Lot 41
  • 41

lettre autographe signée à son frère alphonse baudelaire. [Lyon], 6 décembre [septembre], 1832.

Estimate
12,000 - 15,000 EUR
Log in to view results
bidding is closed

Description

  • Baudelaire, Charles
  • lettre autographe signée à son frère alphonse baudelaire.[Lyon], 6 décembre [septembre], 1832.
3 p. in-8, à l'encre brune, adressée à Monsieur Baudelaire, Place des Fossés, Fontainebleau, Seine et Marne.
Petit manque de papier, sans atteinte au texte.
Il se plaint que son frère ne lui réponde pas et s'inquiète de savoir s'il a reçu ses deux lettres. Il est en pension «ce qu'il y a de pis, c'est que papa [Aupick] m'avait promis de voyager et qu'il n'a pas le temps (...) Réponds (...) J'avoue que ma sixième a été bien ébauchée. Car je n'ai eu au collège qu'un accessit. Il est vrai que dans la pension j'ai eu des livres mais qu'est-ce que c'est qu'un prix dans une petite pension ? Mais je vais entrer tout à fait au Collège en cinquième et j'espère que je me ferai remarquer". Il lui décrit la société Lyonnaise : «nous ne connaissons pas une Lyonnaise ; toutes nos connaissances se bornent au militaire, à l'intendance et à la gendarmerie (...) J'ai oublié aussi de te parler de notre logement. Il est charmant. Nous avons une vue des plus belles de Lyon. Tu ne peux pas te figurer comme c'est beau, comme c'est magnifique, comme c'est beau [sic], comme ce coteau est riche, comme il est vert. Allons réponds-moi (...) Ton cadet Charles».

Provenance

Catalogue de la Librairie Henri Saffroy, n° 73, mars 1971, lot 7033--De la bibliothèque Georges Pompidou.

Literature

lettre reproduite dans Baudelaire, Correspondance, I, Pléiade, p. 9 et mentionnée par Claude Pichois et Jean Ziegler, Baudelaire, p. 100-104.

Catalogue Note

Arrivé à Lyon le 7 décembre 1831 après la révolte des canuts, Aupick est nommé chef d'état-major de la 7e division militaire et servit sous les ordres du duc d'Orléans. En janvier 1832, il fit venir sa femme et son beau-fils Charles. Le jeune garçon est alors placé en pension chez M. et Mme Delorme. Il passe de la septième parisienne (où il ne suivit qu'un trimestre) directement en sixième. Dans cette lettre datée de septembre comme l'atteste le cachet postal - et non pas de décembre  - Charles reconnait que sa sixième "a été bien ébauchée", c'est à dire imparfaitre et incomplète d'après Pichois. Il attend la cinquième avec impatience. Le 15 octobre 1832, Charles est enfin admis en cinquième au Collège royal de Lyon. Le coteau que Charles évoque avec enthousiasme désigne la colline de Saint-Just.
Alphonse Baudelaire (1805-1862), demi-frère de Charles (1821-1867), était le fils du premier mariage de son père François Baudelaire avec Jeanne-Justine-Rosalie Janin. Il avait seize ans de plus que Baudelaire et ne vécut pas très longtemps avec lui au foyer paternel. Il fit des études de droit et devint avocat à la Cour de Paris en 1825. Puis il fut nommé en 1832 juge suppléant au Tribunal de Fontainebleau et fit toute sa carrière dans cette ville.
Cette lettre est la huitième connue de Charles Baudelaire.

Elle a appartenu à Georges Pompidou qui plaçait Baudelaire au sommet de la poésie française : "Que tout paraît pâle à côté de leur contemporain, Baudelaire. Ce n'est jamais sans émotion qu'il m'arrive de regarder ce petit volume à couverture jaunâtre, paru en 1857 et qui s'intitule Les Fleurs du mal. Là est, de toute poésie, ce qui me touche le plus. L'angoisse devant la vie et devant la mort, le sentiment de la faute et celui de la révolte, la poésie de la vie moderne et celle de l'évasion trouvent chez Baudelaire leur expression la plus émouvante. A vrai dire, il est impossible de résumer en quelques mots une oeuvre où il y a tout" (Anthologie de la poésie française).