Lot 53
  • 53

Lettre autographe signée à Alfred de Dreux-Dorcy. Londres, 12 février [1821].

Estimate
15,000 - 20,000 EUR
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Description

  • Jean-Louis-André-Théodore Gericault
  • Lettre autographe signée à Alfred de Dreux-Dorcy.Londres, 12 février [1821].
Pli de 4 pages (228 x 186 mm), portant l'adresse du destinataire.
Pliures consolidées, quelques mots masqués. A l'ouverture du pli, le cachet de cire déchira légèrement le papier de la lettre, créant 2 petits manques avec petite perte de mots.

Literature

C. Clément, Géricault, étude biographique et critique, avec le catalogue raisonné de l'oeuvre du maitre, 1879, p. 192-194—J. Sagne, Géricault, 1991, p. 247-248--M-C. Renauld-Beaupère, Le Cheval, l'univers d'Alfred de Dreux, 2008.

Condition

A l'ouverture du pli, le cachet de cire déchira légèrement le papier de la lettre, créant 2 petits manques affectant 3 mots.
"In response to your inquiry, we are pleased to provide you with a general report of the condition of the property described above. Since we are not professional conservators or restorers, we urge you to consult with a restorer or conservator of your choice who will be better able to provide a detailed, professional report. Prospective buyers should inspect each lot to satisfy themselves as to condition and must understand that any statement made by Sotheby's is merely a subjective, qualified opinion. Prospective buyers should also refer to any Important Notices regarding this sale, which are printed in the Sale Catalogue.
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Catalogue Note

Afred de Dreux-Dorcy était le neveu de Pierre-Joseph de Dreux-Dorcy, que Géricault rencontre dans l'atelier de Guerin, en 1810 et qui devint son ami le plus intime. Géricault développera avec Alfred une amitié solide et une intimité esthétique féconde. Alfred de Dreux deviendra le grand peintre de l'univers équestre de ces années.

Enchanté par l'atmosphère de Londres, Géricault se met à travailler notamment à des lithographies, et publie la suite Various subjects drawn from life and on stone (chez Rodwell et Martin). Il fait part de ces travaux  à Alfred de Dreux. Il lui confie ses impressions sur Londres et la société qui l'entoure, sur ses succès auprès des femmes. Il lui remet aussi des messages pour sa famille à propos de sa santé, très fragile : "J'ai été extrêmement malade, mais cela va mieux, n'en parlez point à mon père il s'affecterait trop."
Dans sa biographie, Géricault (1991), Jean Sagne raconte ce séjour à Londres : « L'exhibition de la Méduse réussit à souhait. On la montrait moyennant 1 shilling l'entrée, et chaque visiteur recevait en entrant une lithographie au trait reproduisant le tableau, et due à la collaboration de Géricault et de Charlet. » Il en reçut 17 000 francs, « somme qui lui permit de vivre sans toucher à ses revenus pendant le séjour de près de trois années qu'il fit en Angleterre. Il était content, calme tout au moins, vivait au milieu des chevaux, peignait un peu et dessinait beaucoup ». C'est cette existence que Géricault dépeint ici à Dorcy.

La fin de cette lettre est restée inédite. Reproduite partiellement par Charles Clément, biographe de Géricault au XIXe siècle, elle fut reprise plus de cent ans plus tard par Sagne qui interrompt sa citation là ou l'avait interrompue Clément, c'est-à-dire au moment où Géricault décide de raconter sa « conquête » à son ami : «une femme qui n'est pas de la première jeunesse mais belle encore et entourée de tout le prestige de sa fortune s'est fourrée dans la tête d'être folle de moi, folle à la lettre en vérité (...) Elle n'est ni précieuse ni bégueule je vous assure elle m'appelle le dieu de la peinture et elle m'adore à ce titre (...) c'est qu'elle me respecte vous n'avez pas d'idée (...)». 

Quatre mois plus tard, en mai 1821, Dorcy rejoint Géricault à Londres. Il est possible que les deux amis aient fait le projet d'organiser pour le Radeau de la méduse une exposition itinérante à travers la Grande-Bretagne. La peinture ayant voyagé à Dublin, puis en Ecosse, est rentrée à Londres en septembre. Le 14 décembre 1821, Géricault et Dorcy retournent en France, avec ce magnifique tableau, que le gouvernement s'obstine à ne pas vouloir acheter. Ses lithographies de Londres quant à elles, furent publiées par les frères Gihaut.
Le séjour en Angleterre fut une parenthèse de vrai bonheur et de succès dans une vie qui ne fera dès lors que trébucher vers l'amour du danger, l'autodestruction, et la mort. Dorcy demeura auprès de Géricault jusqu'à son dernier souffle dans la nuit du 26 janvier 1824 âgé de 33 ans. Ce fut Dreux-Dorcy qui acheta Le Radeau de la Méduse peu après la mort du peintre, avant de le céder au Louvre.