, Sombreuse, et Jacques, fréquentant tous le milieu de la Sorbonne. Oeuvre d'introspection et d'analyse psychologique, Départ illustre les idées de Beauvoir sur l'amour, sur les relations entre le sujet et les Autres, sur la révolte contre la perfection mais aussi contre la différence. Elle dresse aussi un passionnant tableau du monde de la jeunesse intellectuelle d'avant-guerre, de ses réalités psychologiques, et analyse la maturité mûrissant au contact de l'autre. Beauvoir note au bas du premier feuillet du plan : très important : après l'absorption par les autres, le retour à soi. Il préfigure formidablement la suite de l'oeuvre littéraire de Simone de Beauvoir, et son indiscutable et fondamentale particularité vis-à-vis de celle de Sartre, quant à lui peu enclin à se raconter et dont la littérature autobiographique se réduisit aux Mots décrivant les onze premières années de sa vie.

manuscrit de premier jet, il est émaillé de remarques entre crochets : ([très important], [ne pas oublier], [à développer longuement], [trop d'adjectifs]...). Le roman fut conçu dès le départ comme une œuvre de grande ampleur. Beauvoir note : images, symboles, analyses intérieures etc. – Que ce soit très long – (50 pages par chapitre environ). Le problème du moi seul commence à se poser. Mais peu de philosophie. Plus loin cette note dans la deuxième partie : Il faut que ce soit au moins 3 fois plus long. On n'a pas le temps de faire sa connaissance – plus de détails, de peintures , d 'analyses... La petite écriture penchée et régulière de Simone de Beauvoir, à l'encre tantôt bleu-ciel, bleu-noir, ou brune, recouvre l'intégralité des pages, sans marge aucune sur 67 ou 68, et jusqu'à 76 lignes ! par page environ.

Ce manuscrit  témoigne des "années de naissance" de Beauvoir, alors qu'elle se lance courageusement dans des tentatives toujours renouvelées d'accomplir la destinée d'écrivain qu'elle s'est promise. Dans La Force de l'âge, elle décrit ainsi ses assauts sur le roman, les encouragements que lui renouvelle Sartre et son acharnement à maîtriser le thème du mirage de l'Autre qui la fascine. [1931 :] Je commençai un nouveau roman... Je pris pour protagonistes deux femmes : je pensai ainsi, non sans naïveté, préserver leur relation de toute équivoque sexuelle (p. 118) ; [1933-1935 :] J'allais régler son compte à la société... Je voulais que mon livre fût une somme...Je me proposai de faire entrer dans mon livre le monde entier (p. 173). De 1935 à 1937, Beauvoir travaille à des nouvelles, son travail est refusé par Gallimard. En 1937, elle entame un nouveau roman, ce sera L'Invitée, son premier roman publié, chez Gallimard en 1943.