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Lettre autographe signée à ses parents sur l'arrivée à Aden. At the Camp, Aden, Colonie anglaise, 25 août 1880.
Description
- Rimbaud, Arthur
- Lettre autographe signée à ses parents sur l'arrivée à Aden. At the Camp, Aden, Colonie anglaise, 25 août 1880.
La première lettre d'Aden envoyée par Rimbaud à sa famille date du 17 août 1880, dix jours après son arrivée dans la colonie anglaise sur les bords de la mer Rouge. La lettre du 25 août contient, selon Jean-Jacques Lefrère, "les principaux leitmotive épistolaires du Rimbaud des dix ans à venir, avec ses petits espoirs et ses grandes rancoeurs" :
"Il me semble que j'avais postée[sic] dernièrement une lettre pour vous contans [sic] comme j'avais malheureusement dû quitter Chypre et comment j'étais arrivé ici après avoir roulé la mer Rouge. Ici je suis dans un bureau de marchand de café : l'agent de la compagnie est un général retraité (...) Aden est un roc affreux, sans un seul brin d'herbe ni une goutte d'eau bonne : (on boit de l'eau de mer distillée) la chaleur y est excessive, surtout en Juin et Septembre, qui sont les deux canicules. 35° la température nuit et jour constante d'un bureau très frais et très ventilé. Tout est très cher, et ainsi de suite. Mais il n'y a pas : je suis comme prisonnier ici et assurément il me faudra y rester au moins trois mois avant d'être un peu sur mes jambes ou d'avoir un meilleur emploi (...)"
Provenance
Collection Pierre Cornuau (Drouot, 29 juin 1938)--Collection d'un amateur [Dr Heitz, Nice] (Drouot, 19-20 novembre 1987).
Literature
Catalogue Note
"Aden-Camp (ou Aden-Town), que les Britanniques appelaient aussi Crater, car la ville occupait le fond d'un vaste cirque ceint de montagnes noires et hérissées, qui la limitaient de trois côtés, le quatrième étant ouvert sur la mer" (Lefrère, Arthur Rimbaud, p. 793).
Le 20 juillet 1880, Arthur Rimbaud quitte son poste de contremaître à Chypre pour Alexandrie. Il prend ensuite plusieurs navires de passage pour traverser le canal de Suez, ouvert depuis 1869. Il cherche du travail dans plusieurs ports de la Mer Rouge, d'une rive à l'autre. Sur la côte d'Arabie, dans le port d'Hodeïdah, Rimbaud, quasiment à court d'argent, rencontre Trébuchet, représentant d'une maison de café. "A ce compatriote désemparé et sans ressources, Trébuchet conseilla de poursuivre jusqu'à Aden, où sa firme avait un comptoir. Il ne lui laissa pas espérer un poste dans celui-ci, mais lui remit une lettre de recommandation pour son ami Dubar, qui travaillait pour une autre société commerciale française, la maison Viannay, Bardey et Cie" (Lefrère, p. 792). Dubar, le "général retraité" évoqué dans la lettre, engagea Rimbaud à l'essai le 15 août 1880, avec un salaire de six francs par jour. "De ce jour commença la nouvelle vie de Rimbaud" (Lefrère, Ibid).
Il tomba tout de suite malade, peu habitué à la chaleur accablante. Il ne rentrera en France qu'en 1891, pour y mourir.