Lot 28
  • 28

3 lettres autographes signées au lieutenant de Police de Paris, Jean Charles Pierre Le Noir, chargé de la surveillance des prisonniers de Vincennes. Paris, 15 décembre - 28 mars - 1er mai 1781.

Estimate
30,000 - 40,000 EUR
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Description

  • Sade, Renée Pélagie, marquise de
  • 3 lettres autographes signées au lieutenant de Police de Paris, Jean Charles Pierre Le Noir, chargé de la surveillance des prisonniers de Vincennes.Paris, 15 décembre - 28 mars - 1er mai 1781.
5 p. in-4 au total, sur 2 feuillets simples et 1 double feuillet, à l'encre noire. Bon état de conservation. Large tache atténuée sur la lettre du 15 décembre.



Madame de Sade supplie le lieutenant de Police en charge des détenus de Vincennes de lui permettre de visiter son mari incarcéré. La lettre datée du 15 décembre 1781 est citée par Gilbert Lély (Vie du Marquis de Sade, t. II, pp. 116-117) et par Maurice Lever (Sade, p. 348) : "J'ose vous supplier, Monsieur, de ne point persister dans votre refus pour me permettre de voir mon mari. Ne jugez point de lui, Monsieur, par ses écrits, mais jugez-en par les faits. Il ses tres bien comporté comme j'ai eu la staisfaction de la voir, Mr de Rougement et Mr le major en ont été témoins et si ils disoit le contraire je les regarderai comme des monstres atendu que la verite est quil n'est pas pas possible de me temoigner plus d'attachement que mon mari (...) La force de son désespoir l'égare, mais un peu de douceur et de patience remettraient le calme et le changement en lui (...) 6 ans de la plus dur cabtivité son plus que sufisant pour porter au dernier désespoire et vous suplier de reflechir un instant sur notre affreux sort (...)".
Les deux autres lettres semblent être demeurées entièrement inédites. Lettre datée du 28 mars 1781 : "Monsieur, je désirerai que vous veuilliez bien me permettre de voir mon mari seul, comme il n'est point prisonnier d'État, n'ayant jamais rien fait contre le Roy ni sa patry (...)".

Provenance

archives de la famille Sade.

Catalogue Note

Les lettres de prison du marquis de Sade constituent "une exceptionnelle révélation lyrique" (Gilbert Lély) et font partie de sa légende : "S'il fallait choisir entre tous les écrits du marquis de Sade, fussent-ils irremplaçables, c'est sa correspondances que je retiendrais" (Annie Le Brun, Les plus belles lettres manuscrites de la langue française). En revanche, les courriers de son interlocuteur privilégié, sa femme Renée de Montreuil, sont restés très confidentiels : les lettres de la marquise de Sade sont absolument rarissimes. Elles évoquent un Sade fidèle à l'image que la postérité en conservera : celle d'un homme incarnant tout au long de sa vie un scandale aussi fatal à lui-même qu' à ses proches.   

Le 17 mai 1763, Sade épouse Renée Pélagie de Montreuil, de noblesse récente, mais fortunée. Il ne s'assagit pas pour autant et fait, dans la même année, son premier séjour en prison pour «débauches outrées». En 1768, Sade est à nouveau incarcéré six mois pour avoir enlevé et torturé une passante. Il donne fêtes et bals dans son domaine provençal de La Coste, voyage en Italie, notamment avec sa belle-soeur, dont il s'est épris. A Marseille, en 1772, il est accusé d'empoisonnement (il avait en fait distribué, lors d'une orgie, des dragées aphrodisiaques à quatre prostituées qui avaient rendu malade l'une d'entre elles) et doit s'enfuir en Savoie. Condamné à mort par contumace, il est arrêté, s'évade, puis cinq ans plus tard (au cours desquels il alterne voyages et scandales), il est arrêté à Paris où il était venu régler ses affaires à la suite du décès de sa mère.
Sade fut incarcéré à Vincennes le 13 février 1777, à l'âge de trente-sept ans. Mise à part une sortie de 34 jours en juin 1778 et malgré les interventions de sa femme, il devait rester treize ans en prison à Vincennes jusqu'en 1784, puis à la Bastille jusqu'en avril 1790. A sa libération, sa femme, lasse de ses infidélités, de ses violences et de son tempérament intact, obtient bientôt la séparation. Ses deux fils émigrent. Pour survivre dans le Paris révolutionnaire - ses biens, en Provence, ont été pillés et mis sous séquestre - il cherche à faire jouer ses pièces, se lie avec une jeune actrice, Marie Constance Quesnet, qui lui restera fidèle jusqu'à la fin.